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9,f
I
DTSCTPLTNA CLERICALIS.
LA
DISCIPLINE DE CLERGIE
^
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▲UCTO&B
PETRO JLPHONSl,
KX-JUDAO HI8PAKO.
PARS PRIMA.
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PARISIIS,
EX TTPOGRAPHIA RIGNOUX,
M DGGG XXXV.
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TJLADUCTION DE fOUVRAGE
DE PIERHE ALPHONSE.
PREMli^RE PARTIE.
"TARIS,
DE i;iMPaiMERIE DE RIGNOUX,
aoa 9M y&Avo8-BoraoBOzf-s.*MXGHn , s^ 8.
M DGGG XXIY.
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▲UCTO&B
PETRO JLPHONSl,
KX-IUDAO HISPAKO.
PiiRS PRIMA.
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PARISIIS,
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M DGGG XXXV.
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TJLADUCTION DE fOUVRAGE
DE PIERRE ALPHONSE.
PREMli^RE PARTIE.
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DE yiMPRIMERIE D£ RIGNOUX,
aoa 9M v&Avo8-BoraoBoz«-s.«]ixGBn I s^ 8.
M DGGG XXIY.
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HARVARO rouFGE Lii^ttA^
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Se troupe h Paris,
TfeiowNiK liECtiac, libndre* rae If esTC - If otie-
Dame,n* a3;
Lhkuesux » libnire, qmi des Angnstiat , n^ 37 ;
GosasLiv, Ubnire , nie de Seine, n* la.
,'!,/M I,
NOTICE
SUR PIERRE ALPHONSE
ET SUR SES OUVRAGES.
PiERRE Alphonseoud'Alphonse, aupara-
van t Rabbi M oise Sephardi , naquit en i o6a , /
a Huesca, dans le royaume d'Aragon, fut
eleve dans la religion judaique , qui etait
celle de ses peres , et se distingua par ses con-
naissances dans plus d'un genre. A Tage de
quarante-quatre ans , il embrassa de bonne foi
le christianisme , et fut baptise dans sa ville
natale, par Etienne, qui en etait eveque, le
jour de la fete de saint Pierre, i io6 (i i44
de Fere d'Espagne), d'ou il prit lenom de
Pierre, auquel il ajouta celui SAlphonse^
en Thonneur d'Alphonse VI , roi de Cas-
tille et de Leon , quaUfie d'empereur , qui
voulut bien ^tre son parrain, et qui lui
donna la charge de medecin dans son pa-
lais. Ses co-religionnaires calomnierent sa
demarche , et la representerent sous le jour
5^ ij <
le plus defavorahlc : les iiiis l'aceusereiit
d'avoir cliange de religioii par niepris pour
Dieu et pour sa parole; d autres , par igno-
rance de la loi et des proplietes; d'autres
enfin, par vaine gloire, par interet, et
parce qu'il voyait sa nation plongee dans
Topprobre et riguoininie. Pour refuter
toutcs ces imputations , et pour faire con-
nailre les veritables motifs de sa conduite,
il composa un dialogue en douze titres,
ou plutot douze dialogues entre un Juif
et un Chretien, dans lcsquels le imi MoTse^
nom qu'il portoit avant son hapteme, pro-
pose les difHcultes, et le Chretien Pierre
(TAlphonse^ nom qu'il re^ut au haptSme,
repond a tout d'une maniere victorieuse.
Ces dialogues furent imprimes a Cplogne,
i536, in-S**, sous ce titre : Dialogi Lectu
dignissimi , in quibus impice Judceoriun
opiniones. . . confutantur , qucedamque
Prophetarum ahstrusiora loca explican-
tur, Ils ont ete inseres dans la grande Bihlio-
theque des Peres, tome xxi, page 172-22 1 ,
edition de Lyon. Mariana , Historia general
deEspaha; Ferreras, Sjnopsis historica
chronologica de Espaha; Nicolas Anto-
nio , Biblioth, Hisp, vet. ; Vincent de Beau-
vais, Speculum historialej lib: xxv, cap. 1 18 ;
Bartolocci, ThomasHyde, Casimir Oudin ,
Raimond Martin, Alphonse Spina, Paul de
Burgos, Possevin, Hermann Hardt, Noel
Alexandre, et d'autres ecrivains, en parlent
avecde grands eloges: eneffet, cesdialogues
sont tres-solides et tr^s-savans, quoique Fon
puisse y reprendre quelques raisonnemens
faibles ou bizarres. Nous pensons que le
lecteur ne sera pas fache d'en connaitre
l'analyse.
TiTRE I. — Les Juifs se font une fausse idee
de laDivinite; ils defigurent ses attributs.
Pierre Alphonse raconte des faits curieux a
Tappui de ses raisonnemens.
TiTRE II. — Lacause de la dispersion des
Juiis n'est autre que la condamnation de
Jesus, qu'ils ont accable d'opprobres, et fait
passer pouradulterin. Dieu neles conserveau
milieu des nations que pour eterniser le sou-
venir de rhorrible deicide qu'ils ont commis.
TiTRE III. — Reveries des Juifs sur la re-
surrection des morts a Ta v^nement du Messie,
et sur son regne intermediaire , adopte par
quelques Peres des premiers si^cles et par
> iv <
quelques modernes. II y a bien de la maii-
vaise physique ; on y remarque aussi une
legere tendance a affaiblir le dogme de la
resurrection generale tel que le professent
les Chretiens.
TiTRE IV. — Les Juifs n'observent que
la moindre partie de la loi de Moise, et
consequemment ilsne peuvent etre agreables
a Dleu.
TiTRE V. — Pierre Alphonse developpe
les motifs qui Tont porte a embrasser la loi
des Chretiens de preference a celle des
Arabes, parmi lesquels il avait vecu des son
enfance, et dont il connaissait parfaitement
la langue.
TiTRE VI. — Apres avoir refute le ju-
daisme et Tislamisme, Pierre Alphonse passe
a Texposition des mysteres de la religion
chretienne. II traite d'abord de la Sainte
Trinite, dont il decouvre des traces dans
TAncien Testament, dans le nom ineffable
de Dieu *, et dans la maniere dont les
' Trinitas quidem subtile quid est et ineffabilc, et
ad explanandum difiQcile, de quk Prophetae nonnisi oc-
cult^ locuti sunt et sub Telamine, quoadusque venit
Christus , qui.de tribus una personis, fidelium illam
pr^tres, descendans d'Aaron, benissaient le
peuple*.
mentibus pro eorum reTelayit capacitate. Si tamen at-
tendas suhtilius, et illud Dei nomen, quod in secretis
secretorum explanatum invenitur, inspicias, n*)n^» no-
men inquam trium litterarum, quamyis quatuor figuris,
una namque de iUis gemina^ta bis scribitur, si inquam
illud inspicias, yidebis quia idem nomen et unum sitet
tria; sed quod unum est, ad unitatem substantiae, quod
yero tria, ad Trinitatem respicit personarum. Gonstat
autem nomen illud his quatuor figuris , et t et ^ et *\ et f^,
quarum si primam tantum conjunxeris et secundam^ sci-
licet et ^ , erit sane nomen unum. Item si secundam et
tertiam -^ scilicet et ^, jam babebis alterum. Similiter, si
tertiam tantum copulaveris atque quartam scilicet ^ et ,<^,
invenies et tertium. Rursus, si omnes simul in ordine
connexueris, non erit nisi nomen unum, sicut in istdpatet
geometrali figurft. (Pag. 1 99, edit.Lugd.) Vid.Jigur, p. xvj.
' Notatur quoque Trinitas in tribus benedictionibus,
quibus Aaron et filii ejus benedicebant filiis Israel ex
prsecepto Dominl dicentis ad Moysen : Loquere Aaron
etfiliis ejus. Sic benedicetis filiis Israely etdicetis eis: Bene^
dicat tibi DominuSj et custodiat te; ostendat Dominusfa'
ciem suam tibij et misereatur tui; convertat Dominus vul"
tum suum ad te, el det tibi pacem. (Numer. vi, 5.) His
quippe benedictionibus sacerdos alicui benedicens, pro-
tensas ante vultum suum palmas utrasque tenebat. Ciim
vero dicebat Dominus quem bebraic^ illo quod supr?
diximus trino et uno nomine exprimebat (nw)» tres
digitos priores, poUicem videlicet , indicem, atqueme-
dium, manus utriusqne, rectos altius erigebat, et dicto
ita Doroino, digitos ut prius remittebat. (Pag. aoo.)
TiTRE VII. — La Vierge Marie con^ut
par roperation du Saint-Espril , sans avoir
connu d'hoinme, conformement a la pro-
phetie dlsaie, chap. vii.
TiTRE VIII. — Le Verbe s'est fait chair :
Jesus-Christ, Dieu et homme tout ensemble.
Multilude de passages en faveur de ces
dogmes divins.
TiTRE IX. — Le Messie est venu dans le
temps determine ; tout ce que les prophetes
ont annonce de sa personne s'est accompli
a la lettre. On y trouve des clioses trfes-
solides.
TiTRE X. — Le Messie s'est soumis a la
mort, de sa pleine volonte; il a permis aux
Juifsde Tattachera la croix. Pierre Alphonse
traite dans ce dialogue plusieurs questions
incidentes: Quest-ce que le diable? Com-
ment Vhomme est - il tombe en sa puis-
sance? Pourquoi Dieu Ven a-t^il deli-
i^re?... etc.
TiTRE XI. — Le Messie est ressuscite
d'entre les morts; il est monte au ciel, d'ou
il viendra juger les vivans el les morts. PIus
subtil que solide.
TiTRE XII. — La loi chretienne n'estpoint
^ VIJ
opposee a la loi mosaique; Tune est Tac-
complissementderautre. UofTre des rappro-
chemens assez ingenieux entre les rites de
TAncien Testament et les evenemens du
Nouveau ^
Ce que nous avons dit jusqu'ici de Pierre
Alphonse est puise dans ses propres ecrits;
les historiens espagnols ne s'expriment pas
en tout comme lui; on en jugera par les
deux que nous allons citer.
« De mas desto, dit Mariana , cierto
judio, llamado Moyses, de mucha erudi-
cion , y que sabia muchas lenguas , en lo
potrero del reinado, de don Alonso, abju-
rada la supersticion de sus padres, se hizo
christiano. EI rei mismo*fuesu padrino en el
baptismo , que fue ocasion de llamalle Pedro
' De prsBceptis Domini contrarium non est alterum
alteri , sed quando tempus prsecepti unius est comple-
tum , aliud ut sibi placet dnt prseceptum , quemadmo-
dum deprsecepto videmus, quod decarnibus comedendis
Dominus Noe dedit , quia postquam Moyses venit , et
iltud praecepti tcmpus completum fuit , Moysi ipsi jam
aliud praeceptum de carnibus videlicet prohibendis do-
navit.Cujusiterum tempus postquam Christo adveniente
completum fuit , jam ecce iterum illud antiquum quod
Noe datum fuerat prajceptum , de carnium videlicet
absolutione rediit. (Pag. aao. )
• • •
» VIIJ <
Alonso. Impugno por escrito las sectas de
los Judios, y de los Moros : y niuchos de la
una y de la otra nacion, por su diligencia,
se reduxeron a la verdad. Famosa devio de
ser, y notable la conversion deste judio,
pues los historiadores de Aragon la atribuyen
a don Alonso , rey de Aragon : dizen que
enHuescaa veinteynuevedejunio se baptiso
el ano de mil y ciento y seis : que don
Estevan Obispo de aquella ciudad hizo la
ceremonia, y el padrino fue el rey mismo
de Aragon. En este debate, no quere-
mos , ni aun podriamos dar sentencia por
ninguna de las partes, cada qual por si
mismo siga lo que le pareciere mas pro-
vable.» Mariana, Histor, gen, de Esp.,
tomei, page47i-
«Don Alphonse, roid'Aragon et de Na-
varre , dit Ferreras , se trouvant a Huesca
dans le mois de juin , un hebreu appele
Moise, homme d'une erudition profonde,
lequel etait etabli dans cette ville, se de-
termina a embrasser la religion chretienne ,
apres s'etre pleinement convaincu de son
erreur par les saintes Ecritures. Sa reso-
lution parvint bientot a la connaissance
tlii monarquejqui, pour temoigner sa joie,
voulut lui faire Thonneur de le tenir sur
les fonts; ainsi le juif re^ut dans la cathe-
drale de cette ville le bapt^me, qui lui fut
administre par Teveque de la meme eglise,
le jour de Tapotre saint Pierre : il quitta
son nom pour prendre celui de Pierre Al-
phonse, ^n Thonneur du saint et du roi son
parrain. II a ecrit depuis contre les Juifs
plusieurs livres tres-savans, intitules Z)/icz-
logueSj qui sont imprimes dans la Bi-
bUotheque des Peres. » Histoire generale
cCEspagney Iraduite de Vespagnol de Jean
de Ferreras y par d'Hermillyy tome iii,
pageagg.
II est vraisemblable que les dialogues de
Pierre Alphonse ont fait soupconner a quel-
ques biographes, qu'il avait soUicite du
souverain pontife Tautorisation d'entrer en
conference avec deux rabbins, nommes
Samuel AbrabaUa et Salomon Levita, pour
defendre contre eux les interets de la reU-
gion chretienne, et leur demander raison
de divers passagesdu Talmud. Nous avouons
cependant que nous n'avons la - dessus
aucune certitude, et que nous sommes
conduits a cctte conjecturo par c|uelques
expressions de Wolf. Biblioth. hebr. ,
art. 1824.
Nous n'avons pas pu acquerir plus de cer-
titude que c'est contre l'ouvrage de Pierre
Alphonse que Rabbi Jacob ben Ruben a
ecrit le sien, inlitule Milchamoth Jehovah ',
(Guerres du Seigneur), et que Rabbi Scem
Tov ben Isaac ben Sprot de Tudele a di-
rige son ^'f^e/i Bochen'^ (Pierre de touche),
dans lequel il introduit deux interlocuteurs ,
dontunJuif, souslenom S Ammejachkd^
(unitaire), et Tautre Chretien, sous le ndm
X Ammescalesc^ (trinitaire), quitraitenta
peu pres les memes suj ets que Pierre Alphonse
avait traites, et qui finissent par ceder la
victoire a la loi de Moise ; car si Wolf et
Hardt sont pour raffirmative, le celebre
abbe de Rossi se prononce pour la negative.
Voy.il/5J)., Cod. hebr., art. 760; Bi-
blioth.jud. antichrist.^ art. i46, etc.
JjC second ouvrage de Pierre Alphonse
* -miT mcnSa
' -ynra pK
est celui que nous donnons au public, sous
le titre de Disciplina ClericaUsy Discipline
de Clergie, parce qu'il rend le clerc bien
doctrine; ou autrement le Cfiastoiement,
L'auteur Va compile en partie des pro-
i^erbes des philosophes arabiques et de
leurs chastoiements y et desfableSy et des
vers ; en partie de semblance de betes et
d'oiseaux.
Le texte latin, encore inedit, a ete col-
lationne par M. Meon, sur sept manuscrits
de la Bibliotheque du Roi , et sur quelques
autres qui appartiennent a des puissances
etrangeres, mais qu'on possedait en France
il y a quelques annees. Rodriguez de Castro
n'en connoissait qu'un dans la bibliotheque
de rEscurial, Escritores Rabinos espa-
noleSy page 20; Nicolas Antonio ne parle
que de Texemplaire du Vatican , et encore
n'en parle-t-il pas exactement.
La version en prose fran^aise etait egale-
ment inedite. Elle date evidemment du quia-
zieme siecle. M. Meon, dont Topinion est
d'un si grand poids, pense qu'elle est de
Jean Miellot.
Quant a la version en vers fran^ais, sous
si^ ri) «
le titre de Cfiostoiement ou Castoiement
(Cun pere a sonjilsy il en avait deji paru une
en 17C0, dans les Fabliaux de Barbazan.
M. Meon, a qui nous dcvons d'exceUentes
editions des poetes des onzi^me, douzi^roe,
treizieine, quatorzi^me et quinzieme si^les,
Tavait publiee de nouveau en 1808, avec
des additions considerables. Celle que nous
publions dans nos Melanges est entierement
differente ; c'est un autre ouvrage.
Les Orientaux possedent plusieurs com-
pilations qui ont de la ressemblance avec
celle de Pierre Alpbonse , quoique tres-
infcrieures a celle-ci ; entre autres : P.irke
Aboth ' (Chapitresdes Peres), recueillis par
Rabbi Nathan , de Babylone , qui florissait
en'i2i, et traduits dans toutes les langues;
Mivchar Happeninim^ (Choix de pierres
precieuses), compile en arabe par Bahbi
Jedaia Bedraschi, vers 11298, contenant
beaucoup de sentences des anciens philo-
sophes grecs et arabes, traduit en hebreu
par Juda ^ben Tibbon (Soncino, i484)«.
et en latin par Erbert (Francfort, i63o);
t
XllJ ^
Proverbiorum arabicorum Centuriceduos,
par Abi XJbeid, traduit en latin par Sca-
liger et Thomas Erpen. (Leyde, i6i4,
in-4°) ; Apophthegmata Ebrceorum ac Ara-
bum ex aboth R. Nathan^ Aristea^ libro
selectarum margaritarum y et aliis aucto-
ribus selecta^ latineque redditUy cum bre-
uibus scholiis j par J. Drusius. Franc-
fort, 1612, in-4®.)
Nous avons trouve quelques-unes des
fables du Castoiement dans les Mille et
une Nuits; nous pensons qu'il est inutile
de les indiquer. ^"
On attribue a Pierre Alphonse, i*^ une
Logique qu'on dit avoir ete d'abord tra-
duite en langue hebraique , et que Ton pre-
tend aussi Tavoir ete en grec long-temps
apres par Georges Scholaire , connu sous le
nom de Gennade. Lambecius en rapporte
un extrait. ( Biblioth. Cces, Vindobon, ,
tom. VIII, pag. 285 ); AtaXexTtXYf e;i rey vyi
Tej^^vwv , 3tal eTTKJTYijJLYi eirt<7TYi[JL(!t)v , etc, Dia-
lectica est ars artiumy scientiascientiarum ,
adomnium habituumprincipiaviam habens;
mais il est bien evident que maitrePierre,
Espagnol , auteur de ce dernier ouvrage , et
.^-i-i*.*- '
^ xiv <
(|ui moiirut ou 1^177 , suivant Lanibecius,
n'est pas Pierre Alplionse, qui florissait au
conimenceinent du siicle precedent.
i^ De jibundantia in sermonibus ad
omnetn maieriam. Voyez Fabricius, Bi"
blioth.medice ei infimce laiinitatis ^ lib. xv ,
tom. 3, pag. ^39, qui cite Sandenis,
pag. !2o5, et qui renvoie mal a propos a
Tritlieme, de Scriptoribiis Ecclesiasticis ^
pag. 149, edit. ColonicCy i546, in-^**.
3° De Scieniia et Vhilosophia. Wolf
croit que ce traite est le meme que la Disci"
plina Clericalis; Biblioih. hebr,, tom. i,
pag. 97 1 . D. Joseph Rodriguez de Castro ,
Escritores Rabinos espaholeSy pag. 20,
adopte aussi cette opinion , que Nicolas An-
tonio rend certaine en citant quelques pas-
sages du livre de la Science et de la Phi"
losophiey qui se trouvent dans la Discipline
de Clergie; Biblioth. Hisp., vet., tom. 11,
pag. 7-8, edit. -flo/w^, 1696, in-fol.
4^ De Pavonefigurali. Ce petit poeme ,
dirige contre les vices de la cour de Rome,
et contre les religieux mendians, ne peut
etre de Pierre Alphonse : il est posterieur au
premier concile de Lyon , tenu en i ^45 ;
et comment d'ailleurs un nouveau converti
aurait-il ose ecrire des vers aussi piquans
que ceux-ci ?
His igitur sic propositis per singula , pavo *
Voce gravi jubet ut taceatur, et ipse recensens
Quaedam dictorum, postremo continuando
Dictis dicenda sic omnibus intulit illud :
Constat quod nobis debetur amor dominandi ,
Nos gemini vigiles noctis discernimus horas,
Vox etiam nostra torpentes excitat, et quod
Ore geris virus et cauda inluminat omne.
IVos abunde decus non quirimus : ecce quod ipsa
Contulit imperii nobis natura coronam,
Et merito ; scimus etenim regnare modeste ,
Contenti propriis, nec curantes aliena;
Et sic competeret nobis imponere legem
Omnibus, et nemo regnare potest sine nobis.
II serait ridicule de prolonger Tenume-
ration des ouvrages qui sont attribues a
Pierre Alphonse, etqu'une critique eclairee
lui refuse justement. On ignore 1 epoque et
le lieu de sa mort ; cependant Casimir Oudin
insinue que ce savant moarut en iiio.
J. Labouderie ,
Vicaire general d'Avignon , etc.
Papa.
3^VJ
DISCIPLINA CLERICALIS.
LA.
DISCIPLINE DE CLERGIE.
HXsifipUna €Uvka[ia.
IXIT Petrus Anfunsus , servus
' Christi Jhesu, compo.sitorhujus
libri : Gratias ago Deo quj priraus
est sine principio , a quo omnium
bonorum est principium , finis sine fine, to-
tius boni complementum , sapiens qui sa-
pientiam prKbet homini et ralionem , qui
nos sua aspiravit sapientia , et siite rationis
ammirabili illustravit claritate , et multifor-
mi sancti spiritus sui ditavit gratia , quia igitur
me licet peccatorem Deus multimoda vestire
dignatus est sapientia , ne lucerna michi cre-
dita sub modio tecta lateat. Eodem spiritu
instigante, ad multorum utilitatem hunc )i-
brum componore ammonitus sum, ipsum ob-
Wmipline tae Clfrflw,
r^de sapit
lEKRE ALPBOHSE , ser/ tfe Jlusui'
Crist, quifist cestui livre, dit: Je
graces a Dieu qui a donne sa^
pience et raison a homme ; etpour ce
moy peckeUT tarU de grace
ajrent repris afaire ce livrepour
les prouffiz de ceulx qui le liront et orront : car
je ne v ueil mie que la lumiere de grace de sor-
pienceque Dieu a mis en moy, soitcouverteetr^
puse, etjc luiprieau comTnencement qu'ilmette
bonnejin a cest euvre translater, et me garde
queje ne die aucune cliose qui desplatse a sa
volente, et me soit adjuteur a toutes les ckoses
que je vueil /aire. Car quant_ /ay aucunes
secrans ut huio libelli mei principio bonum
finem adjungat, meque custodiat, ne quid
in eo dicatur quod suae displiceat voluntati;
amen. Deus igitur in hoc opusculo mihi sit in
auxilium , qui me librum hunc componere ,
et in latinum transferre compulit. Gum enim
apud me saepius retractando humanae causas
creationis omnimodo scire laborarem, hu-
manum quidem ingenium inveni ex pne-
ceptis conditoris ad hoc esse deputailam , ut
quamdiu est in hoc saeculo , in sanctae studeat
exercitatione philosophiae per quam de crea-
tore suo meliorem et majorem habeaCnoti-
tiam, et moderata studeat yiyere continen-
tia , et aib imminentibus sciat sibi praecayere
adversitatibus , eoque tramite gfadiatnr in
sapculo , qui eum ducat ad regnum coelorum.
Quod s\ in praefatae sanctae disciplina^ notiti^
vixerit, boc quidem pro quo creatus est,
complevit, debetque perfectus appellari. Fra-
gilem etiam hominis complexionem esse con-
sideravi, quae, ne taedium incurrat, paucis
instruenda est. Duritle quoque ejus recor-
datus ut facilius retineat quodammodo ne-
cessario mollienda et dulcificanda est , quia
^t obliyiosa est, multis indiget quae oblitorum
foiz estudie solempteusement a congnoistre les
causes cThumaine compaignie creaturCy et aj
regarde en moy et trouvoie que Dieu donna
sens et engin a homme pour estudier en ce
siecle es sainctes prophesies ^ par quoi il cong"
noisse mieulx son Createur , et qu^il vive
attrempeement ^ et qiCil se sache garder des
apparentes adversitez y et voist par tel sentier
et chemin en ce siecle^ quHl le maine en son
regne des Cieuloc. Mais sHl n)it en parfaicte
congnoissance de saincte doctrinCy adonc a^il
accompli ce pour quoy il est fais. Apresfay
regarde que lafraile complexion de Fomme
depou vuelt estre instruitCy affin que ennujr
de moult de choses ne le ^stourhe. Et pour
ce que la complexion de Vomme est rude et
dure, elle doit estre adouchie et amoliee en
aucune mardere , affin qu^elle retiengne plus
legierement , et pour ce qu^elle est oublieuscy
elle a mestier de moult de choses qui le ramai'
nentamemoirecequ^elle a oublie. Pour toutes
ces choses ay^je compile ce livre en partie des
proverbes de philosophie et de leurs chastoic"
mcnsy et des fdblesy et de versy en partie d^
>• 6 «
faciant recordari. Propter^a libcUum com-
pegi , partim ex proverbiis philosophonmi ,
et suis castigationibus arabicis , et fabulis , et
yersibus, partim exanimaUum etvolucrum si-
militudinibus. Modum autem considerayi ne
si plura necessariis scripserim , scripta oneri
potius sint lectori quam subsidio et legenti-
bus et audientibus desiderium et occasio
ediscendi. Scientes vero per ea quae hic con-
tinentur , obhtorum reminiscantur. Huic U-
beUo nomen injungens, et est ex re, id est,
GLERiCJLLis DiSGiPLiNA. Reddit cuim Gleri-
cum discipUnatum. Vitandum tamen decrevi
pro possibilitate sensus mei , ne quid in nos-
tro Tractatu inveniatur quod nostrae creduU-
tati sit contrarium^ vel a nostra fide diver-
sum. Ad quod adjuy^t me omnipotens Deus
cui super nitor. Amen.
Si quis tamen hoc opu3culum humano et
exteriori oculo percurrerit, et quid in eo
quod humana parimi cavit natura, viderit,
subtiUori oculo iterum et iterum relegere
moneo , et demum et ipsi , et omnibus catho-
Ucae fidei perfectis corrigendum appono :
nihil enim in humanis actionibus perfectum
putat philosophus.
9- 7
semblance de bestes et cCoyseatiXy mais fay
regarde que se fescrips plus que mestier ne
soitj que ce ne soit plus grant grevance que
solashcellui qui le lira^ ou a ceulx quiVor-
ronty et calise de desaprendre, Mais les sages
se recorderont de ce quHlz ont oublie par ce
quc yci estcontenu, Cestui livre comprent nom
de sa matierey c^est disgipline de glergie:
cap il rend le clerc bien doctrine, Non pour"
qiiantje vueil a mon povoir garder que on ne
treuve aucune chose en mon livre qui soit con»
traire ou di^isee a nostre creance ne a nostre
foy, \Adce me ayde Dieu le Tout^Puissanten
qidjecroy, Amen.
8 «
Enoch, philosophus qui Ungua arabica
cognominatur Edric , dixit filio suo : Timor
Domini sit negotiatio tua , et veniet tibi lucrum
sine labore. Dixit quidam philosophus : Qui
timet Deum , omnia timent eum ; qui vero non
timet Deum , ipse timet omuia. Dixit alius phi-
losophus : Qui timet eum , dihgit eum ; qui
timet Deum , obedit Deo. Dixit Arabs in yer-
su suo : Inobediens es Deo sisimulas te Deum
amare, et incredibile est; si vere eum ama-
res , obedires ei : nam qui amat, obedit. Dixit
Socrates discipulis suis : Yidete ne sitis Deo
obedientes et inob^dientes in eodem. Dicunt
ei : Enuclea nobis quid dicis. Qui ait : Dimit-
tite hjpocrisim ; est enim hypocrisis coram
hominibus simulare se obedire Deo, in oc-
culto vero inobedientem esse. Dicit ei unus
ex discipulis suis : Est-ne ahud genus hypo-
crisis unde homini cavendum sit.^ Dicit So-
crates : Est homo qui in aperto et non in
occulto obedire se Deo ostendit , ut sanctus
ab omnibus habeatur, et ab eis ideo plus ho-
noretur. Est aUus isto subtilior qui hanc re-
linquit hypocrisim ut majori deserviat. Gum
enim jejunat, vel eleemosynam facit, et ab
5> 9 -^
Enoc , un philosophe qiii estoit dii lignage
<VArabie , et estoit nomme Edrich , dist a son
fih : Tonte ton ententc soit a cremir nostre Sei"
gneury et tu aurasgloire sans travaiL UngphU
losophe dist : Qui craint Dieu il craint toutes
choses, Ung autre philosophe dist : Qui craint
DieUy ilaime Dieu^ et qui aime Dieu^ iloheyst
a Dieu. L^Arabien dist en son Ders : Tu ne es
mie obeissant a Dieu , non pourquant tufais
semblant que tu Vaimes , et ce nest mie creable
chose : car se tu Vamojes Draiement^ tu obey^
roies a lui^ car quiaime^ il obeist. Socrates
dit a son disciple : Garde que tu ne soyes ohe^
diens et non obediens a Dieu cn une mesme
chose, Le disciple lui dist : Fay nous entendre
ce que tu dis. Socrates dist : Laisse ypocrisie.
Ypocrisie est quifairU amer devant les gensy
et par derriere est inobediens, Vun des disciples
Ini demanda : EsUil nulle autre maniere d^y-
pocrisie de quoi on se doive garder? Socrates
respondy : llestaucun homme quien appert y
et non pas en derriere se monstre obcissant a
DieUy pour ce que on lc tiengne poiir sainct
hommcy et quc on lui porte plus d^honneur,
U est un autre homme qui laisse celle ypo-
'2
eo qiueriiur si fecerit , respondet : Deus seit y
vel non, ut in majori reverentia habeatur
et dicatur quod hypocrita non est qui ho-
minibus factum suum nolit propalari. Gredo
etiam paucos esse qui aUquo hujus hypo-
crisis genere non participent. Videte igitur
ne hac seducti, laboris vestri praemio prive-
mini , quod ne contingat omnia facite mundiSL
intentione , ne inde gloriam habere quaerads.
Dixit alius philosophus : Si Deo firmiter im-
mitteris , omnia erunt prospera quocumque
ieris/Balaam , qui Gngua arabica vocatur Lu-
caman ' , dixit filio suo : FiU , ne sit formica
sapientior te , quee congregat in aestate unde
vivat in hyeme, Fili y ne si^t gallus vigilantior
te, qui in matutinis vigilat, et tu dormis.
Fili , ne sit gallus fortior te , qui justificat de-
cem uxores suas , tu solam castigare non po-
tes. Fili, ne sit canis corde nobilior te, qui
benefactorum suorum non obliviscitur : tu
autem benefactorum tuorum oblivisceris.
Fili, ne videatujr tibi paxum unum habere
inimicunK,. vel nimium mille habere amicos;
dico tibi.
> II <<
crisie et sert aplus grande, Car quant iljune
ou ilfait aumosnes et on lui demande s Hl Va
faicte^ il respond : Dieu ,le scet se je Vay
faicte , oii non ; pour ce que on Vait en plus
grande reverence^ etque on cuide cestui n'est
pas jrpocrite quand it ne veult mie mamfester
ce qu^Ufait* Je crojr que pou de gem soient
qm ne partissent k celle maniere d^ypocrisie.
Gardez^vous doncques que vous ne soyez mie
de ceulx , et que vous neperdez mie le loyer
de vostre traveilj et pour ce qu^elle ne vous
ai^iengne ^faictes toutes choses a bonne inten^-
tion , et ne querez mie a as^oir gloire de ce, Un
autre philosophe dit : Se tu Vtffiezfeiinement
en Dieu , ta chose te vendra a ta volente en
quelque lieu que tu voises. Balaam , qui en
la langue dArabieest nommez Lucaman^ dist
a sonfilz: Soyes sages aussicomme lefourmil^
qui assemhle en Veste dont elle vit Vyver,
Beaux filz^ ne soyes mie moins noble que le
cfuen : il ne m^scongnoist mie ceuLc qui bien
lui fbnt si comme tu fais. Beaux filz , fie
soyes mie plus pareceux du coq qui justice
dix femmes^ et tu n*en pues justicier une.
Filz, se tu as un ennemiy c^esttrop.
13
FABULA I.
/Arabs moriturus vocato filio siio dixit : Dic,
fili, quot tibi , dum vixisti , acquisieris amicos?
Respondens filius dixit : Centum , ut arbitror,
acquisivi amicos. Dixit pater, quia philoso-
phus dixit : Ne laudes amicum donec proba-
veris eum. Ego quidem prior natus sum , et
unius dimidietatem vix mihi acquisivi; tu
ergo centum quomodo tibi acquisisti.^ Vade
igitur probare omnes , ut cognoscas si quis
hominum tibi perfectus erit amicus. Dicit
fiUus : Quomodo consulis ? Dicit pater : Vitu-
lum interfectum et frustatim comminatum
in sacco repone , ita ut saccus forinsecus san-
guine infectus sit , et cum ad amicum vene-
ris, dic ei : Hominem, care mi, forte inter-
feci, rogo te ut eum secreto sepeUas, nemo
enim te suspectum habebit, sicque me sal-
vare poteris. Filius fecit sicut pater imperavit.
Primus amicus ad quem venit, dixit : Fer te-
cum mortuum super coUum tuum ; sicut fe-
cisti malum, patere satisfactionem , in do-
i3
CONTE I.
Quant VArabien douU morir ^ il appella
sonJUz et lui dist : Dy^Jilz^ quans amis a^^tu
acquis en ta vieP Lefilz respondy : J^en ay
cent acquiz si commeje croy. Lepere dist : Ne
loe mie ton ami jusques a tant que tu Vayes
esprouve. Je suiplus viel de toy^ et a paine
ay-je acquiz la moitie d^un ami^ et toy^ cont'
menten as acquiz cent? Or va doncques^ et
se les espreuves tous , et saches lequel fest le
plus parfait ami. Lefilz dist: Pere^ conseilliez
moy commentje les esproweray. Dist le pere :
Tu tueras un veel et le porteras a la maison
de ton dmi par nuit , et diras : Jmis^ vechy
ung homtne que fay tue y je te prie que tu
Venfeuches priveement ^ nul ne Ven aura en
souppecon, de ce fait , et ainsi me pourras^tu
sauver mon honneur etma vie. Lefilzfist ce
que le pere lui commanda. Le premier ami a
qui il vint^ dist : Se tu as aporte ce mort sur
ton coly si le remporte ; Se tu as fait le maly
si enfay la penitance y car cn mon hostel nc
» i4 «
mum meam non introibis. Cum autem per
singulos sic fecisset, eodem responso omnes
responderunt. Ad patrem rediens , renuncia-
vit quae fecerat. Dixit pater : Gontigit tibi ut
dixit philosophus : multi «unt dum numeran-
tur anaici, sed in necessitate pauci. Yade ad
dimidium amicum quem habeo , ^ ride quid
dicat tihi* Venit, el: siout aliis dixieiat huic
dixit, cpii ait : Intra donaum, non eslhoc «e-
cretum quod -vicinis debeat propalari. Emissa
ergo uxore cum omni familia sua, sepuhur
ram fodit Gum autem ille omniayideret pa-
rata, rem prouterat disseruit :gratias agens.
Demum retulit patri qu3^ fececat Pater Tero
dixit : IVo tali amico philosophuB ait : hic
est Tere amicus qui te adjuvat cum tibi ssb-
culum deficit. Dixit filius ad patrem : Yidisti
hominem qui integrum sibi amicum lucratus
£ueritP Tunc pater : Non yidi quidem, sedau-
diyi. Tunc filius : Renuncia mihi de eo, ^
forte talem mihi acquisiero. At paCer :
enterras^tu ja. Et ainsi ala lejilz a tous lcs
centf lesquelz il cuidoit ses amis , et tous lui
respondirent ainsi comme le premier, Lefih
retowma au pere et lui dist ce quHl avoitfait
et irouve. Lepere lui dit : Ilt^est avenu ce que
te phylosophe dist: Moult de gens sont appeU
hz amis en prosperitey mais pou en sont au
besoitig, Va k mon demi^ami que fay^ et
saehes quHl te dira. Celiui innt a Iniy et lai
dist ainsi qu'il anoit dit aux auiyes^ et U lui
respondjr : Entre bientost en ma maison , car
je ne ^vueil que nulz de mes voisins sache de
ceste chose. Puis envoia safemme et sa mais^
nie hors de son hostely etfist unefiosse pour
erifomr ee mort, Quant hfih vit que cellui
aifoU ce appareillietj il Im dist : Je ^vous en
rens grans graces^ et lid commenca afiaire
tout son cffaireypuis s^en revint a son pere
et lui raconta tout ce quHl avoitfait, Lepere
lui dist : Cellui est vray ami qui t ^aime quant
tous tes autres tefaillent. Lefilz demanda a
son pere : Vcystes^vous oncques nul homme
qtd eust acqtds un ami entierp Lepere dist:
Je ne vejr oncques^ mais fen ay qy parler
d*un* Lefilz dist : Percy je vous prie^ dictes
moy comment. Le pere respondy : Je te le diray
volentiers.
i6
FABULA II.
Relatum est mihi de duobus negotiatori-
bus quorum unus erat in iEgypto , alter Bal-
dach , seque solo auditu cognoverant et per
internuncios pro sibi necessariis mittebant.
Contigit autem ut qui erat Baldach in negb-
tiationem iret in .Slgyptum. iEgyptiacus au-
dito ejus adventu , occurrit ei et suscepit eum
gaudens in domum suam. In omnibus ei ser-
yivit sicut mos est amicorum per octo dies ,
et ostendit ei omnes manerias cantus quas
habebat in domo sua. Finitis octo diebus in-
firmatus est , quod valde graviter dominus de
amico suo ferens, accivit omnes medicos
aegyptiacos ut amicum viderent. Medici vero
palpato pulsu iterum et iterum respecta uri-
na, nullam in eo cognoverunt infirmitatem,
et quia per hanc corporalem cognoverunt
infirmitatem, amoris sciunt esse passioneiti.
Hoc agnito dominus venit ad eum et quaesi-
vit si qua esset mulier in domo sua quam di-
ligeret.«Ad hoc ajger : ostendc mihi omnes
^ 17 <^
CONTE II.
Jadiz fnejust dit qiie deux marchans es^
taimt; rimestoit m Egypte et Fait^Fe a Bal -
dachy sin^ayoit.Vun oncques vu Vaup-e^ ains
s^entrecongnoissoient par messages et par l^f"
tres que Vwi envoioit a Vautre pour marchaU'
dise. II avint que cellui qui estoit a Baldach
ala en Egjrpte pour aucunes ses besoingnes,
Quant cellui d^Egypte oy dire quHl venoity
ii aUk encontre san ami et le recut Uement en
son hostel^ et le s^iyi bien et honnourahlement
si comme il affiert a amiy et le retintpar sept
jours en sa maison , et lui monstra toutes ses
ckoses. Au chiefde huitjours cestui marchant
de Baldach fut moultfort malades , dont le
seigfifiur de Vhostelfut moult dolent de son
amiy et manda tous les bons m^decins d*E^
gjrptc quHls veni^sent h son hostel. Les me^
decias tc^ter^nt son pulz et regarderent squ
orinCf et ne trouverent en lui quHl eust au-
cune mdladie , et par ce congnurent-ih en lui
quHl n^avoitfors la maladie d*amours, Quant
le seigneur de Vhostel sceut ce^ il lui deman-
da s*U aifoit en sa maison nullefemme quHl
amast. Le malade dist : Montrez-moy toutes les
3
^ i8 «
domus tuoD raulicres, et si forte inter eas
hanc videro, til>i ostendam. Quo audito,
ostendit ei cantatrices et pedisequas quarum
nulla ei placuit. Post hoc, ostendit omnes
filias, has quoque sicut et cceteras omnino
repulit atque negglexit. Habebat autem do-
minus quandam nobilem puellam in domo
aua quam jamdiu educaverat ut eam accipe-
ret in uxorem, quam et ostendit ei. ^ger
vero aspecta hac ait : ex hac est mihi mori ,
et in hac mea yita. Quo audito dedit puellam
in uxorem aegro cum omnibus quae erat cum
ea accepturus , et praeterea dedit ci quae erat
daturus puellae si eam acciperet in uxorem.
His completis , accepta uxore et his quae cum
uxore acceperat, et negotiatione facta , rediit
in patriam, Gontigit autem post hoc ^gyp-
tiacus omnia sua multis modis amitteret , et
pauper effectus. cogitayit apud se quod iret
Baldach ad amicum suum quem ibi habebat
ut sui misereretur. Iter ergo nudus et fame-
lius arripuit , atque Baldach intempeste noc-
tis silentio pervenit, pudor autem eiobstabat
ne domum amici adiret , ne forte incognitus
taU tempore expelleretur , templum vero
> 19 <
/emmes de votre maisofiy ct seje voyceUeque
j*awtey je le retendray\ Quant le seigneur oj
ccy il lui monstra toutes les danioiselles dc
layensj chamberieres et autres, Cellui les /d-
garda, mais il n*en vey nulle qui luiplaist.
Apres il lui monstra ser JilleSj mais il les ref'
fusa toutes aussi comme les premieres. Le sei"
gneur avoit une gentile damoiselle en sa mai"
son^ laquelle ilgardoitpourprendreafemmej
si lui monstra, Quant le malade la vitj il dist
au seigneur : En cestepuceUe gist ma mort ou
ma vie, Lors le seigneur oyant ces paroUes^
lid 4onna la puceUe hfemme et tout le douaire
qu Hldevoit avoir avec eUcj et avec ce lid donna
ce quHl devoit donner a la puceUe , s Hl Veust
prise afemme, Quant ces clwsesfurentfaictesy
et il eut prise safermne et Vavoir qu^il eut
avec eUe , et il eutfaicte sa besoingne pour &-
quelle il estoit venus en Egypte, il retourna
en son pays. Aucun temps apres il avint que
le marchant dEgypte perdy tout son ai^oir et
fiU poi^res f sipensa en luimesmes quHlyroit
voir son ami a Baldackpour savoir sHlauroit
merci de lui, si se mist a la voiepovre et men*
dianty et vint tantpar ses journees au mieulx
quoddam intravit ut ibidem pernoclaret. Sed
cum »bi anxius molta diu secum volyerety
occuti^nt sibi duo viri prope templum in ci-
vitate, quonim unus alium interfecit, clam>
que aufiigit. Mtdti igitur cives pro strepitu
decurrentes^y interfectum repperiunt et quse--
rentes quisnam horaicidium perpetrasset ^
intraverunt temphim sperantes homicidam
repperire. ^gyptium vero repperunt ibi , et
sciscitantes ab eo quisnam virum interfecis-
set, audierunt ab ipso quia ego interfeci
eum , paupertatem enim suam morte saltem
fihire cupiebat : Captus itaque incarceratus
est. Mane autem facto ^roducitur aifte ju-
dices , et ihorte condempnatus ducitur ad
crticem. Multi ergo de more occurrunt , quo-
rum Unus fuit amicus ejus cujus cattsa adie-
rat Baldach. Hic acutius eum intuetis de-
prehendit esse amicum quem in JEgfpto Te-
liquerat; reminiscens itaque bonorum quse
Bibi in ^gypto fecerat, cogitans quia post
mortem retribuere illi non poterat , mortem
pro iUo se subire decrevit, voce ergo magna
clamavit : Quid innocentem condempnastis ,
qtiove eum ducitis? non marlem meruit,
> 21 «^
qu*ilpeuty qu^il aPri\^a a Baldack une vespree
tart; mais honte hdfut d^aler en la maison de
son ami h celle heure et ainsipovres , car il cre*
moitque a teleheure iln*y fast mie congneusi;
si ^ntra en un temple poury dormir la nuit,
Ainsi comme il estoit Ih dolans et pensifs^ deux
liommes aeoururent prez dutemple ou il estoity
et VwvdeceS: deux occist VaiUrey puis s^en
fouy le murdrier coyement, Les gens accou-
rurent a la noise, et troui^erent cellui mort;
sicommencerent a querir ceUui qui Vavoitfaity
et entrerent ou temple pour savoir.se cellui j
estoit boutez qui Vomicide avoitfaity sitroU"
verent VEgyptien et lui demanderent qui cest
homme avoit occiz. 11 respondy i JeVai tue;
car paraifenture il avoit plusehieramorir que
devivre en telepovrete; sifutpris et menez en
prison, Au matin > onlemena devant lesjuges^
etfut condempnez a moriry slfut menezxau
gibetpour pendre. Moult de gcns y acpoum"
renty si comme coustume est , et entreles autres
y fut Vami de VEgyptien qui jugiez estoity
pour qui il estoit venus a Baldach, Si le re^
gurda moulty et eongneutque c^estoit son>ami
qu^il oifoit laissie en Egypte^ et pensa que
apres sa moH il ne luipourroit rendre les biens
qu^il lui avoit faiz j si voult souffrir la mort
pour luiy et eria aux juges h haulte voix :
Pourquoi condempnez - vous cest hoinme P II
^ 22 <
ego virum interfeci. At illi inj«*rerurit maniis
in eum, atque ligatum secum ad crucem
traxerunt, aliumque a pocna mortis absolve-
runt. Homicida vero in eodem agmine lioc
intuens gradiebatur atque secum dicebat:
Hunc interfeci et iste dampnatur. Hic inno-
cens supplicio deputatur, ^go vero nocens
libertate fruor. Quaenam causa est hujus in-
justitiae ? Nescio , nisi sola Dei patientia sit.
Verum Deus judex justus impunitum nul-
lum scelus dimittit. Ne igitur posterius in me
duriiis vindicet, hujus me prodam criminis
esse reum, sicque eos solvendo a morte,
quod commisi luam peccatum. Objecitque se
in periculo dicens ; Me , me qui feci , istum
dimittite innoxium. Judices autem non parum
ammirantes, hunc , aUo a morte absoluto, Uga-
verunt, jamque de judicio dubitantes , hunc
ciun reUquis prius Uberatis ante regem ad-
duxerunt eique omnia ex ordine referentes
ipsum etiam hesitare compulerunt. Com-
muni itaque consiUo rex eis omne crimen
quod sibi imposuerant condonavit, eo ta-
men pacto ut criminis sibi impositi causas
patefacerent , at ilU rei veritatem ei expo-
suenmt; communi autem consensu omni-
bus absolutis , indigena qui prd amico mori
decreverat, ipsum in domum suam intro-
duxit, eique omni honore pro ritu facto in-
S> 23 <
n^a coii/p^s cn cefaitj oh le menez-^vous ? J^ay
tue Vomine^ cestui u*y a mort desservie, Les
juges jetterent lesmains a lui, si luilojerent
les mains et le menerent au gibety et deUvrerent
Vautre de mort, Cestui qui Vomme avoit tucy
estoit entre les gens et vf ceste chose , si dist
a luimesmes : Je tuay Vommcy pourquoy ceulx
qui n*y ont coulpes sont condempnez a morir^
etje qui en sui coulpables en voj quittesy et
si sui cause de toute ceste iniquitey et affln
que Dieu ne me vende trop griefment ce mef-
faitf je m^en vueil monstrer coulpabUs, si
deliverrajr ces deux^ et soujferray lapaine de
mon mesmes meffait, Ainsi se mistenperil et
dist : Je suis cellui qui tuajr Vomme^ laissiez
ceulx^cy qui n*y ont coulpes, Les juges s^es-
merveilUerent moult et deUvrerent ceUui qui
lojez estoit, puis amenerent ceUui et les deux
autres devant le roy, et lui conterent tout ainsi
. comme illeur estoit avenuy et le roy mesmesfut
en douite dcfaire lejugement, En lafin le roj
leur pardorma par commun conseil tout le
meffait par tel si quHls lui desissent toutes les
causes du mejfait quHlz avoient pris soubz
eulxy et ilz lui en dirent Ui verite^ sifurent
tous trois deUvrez par commun assentement.
CeUui de Baldach qui voult morir pour son
amiy Vemmena en son hostel, et mouh Von"
noura et lui dist : Se tu Ven veulx r^aler en
» 24 <?
quit : Si mec^m manere acquiescis , omnia
nobis , prout decet , erunt communia ; si vero
repatriarc volueris , quae sunt mea sequa lance
partiamur. At ille natalis soli dulcedine irre-
titus, partem totius substantiae quam ei ob-
tuleratrecepity sicque repatriaviy His itaque
relati», inquit filius ad patrem : rix poterit
repperiri amicus.
Dixit alius philosophus : Propter amicos
non probatos provide tibi semel de inimicis
et millies de amicis , quia forsan quandoque
amicus fiet inimicus, et sic levius. poteris
requirere dampnum tuum. Item alius philo-
sophus : Gaye tibi a consilio illius a quopetis
consilium , nisi sit tibi fidelis comprobatus.
Item alius : Consule amico tuo in bonum
quantum poteris, etsi tibi credere noluerit;
justum enim est ut sibi consulas, licetrectum
ut inconsultus tuum non sequatur consilium.
Alius : Noli consilium tuum omni hominire-
velare; qui enim consilium tuum in corde
suo retinet, sui juris est melius eligere. AUus :
Consilium absconditum quasi in carcere tuo
est retrusum ; revelatum vero te in carcere
suo tenet ligatum. Alius : ne te associaveris
^ a5 <E
ton pays y partons mon avoir a moitie, Cellui
d^Egjrpte desiroit r^aleren son pdfs, si retint
.toutela moitie de Vasfoir que son ami lui offry,
€t ainsi retourna en son pays, Quant le pere
€Ut dicte ceste chosej lejils lut respondy : A
paine pourroit-on trouver un ami en toute sa
Tfie , et qui Va , si le garde bien , sifera comme
sage.
Un autre philosophe dit : Pour ses amis qui
ne sont mie esprouvezy on espreuve maintesjbiz
ses ennemis que on cuide ses amis , car les amis
deviennent maintes foiz ennemis , et ainsi te
pourras garder de dommage, Un phylosophe
dit : Garde toy du conseil de cellui a qui tu
demandes conseily sHl n*est moult ton loyal
anU esprouve. lln autre dit : Conseille ton ami
en hien tant comme tupues, combien quHlne
t6 vueille mie croire ; car droit est que tu con"
seiiles ton amijja soit ce qu V/ ne vueille suivre
ton conseiL Un autre dit : Ne descuevre mie
ton conseila toutes gensy car qui conseilade-^
dens son cuer, il puet eslire le meilleur. Un
autre dit : Le conseil quiest enclos dedens son.
cuer est ainsi comme en chartre emprisonnez ,
mais le conseil que tu as manifeste^ Va ainsi
i> 26 <
inimicis tuis , cum alios possb repperire so-
cios : quad enim male egeris notabimt, quas
vero bona fuerint devitabunt. Dixit quidam
versificator : Elst una de adversitatibus hujus
tfoeciili gravioribus libero homini quod neces-
sitate cogitur ut sibi subveniat requirere ini-
micum. Quaesivit quidam a quodam Arabe
quae majbr adversitas contigit tibi in hoc
sceculo ? Arabs : Necessitas compulit me
convenire inimicum ut quae volebam mihi
concederet. Alius : Ne te associes leccatori,
cujus consortium est tibi dedecus. Alius : Ne
glorieris in laude leccatoris, cujus laus est
tibi vituperium, et vituperium laus. Quidam
philosophus transiens per viam , alium phi-
losophum repperit cum quodam leccatore
jocantem , et ait : Sibi simile attrahere ada-
mantis est. At ille inquit : Numquam me sibi
adjunxi. Ad hoc transiens : Cur ergo ei ap-
plaudebas ? At ille inquit : Non , sed magna
necessitate cogitur etiam honestus homo la-
trinam adire. Alius philosophus : Fili , grave
est arduas mentiones ascendere et ab eisdem
descendere facile. Alius philosophus : Me-
lior est inimicitia sapientis quam amicitia
^ 27
comme loyet en sa chartre. Un autre dist: Ne
t^dccontpaigne mie avec tes ennemis qiidnt tu
pues avoir autre compaignie^ car ilz repren^
dent tesmatdi^ et se taisent de tes biens. Un-
7}ersifleur dist : Neccessite est une des plus
grandes adifersitez de ce siecle a hommefrancy
car il est constraint de requerre ayde a son ami
par neccessite, Ung homme deinanda conseil a
un Arabien et dist : Neccessite me constraint
que se je mon ennemi trais en cause y qu^il
m^octroiera ce queje vouldray, Un autre dist:
Ne i*acompaigne mie a lecheur de qui com"
paignie tu ayes honte, Un autre dist : Ne te
gloriffie mie se unjecheur te loe^ car sa loenge
est hlasme , et son hlasme loenge. Un philoso^
phe trespassoit parmi une voie et trouva un
autre philosophe jouant avec un lecheur^ si lui
dist : La nature de Vayment est de attraire ce
quil Im est semblable. A ce respondy le tres^
passant : Pourquoy joues-tu dont a lui? Cil
lui dist : Par neccessite va Vomme a lafoiz a
la chambre priifee. Un autre philosophe dit a
sonfilz : Grieve chose est de monter en hautes
jnaisonSj et legiere chose estdeen descendre.
Un autre dist: Uayde du sage est meilleur que
Vamistie dun sot. Un autre dist : Neprisemie
» 28 «
insipientis. Alius philosophus : Ne habeas
pro magno amicitiam stulti, quia non est
permanens. Alius philosophus : Dulcior est
sapienti aspera vita inter sapientes, quam
dulcis vita inter insipientes. Alius philoso-
phus : Sapientiae duae sunt species , una na-
turalis, altera artificialis, quarum una non
potest manere sine alia. Alius : Ne commit-
tas stultis sapientiam , quia eis esset injurio>
sum , neque sapicntibus eam deneges , quia
suum est eis conferre. Alius : Hujusmodi
dona diversa sunt, quibusdam enim datur
rerum possessio , quibusdam sapientia. Qiu-
dam enim loquens filio ait : Quid malles tibi
dari, censum an sapientiam? Gui fiUus :
Horum quodlibet alio indiget. Fuit quidam
sapiens versificator egregius, sed egenus et
mendicus, semper de paupertate sua amicis
conquerens , de qua etiam versus composuit,
talem sensum exprimentes : Tu qui partiris ,
monstra cur pars mea mihi desit. Culpandus
non es , sed dic mihi quem culpabo , nam si
constellatio mea est mihi dura , a te quoque
ed factum esse indubitabile est. Sed inter me
idipsamtu orator et judexes. Tudedisti mihi
29 «
moult Vamistie d^un sotj car elle ne dure mie
longuement. Un autre dist : Le sage aime
mieubc a mesaise vii^re entre les sages^ que aise
entre les sos, Un autre dist : Deux manieres
sont de sapiencey Vune est naxurelle^ et Vautre
est acquise par art, et nepuet Vune demourer
sans Vautre, Un autre dist : Ne charge mie
sens aux sos, car tu leurferoies torty et ne le
refuse mie aux sages^ car c'est leur droit de
Vavoir, Un autre philosophe dist : Les dons de
ce monde sont dii^ers : aux uns sont donnecs
richessesy et aux autres sens. Un autre philo*
sophe dist a son filz : Lequel ameroies - tu
mieulxy ou avoir^ ou sapience? Le filz res^
pondjr : Vun de ces deux a mestier de Vautre.
II fut jadis un moult sage versifieury mais
povre estoit et besoingneuxy et se complaignoit
ades a ses amis de sa povretCy et enfist vers
quiavoient tele sentence : Tu quiparSy dy moy
pourquoy ma part y fault, Tu nefais mie a
hlasmer de ce^ mais dy moy qui je en blasme"
ray^ car se ma destinee est h moy durcy non
pourquant certaine chose est que tu mefais
ceste durte; mais tu es advocat et juge entre
moy et ma destinee, Tu m^as donne sapience
sans soustenance, dy moy quefera le sens sans
^ 3o <€(
sapientiam sine substantia, dic ergo mihi
quid faciet sapientia sine substantia. Accipe
partem sapientiae et da mihi partem pecunise.
Ne patiaris me illo indigere , dampnum cujus
erit mihi pudori. Dixit alius philosophus :
Tribus modis unus indiget alio. Cuicumque
benefeceris , in eo major eo eris , quo non
indigueris , par ipsius eris ; quo vero indigue-
ris , minor. Alius : Sapientia mortua cor-
pora yivificat claritate sua , velut terra arida
humiditate pluviae virescit. Alius : Glaritas
animae est sapientia y census vero est claritas
corporis. Discipulus magistro : Quomodo me
habendo inter sapientes discipulos computa-
bor ? Magister : Serva silentium donec sit tibi
loqui necessarium. Maledicam linguam in-
dictum emendat silentium; ait enim philo-
sophus : Silentium est signum sapientiae, et
loquacitas signum stultitiae. Ne festines res-
pondere donec fuerit finis interrogationis ,
nec quaestionem in conventu factam sdlvere
temptes , cum sapientiorem te ibi esse per-
spexeris , nec quaestioni alii cuiquam' factae .
respondeas , nec laudem appetas pro re tibi
incognita. Philosophus enim dicit : Qui de
3i <
soustenance. fieprens une.partie de sapiencey
et simedonne une partie de richesse. Ne me
Jajrjnie^ avoir besoing de ce dont le dommage
tourne a honte, Un autre philosophe dist : En
trois manieres a Vun mestier de Vautre, A ceU
lui a quitufais bien tu es plus puissant de lui,
en ce que tu luifaiz bien, Tu es egal a cellui
de quitun'as mie mestier; et de cellui de qui
tu as mestier es - tu moindre en ce cas, Un
autre philosophe dist : Sapience ravive parsa
clarte les corps qui sont mors; ainsi comme ta
humidite de la pluie raverdist les terres qui
sont seches, Un autre dist : Sapience est la /tn
clarte de Vame^ mais sens est la clarte du - « A ^
corp/.Unphilosophedistasonmaistre:;Com' \ ^
ment me mamterrai^je qffin queje soje contez
entre les sages disciples? Le maistre respondy:
Tien silencejusques a tant que soit besoing que
tuparolles; silence est meilleur que langue mal
parlant : car un philosophe dist : Silence est
signe de sapienccj et moult parler est signe de
sotise, Ne te haste mie de respondre devant que
cellui qui demande aurafne son compte; et
ne te haste trop de respondre a demande que
onfait a autruiy et ne quiersmie ai^oir loenge
de chose que tu ne scez : ccir le philosophe dist:
» 32 «
re sibi ignota laudem appeut^ illum menda-»
cem probatio reddit. Alius : Acquiesce veri-
tati sive a te prolatae, siye tibi objectse. Ne glo-
rieris in sapientibus Tcrbis tuis , quia pf out
philosophus testatur, qui in suis Verbis sa-
pientibus gloriatur , stultus esse comproba-
tur. Alius : Qui prudenter inquirere voluerit
solutionem , prudenter intelliget. Alius : Qui
brevi tempore pro pudore disciplinam non
patitur y omni tempore in pudore insipientias
permanebit. Alius : Non omnis qui sapiens
dicitur sapiens est, sed qui discit et retinet
sapientiam. Alius : Qui in doctrina defecerit,
parum generositas sua ei proderit. Dogmate
indiget nobilitas , sapientia vero experientia^
\ ■- -
» 33 <sr
Quiloenge quiert de chose qu'il ne scety il est
mensongier prouve. Un autre dist : Congnois
write soitpour tojy ou soit contre toy. Ne te
glojifies mie en tes sages paroUes : car le phi'
losophe tesmoingne que celluyqui se glori/ie en
ses sages parolles est sot, Un autre sage dist :
Qui sagement vuelt respondre a ce que on lui
demande^ il doit sagement entendre, Quipour
honte ne pmt souffrir discipline un pou de
temps ponr aprendre^ il sera tousjours en la
honted^ignorance, Unautredist: Tousceulx
ne sont mie sageSy qui sont appellez sagesj
mais cellui qui aprent et retient sapience. Un
autre dit : A cellui qui ne ^eult estre doctri"
neZy prouffitera pou sa noblesse. Nohlesse a
hesoing d^enseignement et sapience d^experi^
ment.
r *"*^^'-
34
FABULA III.
Arabs : Quidam versificator prudens et
facetus, sed ignobilis, cuidam regi versus
suos optulit. Cujus notata prudentia , rex eum
honorifice suscepit; huic igitur invidebant
aUi versificatores sua superbi generositate
regi convenientes ita inquiunt : Domine rex,
cur hunc tam vili ortum prosapia adeo mag-
nificas ? Ad hoc rex : Quem vituperare pu-
tastis , magis laudastis. Ipse vero qui vitupe-
rabatur haec adjunxit : Rosa ex spinis orta
nequaquam blasphematur. Rex autem maxi-
mis honoratum muneribus eum dimisit.
Contigit ut quidam versificator nobili ortus
prosapia , parum disciplinatus , regi cuidam
versus suos offerret. Quos acceptos rex male
quidem compositos sprevit, nihilque sibi
dedit. Inquit igitur versificator regi : Si non
pro versibus , saltem pro generositate aUquid
mihi tribuas. Rex ergo ait : Quis est pater
tuus ? At iUe sibi indicavit. Ait rex : Semen in
A
35
CONTE III.
Un sage versifieur qui n'estoit mie de noble
ligniy offry jadis ses vers a un roj, Quant le
rojr congnut sa sapience^ il le retint honnou"
rablement; adont en eurent envie les autres
versifieurs qui orguilleux estoient pour leur
noblesse. Ih vindrent au rojr et lui dirent :
Sire^ pourquoy honnourez^vous cellui qui est
extrais de si basse lignie? A ce respondy le
roj : Or ai^ez^vous plus loe cellui que vous
cuidiez leplus blasmer, A ce dist leversifieur
que on auoit blasme : La rose qiU naist d^es*
pineSy n*est pas pour ce blasmee. Le roy Von"
noura moult et lui donna grans dons a son
partement.
II avint que un autre versifieur estant de
haulte lignicy pou disciplinez^ 9J[f^ ^^^ "^^^^
au roy. Le roy retint ses vers et ne lui donna
riens. Le versifieur dist au roy : Se tu ne
me vuelz donner pour mes vers , au moins
donne moy pour ma noblesse. Le roy lui de^
manda : Qui est ton pereP Et cellui lui
dist. Le roy respondy : La semence de tonpere
» 36 «
te degeneravit. At ille : Rex, saepe in fru*
mento oritur siligo. Ad hoc rex : Te minoris
generositatis quam patrem tuum probasti,
illumque immunem sic dlmisit.
Alius versificator item venit ad regera,
patre ignobili , sed matre generosa. Incom-
positus equidem incompositos optulit versus.
Gujus mater habebat fratrem Utteratum et
facetia splendidum. Rex autem eum nequa-
quam honorifice suscepit , quaesivit tamen ab
eo'Cujus filius erat, at ille praetendit ei avun-
culum suum , unde rex in nimium risum se
convertit. Aiunt ei sui familiares : Unde iste
tantus risus procedit? Ait rex : Fabulam
quandam in Ubro quodam legeram quam hic
oculis conspicio. At illi : Quaenam est illa ?
Ait rex : Mulum noviter natum vutpes in
pascuis invenit, atque admirans ait : Tu quis
es? Mulus dicit se Dei esse creaturam. Cui
vulpes : Habesne patrem aut matrem ? Mulus
ait : Avunculus meus est equus generosus.
Sicut ergo muhis non recognoscit asinum pa-
irem suum , eo quod pigrum et deforme ani-
mal est, sic iste patrem suum cpnfiteri erubes-
» iy <i
fourligne en^ toy. Et cellui dist au rojr : Ou
founnent naist^ a lafoizy croist soillez^ Ha^!
respondjr lerofy maintenant as^tu prouve
que tu es de moindi^e nohlesse que ton pere :
et ainsi le laissa le roy sans lui rien donner,
Un autre versifieur qui estoit gentil de par
sa merey etpoint depar son pere^ vint au roy.
II qui rude estoity offry au roy rudes vers, La
mere de cellui versifieur avoit unfrere moult
sage etprudent homme, Le roy ne le recut mie
moult honnourailement y mais il lui demanda
quifilz il estoit , et cellui lui nomma son oncle.
Le roy commenca a rire, Ses gens lui deman^
derent pourquoy il rioit, Le roy dist : J^avoie
n^a gaires leu une fahle en un livrej etje le
voy cy a mes yeubc, Et ceuhc dirent , quelte
fahle est doncques? Et le roy leur dist : Un
renart trouva en un pasturage ung mulet nou*
vellement ne, Le renart s'en esmerueil/a, et
lui demxmda^ qui es - tu? Le mulet dist qu*il
estoit une creature de Dieu. Dist le renart, as^
tu ne pere ne mere? Dist le mulet : Un gentil
cheval est mon oncle, Ainsi comme le mulet ne
vouloit mie congnoistre que Vasne fust son
percy pour ce que c^est une heste parecheuse et
layde^ pareillement cestui a honte de nommer
$»• 38 «
cebat pro incrtia sua incogpitum. Rex tamen
convertens se ad versificatorem ait : Yolo ut
indices mihi patrem tuum. At ille sibi indica-
vit Cognovit igitur rex quia pater ejus vilis et
indisciplinatus erat, et ait servis suis : Demus
huic de rebus nostris j quia non degenerat.
Arabs ait patri suo : Miror me legisse in
temporibus praeteritis nobiles facetos sapien-
tes honorari, modo vero soli honorantur lec-
catores. Ad quod pater : Ne mireris , fili , quia
clerici clericos, generosi generosos, faceti
facetos honorant, leccatores a leccatoribus
venerantur. Filius : Vidi et aliud , quod cle-
rici pro sapientia sua non sunt honorati ,
unde facti sunt leccatores, et ad magnum
venere honorem. Tunc paier ait illi : Hoc
quidem hac inertia temporis contigit. Ad
quod filius : Edissere mihi , pater carissime ,
veram nobilitatis diffinitionem. At pater :
Ut, inquit Aristoteles in epistola sua quam
Alexandro regi composuit, meminit, qui cum
ab eo quaereret quem sibi ex hominibus con-
siliarium faceret, taliter per epistolam res-
pondit. Accipe, ait, talem qui septem libera-
libus artibus sit instructus , industriis septem
5> 39 «^
son pere qui n^estoit mie congneu par sapa'
resse» jidonCy dist le rojr au versifieur : Je
veiUl savou* qui est ton pere^ et il lui dist la
^erite. Si congnut le roy que c^estoit un vil^
lain viel et rude, et dist a ses sergans : Donnez
a cestui aucune chose , car il neJburUgne mie.
UArahien dist a son pere : Je rne mer'-
veille que oii temps qui est passe on soloit
honnourer les nobleSy les courtois et les sages,
mais maintenant on honneure sans plus les
Jlateurs et bourdeurs, A ce respondy le pere :
Filzy ne t^en mers^eille mie, car les clers hon^
neurent les clers , les nobles honneurent les
nobleSy les courtois honneurent les courtois y
et les mauifais lecheurs et Jlateurs leurs sem^
blables* Le Jilz dist : J^ay veu autre chose ,
c^estque les clers ne sont mie honnourez pour
leur sapiencey mais les Jlateurs viennent a
grans honneurs. Le pere respondy : Ces choses
aviennent par la mamaistie du temps. Pere,
dist le JUzy aprenez moy la vraie distinction
de noblesse. Le pere dist : Si comme dist Aris^
tote en uneepistre quHlenvoia au r6y Alexan^
dre, Quant le roy lui demanda de quel homme
iljeroit son conseillier^ il lui rescrivy en telle
mxiniere : Prens tel homme qui soit bien apris
s^ 4o •<
eruditus , septem etiam probitatibus edoctus ^
et ego aestimo hanc perfectam nobilitatem.
At filius : Haec nobilitas in tempore meo non
contigit, immoauri et argenti tota estquam
video nobilitas , ut ait quidem versificator :
Glorificant gazae privatos nobilitate , pauper-
tasque domum premit altera nobilitate. Ver-
sificator quidam de adversitatibus saeculi quae
superveniunt nobiles inquit : Dic illis qui pro
adversitatibus quae nobis accidunt, nos con-
tempnunt , quod saeculum nullis fecit contra*-
rium nisi nobilibus tantum. Nonne vides
quod mare devehit stercora et paleas , et pre-
tiosi lapides in fundum vadunt ? Nonne vides
quod in coelo sunt stellae quibus nescimus
numerum ? At insuper nulla quidem patitur
eclipsim , praeter solem et lunam. At pater :
£x temporis inertia accidit quod homines in
divitiis solum judicant gloriandum. Unus ex
discipulis interrogavit magistrum suum di-
cens : Cum septem sint artes et septem pro-
bitates et*septem industriae, vellem ut has
mihi, sicut se habent, enumerares. Magis-
ter : Enumerabo. Hae sunt artes : dialectica,
arithmetica, geometria, physica, musica,
des sept ars liberaulxy bien enseignie des sept
aUrempures et des sept proesces bien doctrinezj
etje crojr que ce soit noblesse parfaicte. Dist le
filz : Ceste noblesse n*est mie en mon temps,
mais d^or et d^argent est noblesse dicte main"
tenantf sicomme dist un versifieur : Richesses
anoblissent ceulx qui ne sont mie nobles^ Un
Dersifieur dist : Ce sont aversitez qui nous
aviennentj car le siecle n'est a nuUui con^
traireforsauxnobles. Et ne vois-tu que Vava"
ricieuxportelesperleset les pierres precieuses^ et
ne vois^tu quHl a tant d^estoilles oii ciel que
on n'en scet le conte^ mais nulle n^en sueffre
Veclipse fors seulement la lune et le soleiL
Dist le percy ce vient de la mamaistie du
terhps que on loe et honneure les riches tant
seulement. Un disciple demanda a son mais^
tre et dist : Ils sont sept ars et sept proesses
et sept atrempanceSy je voudroie que tu me
contaisses qui elles sont. Le maistre reS"
pondjr : Je les te nommeray volontiers. Les
sept ars de gramaircy logique, rethorique,
arismetiquey geometrie^ musique et astrono^
mie \ Les proesses sont chevauchier, noery bien
< L*ancieii traducteur a omis ici une partie du texte latin.
astronomia. De septiina vero* diversae sunt
plurimorum sententiae quaenam sitj philoso-
phi qui prophetas non sectantur, aiunt ni-
gromantiam esse septimam. Aliqui ex illis qui
prophetiis et philosophiae credunt, nolunt
esse scientiam quae res naturales vel elementa
mundana praecellit. Quidam qui philosophiae
non student, grammaticam esse affirmant.
Probitates vero hae sunt : equitare , natare ,
sagittare, cestibus certare, aucupare, sca-
chis ludere, versificari. Industriae sunt ne
sit vorax, potator, luxuriosus, vinolentus,
mendax, avarus et de mala conversatione.
Discipulus : Hoc tempore puto neminem hu-
jusmodi esse. Correxit quidam philosophus
fiUum suum : Gave mendacium , quia dulcius.
est carne voluchrum , cum aUis leve sit men-
dacium proferre , quare videtur grave veri-
tatem dicere. Alius philosophus : Si dicere
metuas unde poeniteas , melius est njumquam
dicere sic verecundia negandi, cave ne inferat
tibi necessitatem mentiendi, quia honestius est
rem negare quam longos terminos dare. Alius :
si mendacio quiUbet salvatur, multo magis
veritate servatur.
» 43 «CE
traire d^arc'^ bien jetter la pierre^ hienjouer
de bastons d*armeSy oyseler^ jouer aux eschis
et bien versifier. Les atrempances sont que
homme ne soit mie oultrageuxj mengeur^ ne
beuveur^ qu^ilne s^enysfrepas volontiersy quHl
ne soit menteur^ ne avaricieuxj ne de mau^
paise contenanccy ne luxurieux. Dist le dis^
ciple : Je necroy mie quHlsoit hommevivant
qui ait toutes ces choses. Un philosophe chaS"
tioit sonfilz et lui disoit : Garde toy de dire
mensongey c^est nne chose oii en enchiet plus
Tfolentiers que a dire verite. Un autre dist :
Garde que honte d^escondire ne teface men^
tiry car plus honneste chose est escondire la
chose que de donner long terme. Se mensonge
qyde a lafoisj mieulx doit aidier verite^
^44 •«
Accusatus quidam ductus est ante regem
judicem, negansque crimen impositum tan-
dem convincitur. Cui rex : Dupliciter punie-
ris, semel pro crimine commisso, secundo
pro crimine negato. Alius cum similiter accu-
satus quod commiserat non negavit, dixe-
runt regi qui astiterant , de crimine confesso
judicium sumet. Non ita, rex inquit, quia
philosophus dicit : Confitenti peccatum ratio
est relaxare judicium, sicque Uber factus
a rege discessit. Socrates : Sicut homo men-
dax in principiis comitatu non convenijt, sic
a regno coelorum excludendu^ erit. Quidain
philosophus dixit filio suo : Sicut ignis ignem
non punit, sic malum malo non cedit; ut
ignem aqua extinguit , sic bono malum qui-
Ubet destruit. Ne reddas malum pro malo ,
ne sis similis malo, sed redde bonum, ut
melior sis malo. Alius philosophus : Ne con-
fidas in malo si periculum evaseris ut aUud
ineas , quia iUud non facies ut simile per-
transeas. Dixit Arabicus fiUo suo : Si videris
quemUbet malis operibus praegravari, ne te
intromittas , quia qui pendulum solverit ,
^uper eum erit.
4S <k
Un homme fiU jadis accuse d*un crime de^
vant le roj^, etfut amenez pourjugier, II nyoit
le crime que on lui mettoit sus^ toutesfoiz il
fut convaincus, Le roy dist : Tu seras dou^
hlement pugnizy V une foiz pour ton meffaitj
et Vautre pour ce que tu as menti. Un autre
homme meffist en tele maniere et ne nya mie
le meffaity si dirent ceulx qui devant le roy
estoientf il sera pugniz pour son meffaiU Non
sera , dist le roy^ car le philosoplie dist : Qui
congnoist son pechie^ on lui doit par raison
pardonner sa paine, Ainsi se parti cellui im"
pugny de la presence du roy. Socrates dist
aussi : Si comme tomme menteur n^est mie
conifenable en compaignie^ aussi.doit'il estre
dessevrez du royame des Cieulx, Unphilosophe
dist a sonfilz : Pareillement que Veaue estaint
lefeu , ainsy destruit chascun le mal du bien.
Ne rens mie mal pour maly affin que tu ne
scyes sendflables aux mauvais. Un autre dist :
Se tu as eschappe auperily ne te affie mie teU
lementau mal que tu entres en un autreperily
car tu n^en pourroyes mie par aventure si
bien eschapper comme tufeis de Vautre, UAr*
rahien dist a sonfilz : Se tu vois aucun qui
soit agrevez pour ses mauvaises oeuvresj nete
entremes mie de lui, car, qui larron jugiet des^
loye de la hart, il est subget a luf.
46
FABULA IV.
Transiens quidam per sylvam , inyenit ser-
pentem a pastoribus extentum et stipitibus
alligatum, quem mox solutum calefacere
curavit. Calefactus serpens circa foventem
serpere coepit, et tandem ligatum graviter
strinxit. Tunc homo : Quid , inquit , facis ?
Cur malum pro bono reddis ? Ad haec ser-
pens : Naturam meam facio. Bonum , ait ille ,
tibi feci , et illud malo mihi solvis ? lUis sic
conlendentibus , vocata est inter eos ad ju-
dicium vulpes, cui totum ut evenit ex ordine
monstratum est. Tunc vulpes : De hac causa
per auditum judicare ignoro, nisi qualiter
inter vos primum fiierit ad oculum video.
Religatur iterum serpens ut prius. Modo,
inquit vulpes , o serpens , si potes evadere ,
discede ; et , homo , de solvendo serpente noli
laborare. Nonne legisti quia qui pendulum
solvit, super illum erit.
Dixit Arabs filio suo : Si gravatus fueris
aliquo modo et facile possis liberari, non
47
CONTE IV.
Un homme trespassoit par uneforesty si
trouva un serpent que les pasteurs avoient es*
tendu et loye a petis bastons. Pitie prist a
Tomme^ si le desloya et reschauffa en son sein,
Quant le serpent senty la chaleur de Tomme^
il se loya entour lui et Testraint moult for^
ment. Haa^ dist l*omme, quefais^tup Pour--
qttoy me rens-tu mal pour bien? Le serpent
dist : Je fais ma nature. Je Vay fait bien^
dit Vommcy et tu mefais maL Comme ils es»
trivoient ainsy^ ils appellerent le renart pour
faire ju^ement entr^eulx y et Ifii dirent tout
ensi que auenu leur estoit. Le renart dist : Je
ne saroie jugier ceste cause par oyr dire^ se
je ne le veoie a Tueil ainsicomme ilfutpre^
mierement entre vous deux, Ilz reloierent le
serpent ainsi comme devanU Or dist le renart
au serpent : Se tupues y si i*en va; puis dist
a Vomme : Or ne te traveille jamais de des^
loier serpent, Ne as^tu pas oy^ qui desloye le
.pendable^ quHl sera subget a luiP
UArabien dist a sonfilz : Se tu es agrevez
en aucune maniere et tu te pues legierement
48^
«xpectes, quia diim expectabis liberari faci-
lius , gravaberis amplius , et ne tibi contingat
quod contigit gibboso de versificatore. Et
quomodo , inquit tilius ?
FABULA V.
Qtjidam versificator versus faciens praesen-
tavit regi , et laudavit rex ingenium , jussit-
que ut donum pro facto exposceret. Qui do-
num tale expostulat ut se janitorem suae civi-
tatis per mensem faceret, et ab omni gibboso
denarium , de scabioso denarium , de mono-
clero denarium, et de impetiginoso dena-
rium, et de hernioso denarium haberet, quod
rex concessit et sigillo roboravit. Qui , mi-
nisterio suscepto, portae assedit et ministe-
rium suum egit. Quadam die gibbosus bene
capatus cum baculo port^ intravit, cui
versificator obvius denarium postulat, qui
dare denegat. Versificatore vim infereiite,
dum caputium levat de capite, gibbosum
deprehendit inonoclerum esse, duos ergo
denarios postulat a quo prius unum expetiit.
*^-^-..—- •■ -*
» 49 "<
deliifrerj n^attens mie longuementy cartandiz
que tu attenderaSy ton cas se pourra plus le*
gierement agrever^ et quilne Vaviengne ainsi
comme il avint au bochu. Et comment Ven
avint^il^ dist le filz?
CONTE V.
Un versifieurfuty dist le pere^ quifist de
beaux vers et les presenta au rojr. Le roy loa
mouh cellui et ses verSy puis pria le yersifiewr
au rojr qu*il lui donnast un don^ Le roy lui /
octroya, Le versifieur demanda qu Hlfustpor'
tierde sa cite un moysy et que de chascun bo'
chu ileut un deniery de chascun qui n ^eust que
une oreille un denier^ d^un tygneus un deniery
d*un roingneux un denier y et d^un rous un
deniery et d'un borgne un denier, Le rojr lui
octroia et lui afferma son don par ses lettres
scellees de son sceL Quant cellui vcrsifieur eut
receu ses lettres et son office , il ala seoir a la
porte. llavintque un bochu bien vestu de robe
et dechaperony apuiant d^un baston^ entra en
lacite. Le versfieur lui demanda un denier^
et cellui ne lui voult mie donner, Le versi"
fieur le traist par le chaperony si vit qu'il
7
/
I^ 5o
Noluit dare , retentus est. Non babens auxi-
lium fugere Toluit, sed per caputium re-
tractus, capite nudato apparuit scabiosus.
Interrogat protinus tres denarios. Videns gib-
bosus neque fuga, neque auxilio se posse
defendi, coepit vi resistere, defendensque
se nudatis brachiis apparuit habens impeti-
ginem ; quartum vero denarium postulat. Cui
defendenti cappam abstulit, et cadente illo
in terram, berniosum comperit, quintum
ergo denarium extorsit. Sic contigit ut qui
unum dare noluit, quinque invitus dedit.
Dixit philosophus fiUo suo : FiU , vide ne
transeas per sedem gentis iniquae , transitus
namque causa fit status , status occasio ses-
sionb , sessio causa operis.
5i
estoit borgne et lui demanda deux deniers y ct
devant ne lui en demandoit que un, Cil lui
denoya et s^en voult fouir y car il n*avoit nul
qui luL aidast y et le portier Vaherdy par le
chaperonj si iui descouvri la tdste et Dey qu*il
estoii tygneuxy si lui demanda trois deniers.
Quant le bochu vit qu 'il ne s 'en pourroitjbuir
ne avoir ayde de se deffendre^ il s^efforca
moult des mains et apparut en ses bras quHl
estoit rongneuxy il lui tolfy sa chappe pour
quatre deniers. Le bochu chey a terre et il vej
quHl estoit derrompue^ si lui osta parforce
cinq deniers. jiinsi avint que celluiquine lui
voult donner un denier^ et puis Ven donna
parforce cinq,
Un phUosophe dist : Garde que tu ne passes
par lieux de mauvaises gens^ affin que ton
passer ne soit cause d^arrester^ et ton arrest
ne soit occasion de seoir^ et ton seoir ne soit
occasion d^euvre.
FABULA VI.
Dictum cst duos clericos de civitate exisse
vespere ut expatriarentur. Venerunt ergo in
locum ubi potatores conyenerant. Dixit alter
socio suo : Divertamus alia via, quia philo-
sophus dicit non transeundum per sedem
gentis iniquae. Respondit socius : Transitus
non nocebit, si aliud non fuerit; et trans-
euntes audienuntin domo. cantilenam. Sus-
titit alter retentus dulcedine cantus. Monuit
socius ire, qui noluit. Receden^e socio re-
mansit solus, illectusque cantu domum in-
travit. Undique vocatus sedit, sedens cum
aliis potavit. Et ecce praeco explbratorem ci-
vitatis fugientem sequens , post illum domum
potantium intravit. Invento exploratore in
illa domo, ipse et omnes capti sunt : Hic,
inquit, hospitium hujus exploratoris fuit,
hinc exiit, huc rediit, omnes conscii et socii
fuistis hujus. Ducti sunt omnes ad patibulum,
et clericus inter illos magna voce praedicabat
omnibus : Quisquis iniquae gentis consortio
53
CONTE VI.
Carj ^ay oy de deux cerfs ' quiyssirentjadiz
d^une cite vers le vespre pour aler eshanoier.
llz vindrent en un lieu ou veneurs estoient
assemblez, Uun dist a son compaignon : Alons
par autre voie^ car le philosophe dist : 11 ne
fait mie hon passerparDoie de mauvaise gent;
le passery dist^ilj ne grieve point s^ilne vient.
Ainsi quHlz trespassoient y ils oyrent chanter
une chanson. Uun arreste pour la douceur du
chant, Son compaignon Ven voultmenery mais
cilz ne vouloit partir, Son compaignon s^en
ala^ et cilz demoura et entra en la maison
pourlechant, On Vappella detoutes pars y il
s*assist et heut avec les autres. Atantestvenus
un sergent qui suivoit une espye qui espioit la
cite et le suivi jusques en celle maison ou les
veneurs estoient, Si prist Vespie et tous ceulx
de la maisony etdist : Cest Vostelde cest espie,
II yssi 4^ cyy et sy y est revenus ; vous estes
tous ses compaignons, Sifurent tous menez au
gihetj et le cerf crioit a haute voix qu*il onc^
< Cerffl est mis ici ponr jeunes gens.
l^ 54 <?
fruitur , procul dubio mortis immerite poenas
lucratur.
Fertur de duobus discipulis quod exeuntes
de quadam civitate yenerunt in locum ubi
▼ox cujusdam foeminae valde sonora audie-
batur^verbaque cantus bene composita erant,
et cantus ipse musice constructus valde de-
lectabilis et amatorius insonuit. Sustitit alter
cantilena retentus , cui socius : Divertamus ,
et diverterunt hinc , quia interdum volucris
decipitur cantu quo ad mortem producitur y
et iterum unus : Ista vox dulcior est illa quam
ego et magister meus jampridem audiera-
mus. £t qualis erat, inquitalter, et quomodo
illam audistis? Evenit, dixit socius, quod a
civitate exieramus, et sic vo!x una asperrima
audiebatur, et cantus incorapositus, verba-
que inordinate sonabant, quique eantabat
saepius per idemrepetebat, et suo licet aspero
cantu quasi delectabili detinebatur. Tunc
mihi magister : Si verum est quod homines
dicunt vocem bubonis hominis mortem por-
tendere, tunc ista sine dubio vox bubonis
homini mortem annimtiat« Gui ego ; Miror,
5d
ques n^aifoiteste entre compaignie de mamaise
^ent; et qui y va^ il acquiert paine de mort
sans desert^.
Un autre philosophe dit de deux clers qui
yssirent d*une cite et vihdrent en ung lieu oii
ih oyrent une voix haulte d^une /emme. La
chanson estoit bienjaite et le chant estoit bel
et delitable. Uwi s^arresta pour la doueour
du chant et dist a son compaignon : Partons
nous 4^ cjr. Ils s'en alerenty car ilz scavoient
que Voisel est souvent deceu du chant de Voi*
seleur si quHl en vient a la mort, Et Vun dist :
Ceste voix est plus douce qne ceUe que mon
maistre et moy oymes Vautrefois. Et quelle
estoit^elle^ dist Vautre cierc, et comment Voy^
teS'VQ^s ? II avint, dist cellui, que nous estions
yssus de la cite^ et oymes une aspre voix dont
le chant estoit malfait et les mos mal ordou"
nez, et cellui quicantoit recommencoit toudiz
ce qWil aifoit dit^ et lui plaisoit son chant
ainsicomme sHlfust delitables. Lors distmon
maistre : Cest verite que les gens dient que le
chant de chuette signifie mort d*homme, Je le
dy et me men^ille pourquoy cestui se glorifie
si en son chant qui est si horrible, II dist: Or
». 56
cum cantus sit tam horridus , cur iste tantum
in illo delectatur. Et ille mihi : Non recorda-
ris illius philosophi qui dicit : In tribus delec-
tatur homo, et si bona non sunt , in sua voce ,
suo carmine , suo filio. Ut istud de se et de
magistro narraverat, digressi sunt inde ambo.
Dixit quidam philosophus filio suo : Se-
quere scorpionem, leonem, draconem, sed
malam foeminam non sequeris. Alius philo-
sophus : Ora Deum ut te Uberet ab ingenio
nequam foeminarum,.et tu ipse ne decipiaris
tibi provide. Dictum namque est de philo-
sopho quod transiens in talem locum quo
auceps rete retenderat avibus decipiendis ,
vidit mulierculam cum eo lascivientem ; cui
dixit : Qui aves decipere conaris, vide ne
avicula factus hujus visco tenearis. Dixit
quidam discipulus magistro suo : Legi in
libris philosophorum quibus prsecipiunt ut
ab ingenio foeminae perversae custodiat se
homo , et Salomon in Proyerbiis hoc idem
admonet*. Sed tu si super ingenio ejus sive
de fabuUs, sive deproverbiis aliquid memo-
riter tenes, veUem enarrando me instrueres.
' Gap. V, vers. 8. nn^ainns St^ aipn Sk
*.57
ne te recordes^tu du renart qui dist : En trois
choses se delite Vomme^ ja soit ce qu'elles ne
soient mie bonnes^ c'est en sa voix^ en sa
chanson et en lajin d*icelle. Quant cellui eut
dittes ces choses^ il se parti dHllecques.
Un philosophe dist a sonfilz : Sieus aincoTs
le scorpiony le lyon et le dragon que la mau-
Viuse femme, Un autre dist : Prie a Dieu quHl
tegarde d^engiendemauvaisefemmey et si te
garde que tu n^en soyes deceus, Unphilosophe
DVt un oiseleur tendre aux oiseaulx et si se
jouoit a une femm^y le philosophe lui dist:
Toy qui tens pour prendre oyseaulx , garde
que tu ne soyes pris au glu par cellefemme
ainsi comme sont les oyseaulx, Un disciple dist
jadis a son maistre : Pay leut livres dephilo^
sophie ou il commande que Vomme se garde
de engien defemmey et Salomon Vammoneste
mesmes en ses Proverbes, Mais se tu scez au^
cune chose de leurs engiens ou enfables ou en
proverbeSy je te pnie que tu le m^ racontes, Je
leferaiy dist lemaistrcy volentiers pour toy^
mais je crains que se aucunes simples gens
lisent noz escrips que nous faisons des ars et
8
» 58 •«(
Faciain, inquit, tui causa libenter, sed ve-
reor ne si qui nostra simplici animo legentes
carmina quae de mulierum artibus ad earum
correctionem et tuam et aliorum instructio-
nem scribimus, viderint videlicet quomodo
earum, nescientibus viris , suos advocent
amasios , et complectentes deosculentur ad-
vocatos, et quae illarum expetit lascivia in
ipsis expleant earum nequitiam in nos redun-
dare credant. Discipulus : Ne timea» hoc ,
magister, quia Salomon in libro Proverbio-
rum ', et multi sapientes pravos earum corri-
gendo mores talia scripserunt, nec culpam
sed laudem inde promeruerunt. Tu similiter
de illis scribens, rogata sine cunctatione
demonstra. Tunc magister.
FABULA VJL
Perrexit quidam vendemiare vineam :
quod uxor illius videns, intellexit illum circa
vineam diutius moraturum , et misso iiuncio
convocat amicum , conviviumque parat. Ac-
X V. 2 , 3 , 4 » ^> 6 , et alibi passim»
des engiens desjemmes pour elles amender^ et
pour toy et les autres instruire conunent elles
appeUent leurs amis et accollent et baisent que
leiirs mariz ne sceventpas^ et en ont leurs vo^
lentez , qu'elles ne cuident que nous le sachons.
Dist le disciple : Maistre, nen doubtez mie,
car Salomon oh livre des Proverbes et moult
d^autres sages escrirent d*elles choses pour
amender leurs mauvaises coustumes, et toutes^
Joiz ilz.n^en sont mieblasmeZy mais loez, Or
me .dittes aussi de leurs coustumes. Dist le
nuUstre.
CONTE VII.
Un hommey laboureur devignesy alajadis
Tfendengier sa vigne, Safemme entendy qu*il
devoit longuement demourer entour celle vigne,
si appareilla a mengier et manda son ami. 11
avint que un raim de la vigneferjr Vomme
\
l^ 60 «
cidit autem ut dominus ramo vineee in oculo
percussus domum citb rediret, nihil de oculo
percusso videns , veniensque ad portam do*
mus suae ostium pulsavit» Quod uxor intel-
ligens nimium perturbata convocatum ami-
cum abscondit seorsum, domino suo postea
aperire currit, qui intrans et graviter pro
oculo tristis et dolens jussit cameram parari
et lectum sterni , ut ibi posset quiescere.
Timuit uxor ne intrans cameram amicum
latitantem videret, dixit ei : Quid tantum
properas ad^lectum? Dic mihi quid tibi sit
prius. Narravitque ei totum ut acciderat.
Permitte, inquit illa, karissime domine, ut
oculum sanum medicinali arte confirmem et
carmine , ne ita eveniat de sano ut mihi eve-
nit jam de percusso , quia dampnum tuum
commune est nobis. Apponens os suum ad
oculum sanum tam diu fovit quousque a loco
ubi erat absconditus amicus , viro nesciente ,
discessit. Tandemque se «rigens : Modo , in-
quit , karissime vir^ sis secum^ ne similiter
de hoc oculo eveniat qualiter de altero evenit.
Jam, si placet^ potes ad lectum descendere.
Tunc discipulus ait magistro : Bene me
» 6i <i
en Voeily pourquojril revint tost a sa maison ,
car il ne pouvoit veoirde Voeil bleschie y sivint
et hurta a la porte, Quant lafemme le oy^ elle
Jii mouit troublee et repust son amij puis cou"
rut encontre son mari et ouvri Vuys, Uomme
estoit douloureux et commanda que sa chambre
fust appareillie pour lui reposer. La femme
doubta que se il entrast en la chamhre quHl
ne veist son ami qui Va estoit repus y si lui
dist : Pourquoy vous hastez tant d'aler en
"vostre litP Dictes^moy aincois comm^nt ilvous
est, Le bon homme raconta ainsy que avenu
lui estoit, Celle dist : Souffrez que je charme
Voeil sain j affin que la doleur et le sang de
Voeil bleschie n'y aviengne , car a vous est
nostre commun dommage. Elle mist sa bouche
encontre Veeil sain tant que son ami qui en la
chamhre estoit muchiez sefu partis dHllecqueSy
telement que le bon mari n 'en sceut rien. Adonc
se leva elle et dist : Mon amy^ soyes seurs que
de cestui oeil ne Vaviendra pas ainsi comme
de Vautre. Or s*il te plaist^ tu pues aler a
ton lit.
Le disciple dist au maistre : Bien m'a5 main^
» 62 «
instruxisti , et quod de illarum artibus retu-
listi desideranti animo commendatur, nec
quod inde scio pro diyitiis Arabum commu-
tare volo, et si placet, progredere, et quod
transferre in altum publicae amministratio-
nis futurorum Taleamus edissere. Faciam,
inquit.
FABULA VIII.
Dictum est de quodam qui peregre profi-
ciscens commisit uxorem suam suae socrui.
Uxor autem sua alium quemdam adamavit,
et matri hoc indicavit, quae commota pro
filia favit amori, et convocans eumdem coepit
cum illo et filia epulari. Epulantibus illis su-
pervenit maritus et ostium pulsavit. Et con-
surgens mulier procum abscondit et ostium
postea domino aperuit, qui, postquam intra-
vit, ut lectus sibi pararetur praecepit, nam
quiescere volebat et lassus erat. Turbata mu-
lier dubitavit quid faceret. Quod videns ma-
ter : Ne festines, inquit, filia, lectum parare
donec monstremus lintheum marito tuo quod
> 63 -^
tenant instruity et j^ajr bien mis en memoire
ce que tu as dit de leurs ars ; je ne vouldroie
mie avoir la richesse des Arabiens pour ce que
fen scajr; sHl te^plaist^ dy aincoires. Etje le
feray Dolentiers^ dist le maistre^
CONTE VIII.
Un homme ala en pelerinage , si laissa sa
femme avecques sa mere pour ce qu*elle fust
plus seurement, Sa femm^ amoit un autre
jone compaignon et le dist a sa mere^ laquelle
souffry Vamour et coucha avec ette, Unjour
avint que celluijone mengoit avec elles en leur
hostely et tandiz le mari hurta a Vujrs, Sa
femme se leva et repust son ami hastivement,
puis ala ouvrir Vuys, Le mari entra ens et
commxinda que son lit fust appareilliez ^ car
il estoitfort lassez et traveillieZy si vouloit aler
reposer, La femme fut dolente et esbahic , et
ne sceut quefaire, La mere vitce, sidist: Ne
te haste mie defaire le lit jusques a tant que
» 64 «
fecimus. £t extrahens lintheum vetula, quan-
tum potuit unum cornu ilUus sustulit, et
alterum filiae sublevandum dedit , sicque lin-
theo extenso delusus est nifkritus quousque
qui latuerat egrederetur amicus. Tunc ait
filise suae : Extende lintheum super lectum
mariti tui , quia manibus tuis et meis est
compositum et contextum. Gui maritus : £t
tu, domina, scis tale lintheum praeparare?
£t illa : O fili, multa hujusmodi praeparavi.
Ad haec discipulus : Mirabile quid audivi,
sed vellem amplius me instrueres, quia quanto
plus ingenium iUarum attendo , tanto magis
ad mei custodiam exacuor. Respondit magis-
ter : Adhuc tibi dicam et sic tibi ad instruc-
^tionem exempla nostra sufficient. Discipulus ,
ut placet.
65 <^
nous aurons monstre a ton seigneur les lin'
cheux que nous avons fais, La vielle prist le
lincheula Vun comet et le leQa devant Usyeulx
.du mari au plus hault qu*ellepeut. Safille
leva Vautre debout. Quant le lincueilfut ainsi
estendus devant les yeulx du mari^ cellui qui
muchiez estoit s^en ala. Quant il s^enfut alez ,
la mere dist a sa fille : Va estendre ces heaux
lirtcheux sur le lit de ton mari, Dame , dist le
hon mariy savez^vous faire telz Uncheux?
Doulz amisy dist^elUy fen ay moult fait de
telz,
Dist le disciple : Je oy menfeilles ; je voul"
drois hien que me monstrassiez aincoires de
leurs arSy car com plus oy de leurs engins^
tant aprens a moy en garder, Dist le maistre :
Je i*en diray aincoires , sitepourras instruire
phr noz exemples, Dist le disciple : Bien^me
plaist, Le maistre dist.
66
FABULA IX.
Relatum est, inquit iterum, quod quidam
proficiens commisit conjugem suam socrui
suse servandam. Uxor autem introduxit ama-
tum juvenem. Quibus epulantibus dominus
yeniens januam pulsavit. Surrexit itaque uxor
e't dimisit maritum intrare ; sed mater cum
amasio filise remanens, quia locus ubi abs-
conderetur non erat, quid faceret prius du-
bitavit. Sed dum filia suo aperiret ostium
marito, arripuit vetula nudum gladium et
commisit amasio, jussitquc ut ante ostium
in introitu mariti filiae suse stricto gladio sta-
ret, et si aliquid ei maritus loqueretur, nihil
responderet. Fecitut jusserat, et aperto os-
tio, ut illum maritus sic stare vidit substitit.
Quis, inquit, tu es? Quo non respondente
cum primum obstupuisset, tunc magis exti-
muit. Respondit intus vetula : Care gener,
tace , ne aliquis te audiat. Ad hsec ille magis
mirans : Quid hoc est, inquit, cara domina?
Tunc mulier : Bone fiU, venerant huc tres
•V ■ —
67
CONTE IX.
// aifint jadis que un bon homme aia kors
du pays et laissa safemmje en garde a sa m^re,
Lafomme amena un jovencel a son hostel^ le*
guel elle amoit* II avint que le mari vint tan^
diz quHlz se seoient au mengier^ ilhurta a la
porte. Lafomme se leva et ala ouvrir Vuys a
son mnri; mais la mere qui demeura a\^ec
Vami de sajille ne sceut ^uele chosefairey car
il n*y at/oit mie lieu ou elle le peust muchier,
Tandiz donc que safille ouvroit Vuys a son
maiyy la vielleprist une espee nue et le bailla
aujovencel et dist qu^il le tenisttoute nue a
Ventree de Vuys^ et se le mari luidisoit aucune
choscj qu^il ne respondist riens. Ilfist le com»
wjandement de la vielle, Quant Vuys fut ou*
vert et le niari de lafille le vit la ester, il ar^
resta tout quoy etdist : Qui es^tuP Cellui ne
dist motf ains tenoit Vespee toute nue em--
poingnie, Lemarifut tous esbahiz etse doubta.
La vielle lui dist : Beaux filzy taisiez^vous
que on ne vous oye, Ators s^esmers^eiUa plus
» 68 <
persequentes istum , et nos aperto ostio
hunc cum suo gladio intrare permisimus
donec discederent qui illum interficere vo-
lebant, qui tunc timens te aliquem ex illis
esse , stupefactus nihil tibi respondit. Et ait :
Bene habeas, domina, quaehoc modo hunc
liberasti a morte ; et introiens advocavit ama-
sium uxoris suse et secum sedere fecit, sic-
que dulcibus alloquiis delinitum circa noc-
tem exire dimisit.
Discipulus : Miranda dixisti, sed nunc
magis illarum praraumptuosam miror auda-
ciam. Yolo tamen ut adhuc mihi de earum
ingeniis , si non fuerit grave , dicas. Quantum
enim magis dixeris, tantum majora mere-
beris. Ad quod magister : Nonne tibi suffi-
ciunt ista ? Tria tibi narravi , et tu nondum
desinis instigare? Discipulus : Tria dicendo
nimium auges recitando numerum , si pauca
sonuerunt verba. Dic ergo unum quod longa
verbositate meas repleat aures, et sic mihi
sufficiet. Magister : Cave ne contingat inter
nos quod inter regem et suum accidit fabu-
latorem. Discipulus : Quid , care magister ,
quid tandem accidit?
» 69
le mari que des^ant et dist : Belle dame , qiii
est'il P La vielle lui dist : Trois hommes le
suivoient maintenant et le vouloient tuer: nous
ouvrismes Vuys etle laissames entrerceanSy et
pour ce quHl craint que tu ne soyes Vun de
ceulx^ ne veut^il respondre a toy, Damcy dist
le maryy vousfoistes bien quant vous le deli-
prastes de mort, II entra en la maison et ap^^
pella Vamide sa fomme et lefist seoiraveclui
au disner.
Le disciple dist : Tu m^as dit merueil/es y
mais assez ne me puis esmersfeilUer de leur
grant hardement, Je te prie que tu me dyes
aincoires de leurs ars sHl ne te grieve. Dist le
maistre : Ne te soujfist^il pas aincores quant
tu en asoy dire trois exemples, Dist le disciple :
Toutes ces trois n^ont contenu que un pou de
parolleSy mais je te prie que tu me dyes une
longue narration , si me tendray atant, Dist le
rnaistre : Garde quHl ne Vaviengne ce qu'il
avint entre le roy et sonfahuleur. Dist le dis^
ciple : Beaux maistre, quette chosefut-ce qu*il
leur avint? Dist le maistre.
70
FABULA X.
Rex quidam suum habuit fabulatorem qui
singulis noctibus quinque sibi narrare fabu*
las consueverat. Contigit tandem quod rex
jcuris quibusdam sollicitus minime posset
dormire, pluresque solito quaesiyit audire
fabulas. Ille autem tres super hoc narravit
fabulas, sed parvas. Qiisesivitrex plures. Ille
vero nullatenus voluit, dixerat enim, sicut
visum fuerat sibi, multas. Ad haec rex : Plu-
rimas jam narrasti , sed brevissimas : vellem
te aliquam rem narrare quae multis produca-
tur verbis , et sic te dormire permittam. Con-
cessit fabulator et sic incipit.
Erat quidam rusticus qui mille soUdos ha-
buit. Hic autem proficiscens comparavit bis
mille oves , singulas sex denariis. Accidit eo
redeunte quod magna inundatio aquarum
succresceret, qui cum neque per pontem,
neque per vadium transire posset , abiit soUi-
citus quaerens quo cum ovibus suis transvehi
» 7'
CONTE X.
Jadis fut un homme riche qui a^oit un
fabuleur qui chascune nuit lui racontoit cinq
fables, Avint une nuit que cestui homme qui
rof estoit^ pensa tant a aucune chose qu'il n6
povoit dormir. Quant lefabuleur eut dit cinq
fableSy il lui requist qu'il en desist aincoires
deux autres. Lefabuleur en dist trois petites.
Le roy qui dormir nepovoit^ lui pria de ain^
coires une fable, Cellui ne voulty car il lui
sembloit qu*il en avoit moult dit, Le roi dist:
Tu en as dittes plusieurs y mais toutes sont
brieves: je te pricy dy*ent une longue et puis
je te lairay dormir. Lefabuleur lui octroia et
dist en tele maniere.
Un riche paysant fut jadis qui avoit mile
solz, li achata deux mile brebisj chascune six
deniers. Quant il res^int de lafoire les eaues
estoient telement cruttes quHl nepeutpasser la
riviercy et quist en quellieuou commentilles
pourroit mettre oultre, En lafin trouva une
petite naisselle ou il ne povoit entrer que deux
posset. Inyenit tandem exiguam naviculam ,
et necessitate coactus duas oves imponens
aquam transiit. His dictis fabulator obdor-
miyit. Rcx siquidem illum excitans ut fabu-
lamquam inceperat finiret, commonuit. Fa-
bulator ad hoc : Fluctus ille magnus est, na-
vicula autem minima, et grex ovium innu-
merabilis , permitte ergo supradictum rusti*
cum suas transferre oves, et quam incepi
fabulam ad finem perducam.
Fabulator etenim hoc modo regem longas
audire fabulas gestientem pacificavit. Quod
si amplius me praedictis etiam alia subtexere
compuleris , jam dicti prsesidio exempli me
deliberare conabor. Discipulus : Dictum est
in antiquis proverbiis quod non eadem com-
punctione dolet qui pro muneribus lacrima-
tur , et qui sui corporis dolere gravatur. Ne-
que regem adeo dilexit fkbulator sicut et tu
me diligis. Yoluit enim fabulis suis eum ali-
quantum seducere y sed praelibala mulierum
ingenia pande. Magister.
^ ^3 «^
brebis a lafois y si les comnienca a mettre oultre
deux et deux. A ces paroles le fabulewr s ^en."
dormi. Le roy Vesveilla^ et lui commanda a
pardire la fable quHl avait commencie. Le
fabuleur respondy : Sire^ la riviere estgrande
et largey la naisselle estpetitCy etsy j a moult
de brebis : souffrez que le bonhomme ait mis
ses brebis oultre^ et puis je acheveray lafdble
que fay commencie,
Lefabuleur appaisa en tele maniere le roy
qui oyr uouloit longuesfailes, Setu me cons^^
trains de plus dire , je useray de tel exemple,
Le disciple dist : On dist en anciens proverbes
que cellui ne se deult pas en tele maniere qui
pleure pour avoiry que cellui qui pleure pour
doleur de corps. Ne le faiuleur ne ama pas
tant le roy comme tu me aimeSy car il se voloit
excuser au roypar sesfables; mais , je teprie,
instruis^moy aincoires de Vart desfemmes. Le
maistre dit : Folentiers leferay.
lO
I
74
FABULA XI.
Dictum est quod quiclam nobilis progenie
haberet uxorem castam nimium et fornio-
sam. Contipt forte quotl orationis studio
Romam ^ellet adire, sed alium custodem
uxoris sux nisi semetipsam noluit deputare ,
illius castis moribus satis confisus et probi-
tatis honore. Uxor rero caste viyendo et in
omnibus prudenter agens remansit. Aecidit
landem quod necessitate compulsa a donio
sua propria suam conventura vicinani egre*^
derelur, quae peracto negotio ad propria
remeavit. Quam juvenis aspectam ardenti
amore diligere ccepit, et ad eani plurinios
direxit nuncios , cupiens ab illa quantum
amabat amari. Quibus contemptis eum peni-
lus sprevil. Juvenis cum se sic contemptuni
sentiret, dolens adeo efficitur ut nimio infir-
mitatis onere gravaretur, ssepius tamen illuc
ibat quo dominam egressam viderat, desi-
derans eam convenire, sed nequaquam valuit
efGcere. Cui prae dolore lacrimanti fit obvia
73
CONTE XI.
Jadis fut un gentil homme qui avoit une
moult belle et chaste femme, Ai^int que cestui
homme voult aler a Rommepour aifoir abso*
lution de ses pechieZy et laissa $a femme a
son hostel sans autre garde, car il sefroit
moult en ses honnes moeurs et en sa bonne con'"
versation, Lafemme demoura et vesqui chaS"
tement et honnestement. Un jour avint que
cellefemme ala veoirsa voisine, etpuis revint
a son hostel, Un jovencel le vit^ si se com»
menca a amer ardamment et envoia moult de
messages a elle pour avoir son amour; mais
elle ne se vouloit nullement consentir a teUes
parolles. Quant lejovencel vit qu'elle le deS"
prisoit ainsiy il en eut si grant doleur qu^il en
chey en une tres^grande maladie ^ et nonpour*
quant il aloit souvent la oh il veoit la dame
alery car il desiroit aparler a ellcy et nepovoit
trouver lieu, Avint quHl commenca a plourer
pour le grant dueil qu *il avoiiy si eneontra une
vielle qui lui demanda la cduse de celledoleur;
3»- 76 <5
anus religionis habitu decorata quserens quae-
nam esset eausa quae eum dolore compel-
leret; sed juvenis quid in sua versabatur
conscientia minime detegere volebat. Ad
quem anus : Quanto quis infirmitatem suam
medico revelare distulerit, tanto graviori
morbo attritus fuerit. Quo audito narravit
ex ordine quae acciderant et suum propalavit
secretum. Cui anus : De his quae jam dixisti
Dei auxilio remedium inveniam , et eo relicto
ad propria remeavit. Quae caniculam quam
apud se habebat, duobus diebus jejunare
coegit. Oie tertia panem synapi confectum
jejunanti largita est, quae dum gustaret, pro
amaritudine oculi ejus lacrimari coeperunt.
Deinceps anus illa ad pudicae domum foe-
minae perrexit quam juvenis praedictus ad-
amayit , quae honorifice pro magnse religipnis
specie ab ea suscepta est. Hanc autem sua
sequebatur canicula. Cumque vidisset mulier
illa caniculam lacrimantem, quaesivit quod
haberet et quare lacrimaretur. Anus ad hoc :
Cara amica, ne quaeras quid sit, quia adeo
magnus dolor est quod nequeo dicere. MuUer
magis instabat ut diceret, cui anus : Haec
quam conspicis caniculam mea erat filia casta
77
mais lejovencelse doubtoit, a descouvrirde ce
quHl avoit, La vielle dist : Tant plus coile
homme sa maladiey de tant lui grieve elle
plus. Quant le jone gallant oy la vielle ainsi
parlerj il lui ra^onta tout ce quHl lui estoit
avenu^ et lui dist etpria qu^elle le tenist secret,
La vielle dist : De ce te donrai^ge bon conseil^
si vint a sa maison et laissa ahr le jovenceL
Elle avoit une chiennette , laquelle elle fist
juner deux jours , et au tiers jour lui donna
a mengierpain trempe en moutarde. Quant la
chiennette Veut mengie^ les yeulx luiplourerent
d^angoisse, Tantost la vielleprist sa chiennette
et s^en ala a Vostel de la dame que le jovencel
amoit. La dame le receut honnestement pour
sa simple conversation, Quant la dame vit la
chiennettCj elle lui demanda qu*elle avoit et
pourquoy elle plouroit. La vielle respondy :
Douce amicy me demandez^vous qu^elle a?
Je vouspricj ne me le demandez plus y carj^en
ay sigrant doleur que je ne le scay a qui dire.
Adonc la dame liUpriaplus que devant qu* elle
lui deist. Lors dist la vielle : Ceste chiennette
que vous veez cy est mafille, laquelle estoit
moult belle et vivoit moult chastement, Un
^ 7" '^
nimis etdecora, quam juvcnis adamavitqui-
dam ; sed adeo casta erat, ut eum omnino
sperneret, et ejus amorem respueret. Unde
dolens adeo efficitur, ut magna aegritudine
stringeretur, pro qua culpa miserabiliter haec
$upra dicta filia mea in caniculam mutata est.
His dictis prae nimio dolore erupit in lacrimas
anus illa. Ad haec foemina : Quid , cara do-
mina, simiUs peccati conscia, quid, inquam,
factura sum ? Me etenim dilexit juvenis , sed
amore castitatis eum contempsi , et simili
modo ei contigit. Cui anus : Laudo tibi , cara
amica, ut quam citius poteris hujus mise-
rearis et quod quaerit facias , ne et tu simili
modo in canem muteris. Si enim scirem inter
juvenem praedictum et filiam meam amorem ,
numquam in canem mutaretur filia. Cui ait
mulier casta : Obsecro ut consilium hujus rei
utile dicas , ne propria forma privata efficiar
canicula. Anus : Libenter pro Dei amore et
remedio animae meae, et quia misereor tui,
hunc supradictum juvenem quaeram, et si
quo invenire potero, ad te reducam. Cui
gratias egit mulier, et sic anus artificiosa
dictis fidem praebuit. Quem promisit reduxit
juvenem , et sic eos adsociavit.
79
jovencel Vamoity mais elle estoit si chaste
qu^elle desprisoit et reffiisoit cellui qui la ^voloit
aiHer, Le jo\^encel eut si grant doleur quHl
eti chey ert une grande nialadiey et pour cc
meffait ma chaitive fiUe fut muee en chien"-
nette. Et quant la vielle eUt ce dit, elle cotft"
mencd a larmoier et a dolouser. Et cofnnterit ,
dist celle qui se sentoit coulpahle de ce meffait^
que ferai^ge y dame? Un jovencel m^aima eti
celle maniere comme vous dittes , et je Vay
desprisie pour ma chastete garder^ dont il est
malade, Dist la vielle : Chiere amicy je tc
conseille que tu ayes merci de lui au plus tost
que tu pues^ et si fay ce quHl requiert affin
que tu ne soyes muee en chiennette ; et s'il te
plaisty pour Vamour de Dieu et de toyjeyray
volentiers devers lejovenCel et luiferay assa^
i^oir ta honne volerUe^ sHl te plaist le moy
nommer, La dame Ven remercia moultdefois^
et ainsi U fist la vielle croire en ses dis par
engien et par arty et amena le varlet ainsi
qu^elle lid promist , et les accoupla en tele
maniere.
3»> 8o <
Discipulus magistro : Numquam audivi
tam mirabile quod et puto fieri arte dyaboli.
Magister : Ne dubites» Discipulus : Spero
quod si quis tam sapiens erit utsemper timeat
se posse decipi arte mulierb, forsitan ab illius
ingenio se custodire valebit. Magister : Au-
divi de quodam homine qui multum laboravit
ut suam custodiret, sed nihil profuit. Disci-
pulus magistro : Dic mihi quid fecit, ut me-
liussciam, si quam duxero, iUam custodire.
Magister.
FABULA XII.
Quidam juvenis fuit qui totam intentionem
suam et totum senstim et adhuc totum tem<>
pus suum misit ad hoc ut sciret omnimodam
artem mulieris, et hoc facto voluit ducere
uxorem. Sed primitus perrexit quaerere con-
silium et sapientiorem illius regionis adiit
hominem. Qualiter custodire posset quam
ducere volebat quaesivit uxorem. Sapiens
vero hoc audiens sibi dedit consilium quod
construeret domum altis parietibus lapideis , *
^ 8i «<
Dist le disciple : Je rCoy oncques tele mer'^
veille; cefuty distnly par art de dyable. N^e/t
doubtez mie, dist le maistre. Le disciple dist :
Je crojr que s ^aucun estoit qui s ^entremist tous^
jiyurs a estre garde d^art de femme, que a
pou ou nullement s^en pourroit^il garder. Le
maisire dist : J*ajr ojr parler dun'homme qui
laboura moult ad ce qu*il peust garder sa
femme , mais il laboura en vain. Le disciple
dist aumaistre : Dy mojr quHlfisty iiffin que
se je prens femme, je sache comment j'e le
pourrajr garder. Le maistre disU
CONTE XIL
Vn jos^encel fut jadis qui mist toute son
entente ad ce qu'il sceust toute maniere d^art
de femme, Apres ce il vouit prendre femme ;
^ais premierement il ala querre conseil au
plus sage homme de toute la contree, et lui
demanda comment ilpovoitmieux garder une
femme quHlvoloitprendre. Le sagehomme lui
dist qu^ilfeist une maison a hautes parois de
pierre , etmist safemme dedens , et lui donnast
II
»■ 8a <«!
poneretque intus mulierem, daretque sibi
sads ad comedendum et non superflua indu-
menta , faceretque ita domum quod non esset
in ea nisi soluin ostium solaque fenestra per
quam videret, et tali altitudine^per quam
nemo intrare posset vel exire. Juirenis yero ,
audito consilio sapientis, siouti ei jusserat
egit. Mane yero cutn juyenis exibat de domo ,
ostium firmabat et similiter quando intrabat.
Quando autem dormiebat^ sub capite suo
clavem abscondebat. Hoc autem longo tem-
pore egit. Qua.dam yero die dum juyenis iret
ad forum , mulier , ut erat solita facere , as-
cendit fenestram et euntes et redeuntes in-
tente aspexit. Hac una die cum ad fcnestram
staret, yidit quemdam juyenem formosum
corpore atque facie, quo yiso statim illius
amore succensa fuit, et ut supra dictum est,
custodita coepit cogitare quoniodo et qua arte
posset loqui cum adamato juyene. At ipsa^
plena ingenio ac dolositatis arte cogitavit
quod clayes domini sui furaretur dum dor-
miret, et ita egit. Heec yero assueta erat
dominum suum unaquaque nocte inebriare
vino ut securius ad amicum suum posset
AaB»<^-^.
» 83 «
<assezamengier et non pas trop a vestir; etjist
Ja maison en telle maniere quHl n*yeust que
un huis et une/enestre pour avoir la lumierey
et si haulte que nul homm^ ne peust par la
entrer nejrssir. Lejoi^enceljist tout ainsi comme
le sage lui avoit enseignie* Au matin quant le
jovencel yssoit de sa maison , Ufermoit Vuys ,
et quant ily entroit aussi; et quant iidormoiiy
ii mettoit ia olef dessoubz son chi&f^ et fist
ainsi long tems. Ung jour tandis que le jo^
vencel estoit au marchicy la femme monJta a
lafenestre ainsi comme elle soloil , et esgarda
moult bien tes alans et les venans. Elle vit
un jovencel bel de corps , deface et de main''
tieUy sifut tantost esprise de son amour et
commenca a penser comment et par quel art
elle pourroit parler a lui que elle tant amoit.
Sipensa que par aucun engien elle embleroit
les clefs de son seigneur tandiz quHl dormiroiu
^insi se d^iermina la dame et commenca a
enyi^rer son mari de vin chascune nuity q^n
qu^elle peust plus seurement yssir de la mai-
soUy et aler a son amy pour aocomplir sa vo^
lente. Le mari qui hng tems aiH^it mis a sayoir '
toute maniere dlengien et art defemnte^ com"
» 84
exire et suam voluntatem eitplere. Dominus
vero illius philosophicis jam edoctus monids
sine dolo nullos esse muliebres actus ^ coepit
cogitare quid sua conjux strueret frequenti
et cotidiana potatione , quo4 ut sub occulto
poneret se finxit ebrium esse. Cujus rei mu-
lier inscia de lecto nocte consurgens, perrexit
ad ostium domus, et aperto exivit ad ami-
cum. Yir autem suus in silentio noctis sua-
yiter consurgens , venit ad ostium et apertum
clausit, firmavit, fenestram ascendit, stetit-
que ibi donec in camisia uxorem suam re-
vertentem vidit, quae domum rediens ostium
pulsavit. Vir raulierem suam audiens et vi-
dens, ac si nesciret interrogavit quis esset.
At ipsa culpae veniam petens et numquam
amplius se hoc facturum promittens nihil
profecit, sed vir iratus ait quod eam non
intrare permitteret, sed esse suum suis pa-
rentibus ostenderet. At ipsa magis et magis
clamans dixit quod nisi ostium reduderet,
in puteum qui juxta domum erat saliret et
ita vitam finiret, sicque de morte sua amicis
et propinquis rationem redderet. Spretis mi-
nis dominus susd muUeris , intrare non per-
85 <
menca a penser pour quoy sa femme le eny^
vroit chascune nuity sifaingnjr une nuit qu^il
-estoityvre, Celle owri secretement Vuys etyssi
pour aler a son ami, Le mxiri qui point ne
dormoitj^ se leva tout coyem^nt et s*en ala a
Vuys^ si le ferma et monta a safenestrcy et
fut la en sa chemise jusques a tant quHl 'vit
sa femme reveniry et lui demanda qui eUe
^stoity ainsi comme cellui qui n ^en sceust riens.
La femme lui pria merci et lui promist que
jamais telcas ne lui a^endroit. Prieres ne tui
7>alurent riens^ car le mari estoitiriez et cour^
rouchiezy si dist qu^elle h*y enterroit point^
ains monstreroit k ses parens de quelle vie elle
-estoit. Et elle commenca a prier de plus en
plus et dist que sHl ne lui ouvroit VuySy elle
sauldroit oupuis qui estoit pres de celle mai^
sony si lui conviendroit rendre raison de sa
mort a sesparens et amis, Le mari dist etjura
qu^elle n*y enterroit ja. La dame qui estoit
plaine de art et d*engin , prist une pierre et le
jetta oUpuis et pensa que son mari penseroit
au son de lapierre qu^ellefust cheutte dedens
le puis. Quant lafemme eut cefait^ elle se
miicha etplus nedist fnot. Uomme qui simple
> 86 <
misit. Mulier vero pleni^ arte et calliditate
suinpsit lapidem quem projecit iik puteum ,
hac intentione ut vir suus audito sonitu la*
pidb in puteum ruentis putaret sese in pu-
teum cecidisse, et hoc peracto muUer post
puteum se abscondit. Yir simplex atque in*
sipiens, audito sonitu lapidis in puteum ruen-
tis , mox de domo egrediens , celeri cursu ad
puteum venit, putans v^rum esse quod mu-
lierem ^udbset cecidisse. Mulier vero videns
ostium domus ^pertum, et non oblita est
3U89 arti^ 9 iptravit domum 9 firmatoque ostio
ascendit fenestram* lUe autem videns se esse
4ecep|um, inquit : mulier fallax, plena
arte dyaboU , permitte me intrare , et quic-
quid mihi foris fecisti me condonaturum
tibi crede. At illa eum increpans introitum-
que domus omnino et sacramento denegans
ait : O s^ductor, tuum esse atque tuum faci-'
nus p^entibm tuis ostendam , quia ^inaqua'-
que nocte es sollicitus ita fiirtim a me exire
et meretrice* adire; et ita egit. Parentes vero
haec audientes atque verum existimantes in-
crepaverunt eum , et ita mulier illa hberata
arte sua flagitium quod meruerat in virum
87-«
estoit, quant il oy le son de la pierre oii puis,
cuida qu^elte fust saillie dedens le puis y si
yssi de sa maison et s^en ^vint courant au puis
cuidant qu^ellefust nojree ; tnais la/emme
qui muchie estoit^ quant e/le Vejr Vuys de sa
maison ouverty ne s^oublia mie, ains entra
coyement en la madson etferma Vuys sur son
mari, puis monta a lafenestre, Uomme qui
estoit cUnsi deceu^ commenea a dire : O tu
femme decevable plaine de Vart du dyable,
biisse mojr entrer layens etje te pardonneray
tpn malfait, Celle le commenca k blasmer et
vituperery et jura qu*il fa h*jr enterroity ^ti
criant et disant telles et semblables parolles :
Haa, desloyal homme, je monstreray h mes^
parens et amis et aux tiens aussi comment tu
esfauh et desloyal^ et comment chascune nuit
tu te depars de moy et vas h tes foles femmes
et ribaudes, et ainsi le fist-elle, Quant tes
parens oyrent ce, ilz cuiderent que cefust
verite , si Ven blasmerent et moult lui dirent
de villonie. Ainsi se deUvra lafemmeparson
art et encoulpa son mari de ce qu'eiie mesmes
avoit desservi* Ainsi ne prouffita gaires a
Vomme ce quUl regarda ou sa femme aloit.
> 88 «
detrusit, cui nihil profuit immo offuit mu«-
lierem custodisse. Nam iste etiam accidit
cumulus miseriae quod existimatione pluri-
morum quod patiebatur meruisse crederetur,
unde quidem bonis quampluribus pulsus , di-
gnitatibus exutus , existimatione foedatus ob
uxoris maliloquium, incestus tulit supplicium.
Discipulus : Nemo est qui ab ingenio mu-
lieris custodire se possit, nisi quem Deus
custodierit , et hsec talis narratio ne ducam
uxorem magna est dehortatio. Magister : Non
debes omnes mulieres credere tales esse ,
quoniam magna bonitas atque castitas in
multis repperitur mulieribus , et scias in bona
muliere bonam societatem repperiri posse.
Bona muiier fidelis custos est et bona domus.
Salomon in fine libri Proverbiorum suonim
viginti duos versus de laude atque bonitate
mulieris bonae composuit'. Discipulus ad
haec : Bene me confortasti , sed audisti tameu
aliquam mulierem quae sui sensus ingenium
niteretur in bonum mittere ? Magister : Au-
divi. Discipulus : Refer mihi de illa , quia
videtur mihi res nova. Magister.
» cap. xxxt, V. IO-31 mo^ ♦Q Vn-nw»
»9
ains lui nidsj moulty car sa mesaise estoit
plus grande pour ce que les gens cuidoient
quHl Veust desserui, que de ce quHl souffroit
pourle meffait d^adultere que safemme avoit
prouve par son maleflcey dont il estoit des^
pouilliez et esloingiei de mouU de biens et de
mouU de dignetez,
Dist le disciple : Nul homm^ ne se puet
garder d*art defemmcy se Dieu ne Ven veult
mesmes garder ; telles generations me ostent
volente de prendre femme, Dist le maistre :
Tu ne dois mie croire que toutes femmes soient
teleSy car on treuve en moult defemmes chas*
tete et grande continence^ et sachez que honne
compaignie est de bonnefemme. Femmefait
bonne maison^ et sigarde loyaument sonmary.
Salomon escriyy en tafin de ses Proverbes de
la loenge et de la bonte de bonne femme. Le
disciple dist : Tu m'as bien conforte , mais
oys^tu oncques parler de femme qui toumast
son engien en bienP Oyl y dist le maistre, Dy
moy doncques de ce^ dist le disciplcy car ce ms
semhle chose nouveile.
i^x
90
FABULA XIII.
Dictum fuit mihi quod quidam Hispanus
perrexit Mech , et dum ibat pervenit in
iEgyptum , qui deserta terrae intrare volens
et transire, cogitavit quod pecuniam suam
in JEgjfto dimitteret, et antequam dimittere
voluisset interrogavit si aliquis fidelis homo
esset in illa regione cui posset committere
pecuniam suam, et ostenderunt ei antiquum
hominem nominatum probitate fidelitatis,
cui de suo mille talenta commisit, demum
perrexit , factoque itinere ad illum rediit cui
pecuniam commisit, et quod commiserat ab
eo quaesivit. At ille plenus nequitiae illum
numquam antea se vidisse dicebat. Ille vero
sic deceptus perrexit ad probos homines
regionis iUius, et quomodo tractasset eum
homo ille cui pecuniam commiserat eis re->
tulit. Vicini vero illius de eo lalia audientes
credere noluerunt, sed nihil hoc esse dixe-
runt. Qui vero pecuniam perdiderat, una-
quaque die ad domum illius qui retinebat
^ 9^
CONTE XIII.
// mefiitdii^ dist le maistre, que un Espai"
gnol riche homme vint en Egypte a tout moult
grant avoir^ et pour ce quHl voloit passer
parmi les desers^ U pensa quHl lairoit ses de^
niers en Egypte^ et demanda s*il trouveroit
nul homme leal en toute la region , auquel il
peusist laissier ses deniers. On lui enseigna un
homme que on disoit quHlestoit lojral et feal
preud^homme, A cestui homme chargea cestui
pelerin a garder mil hesans et puis s ^en ala
parfaire son pelerinage, Si revint par aucun
pou de temps apres de son pelerinage^ et ala
vers Vomme auquel il avoit charge ses deniers
pour les ravoir, Cestui estoit plain defaussete
ct dist au pelerin que oncques ne Vavoit veu.
Quant le pelerin oy ce quHl ainsi estoit deceu
en tele manierey il ala aux preud^hommes de
la contrecy et leur dist comment celiui homme
l^avoit harete auquelilas^oitses deniers bailliez,
Quant les voisins oyrent ces parolles , ilz ne le
vouldrent mie croire et lui dirent qu'il ne po^
» 9^ <
injuste pecuniam ibat, blandisque precibus
eum deprecabatur ut pecuniam redderet,
quod deceptor audiens , increpavit eum di»
cens ne amplius tale quid de eo diceret vel
ad eum veniret, quod si faceret, poenas ex
merito subiret. Auditis minis illius qui eum
deceperat, tristb coepit redire , et in redeundo
obviavit cuidam vetulae pannis heremitalibus
indutae. Haec autem baculo suo fragiles artus
sustentabat, et per viam laudando Deum la-
pides ne transeundum pedes laederentur lo-
cabat. Quae videns hominem flentem, cogno-
vit eum esse extraneum. Commota pietate in
angiportum vocavit et quid ei accidisset in-
terrogavit. At ille ordinate narravit. Foemina
auditis verbis ejus inquit : Amice , si vera
sunt quae retulisti , feram tibi inde auxilium.
Et iUe : Quomodo potes hoc facere , ancilla
Dei ? At illa inquit : Adduc mihi hominem
de terra tua cujus factis et dictis fidem ha-
bere possis. At ille adduxit. Demum decepti
socio praecepit decem cofros externis pre-
tiosis depictos coloribus , atque ferro dear-
voit estre. Mais cellui qui sa peccune ai^oitper-
ducy aloit chascun jour a la maison de cellui
qui-le tenoit a tort^ et lui prioit doucement
quHllui rendist ses deniers. Quani le trecheur
oyoit cellui qui tel argent lui demandoity il le
laidengoit de parolles et disoit qu V/ se gardast
de dire de lui telles choses^ et quHl jamais en
son hostel ne venist^ et sHl le faisoit^ il le
comparroit. Quant le pelerin oy que cestui
homme le menachoit et qu^il estoit deceu^ il
s*en partiatant moutt triste et dolant, et troma
en son chemin une viellejemme vestue a guise
d^ermite qui s*apuyoit d^un haston y car elle
avoit les memhres faiUiz etfrailesy et aloitpar
la rue loant Dieu et ostant les pierres de la
voie^ affin que les trespassans ne hlechassent
leurspies. Elle vit cestui pelerin plourer et hien
congnut quHl estoit estrangier. Elle en eut
pitie et lui demxmda comment il lui estoit, Et
il lui dist toutpar ordre ainsicomme avenu lui
estoit. Quant la femme oy ses parolles , elle
dist : Amis y se tu m'as dit verite , je te con"
seilleray etaideray bien, Cestui dist : Comment
pourras ce faire , amie de Dieu P Elle dist :
Amxiine moy un homme de la terre en qui tu
94 <^*
gentato ligatos cum bonis seris emere et ad
domum sui hospitis afferre, lapidibusque
comminutis implere. At ipse ita egit. Mulier
vero ut vidit omnia illa quae praeceperat esse
parata , ait : Nunc decem homines perquire
qui euntes ad domum illius qui te decepit
mecum et cum socio tuo deferant scrinios
unus post alium venientes ordine longo, et
quam cito primus venerit ad domum homi-
nis qui te decepit et requiescet ibi , veni et
interroga pecuniam, et ego tam confido in
Deum quod reddita tibi tua pecunia fuerit.
At ipse sicuti vetida ju3serat fecit , qu» non
oblita incepti quod praeceperat, iter incepit
et venit cum socio decepti ad domum decep-
toris et inquit : Quidam homo de Hyspania
hospitatus mecum fuit et vult Mech adire,
quaeritque antea pecuniam suam quae est in
decem scriniis servandam alicui homini do-
nec revertatur commendare : precor itaque
ut mei causa in aede tua custodias , et quia
audivi et scio te bonum hominem et fidelem
esse, nolo aliquem alium praeter te solum
95
puisses avoirfiance enfais et en diz, Lepelerin
lui en amena un auquel elle commanda qu V/
achatast dix coffres paintures dehors de riches
couleurSy et bendez defer serrez a bonnes ser^
rureSf et iceulx fist^elle porter a son hostel et
emplir de petites pierrettes, Cestui homme fist
tout ainsi comme la vielle lui avoit commande,
Puis lui dist : Quiers dix hommes quiportent
ces dix coffrespar ordre^ Vun de Vautre bien
loingy a la maison de cellui qui t*a decut y et
vendront aifec moy et avec ton compaignon ;
et quant le premier vendra a la maison de
ceUui qui t*a decuty il se reposera, La viens
adont et demxinde tes deniers , et je croy que
ton avoir te sera rendu. Le pelerinfist ainsi
Gomme la vielle lui conananda, Elle ne s ^ou^
blia pas y ains vint avec le compaignon du
degut a la maison du deceveur et luidist : Ung
homme d^Espaigne se herbergera avec moy qui
veult aler oultre mer. mais il veult aincois ses
deniers quisont en ces coffres chargier a aucun
preuxVhomme jusques a tant quHl reviengne ;
je te prie que pour Vamour de moy les lui
vueilles garder^ et pour ce quefay oy dire et
scay certainement que tu es preud^homme et
fm» g6 ^
hujus pecuniae commendatorem adesse. Et
dum ita loqueretur venit primus deferens
scrinium , aliis a longe apparentibus. Interim
deceptus praeceptorum yetulae non oblitus,
post primum scrinium sicut ei praeceptum
fuerat yenit. Ille vero qui pecuniam celaye-
rat, plenus nequitiae et malae artis , ut yidit
hominem venientem cui pecuniam celaverat ,
timens ne si pecuniam requireret, alius qui
suam pecuniam adducebat non committeret,
contra eum ita dicendo perrexit : O amice,
ubi fuisti et ubi diutinasti ? Yeni et accipe
pecuniam fidei ine« jamdiu commendatam,
quia inveni et amodo taedet me custodire.
At iUe laetus et gaudens recepit pecuniam
gratias agens. Yetula , ut vidit hominem pe-
cuniam suam habere , surrexit et inquit :
Ibimus ego et socius meus contra scrinios
nostros et festinare praecipiemus ; tu vero
expecta donec redeamus et bene serva quod
jam adduximus. Ille autem laetus animo quod
acceperat servavit, adventumque eorum ,
quod adhuc potest, expectavit, et ita bono
* 97 *<
lojraly je te prie qite pourfamour de moy lui
vueilles garder^ carje ne vueil chiez autrui
herbergier son auoir, Tandiz que la viellepar*
loit ainsij vint lepremier homme qui aportoit
un cojfre , et puxs le second et puis les autres
apresj et derriere vint cellui qui deceu estoit
par avanty etfist ce que la vielle lui avoit dit.
Cellui qui Vas^oir avoit denjre estoit plain de
faussete etde mauvais art. Quant il vey Vomme
venir auquel il avoit denjre son avoir, si
craindjr que cellui qui demandoit son avoir ,
que Vautre qui Va faisoit le sien apporter ne
lui chargast mie , si ala encontre lui et dist :
Amis j ou a{feZ'Vous este et tant demoure?
Venez et prendez vostre avoir que vous me
chergastes grant temps a , car je rm le vueil
plus garder puis que je vous ajr trouvL Cestui
fut moult joyeux , et prist son avoir , si lui en
rendy mouli grans graces. Quant la vielle vit
quele bon homme ravoit son^atfoir, elle se leva
et dist : Je et mes compaignons jrrons a /'e/i-
contre de noz autres coffres^ si nous attendez
jusques a tant que nous les ayonsfait appor^
ter. Cestuifut moult joyeux et garda ce qu^il
avoitreceu. L* autre gardoit et attendoit qu*ilz
i3
ingenio yetulae reddita fuit viro summa pe-
cunie.
Discipulus : Istud mirum fuit ingenium
atque utile,nec puto quod aliquis philosophus
subtiUus cogitaret per quod levius vir suam
pecuniam recuperaret. Magister : Bene posset
Philosophus suo facere naturaU ingenio. Dis-
cipulus : Hoc bene credo; sed si ahquem
Philosophorum hujus modi reposuisti in cor-
dis armariolo , largire mihi discipulo , et ego
fideli memoriae commendabo , ut quandoque
discipulis lacte philosophia; educatis deUca-
tbsimum largiri possim aUmentum. Magister.
FABULA XIV.
Contigit quod quidam homo habuit fiUum
cui post mortem suam nihil praeter domum
dimisit. Iste cum magno labore corpori suo
vix etiam quae natura exigit suppeditabat , et
tamen domum suam, Ucet magna coactus
inedia, vendere nolebat. Habebat autem puer
iste quemdam vicinum valde divitem qui
» 99 '^
revenissent , mais aincoires peuUil attendre ,
et ainsi par Vengien de la vielle Jut Vas^oir
rendus.
Dist le disciple : Bien le croy; mais se tu
scez d^aucun Philosophe aucune chose, dy le
mojfy etje le retendray. Et le Maistre dist^
CONTE XIV.
// avintjadiz que un homme ai^oit ungfilz^
a cellui ne laissa^il riens apres sa mortj fors
une maison, Cestuifilz vivoit en grant labour
et engrant traveil^ et avoit povrement la sous^
tenancedu corps^ et ja soit ce quHl fust en
grant mesaisey toutes foiz ne voloit^il mie
vendre sa maison, Cestui enfant avoit un
5^ lOO i«(
domum emere cupiebat ut suam largiorem
faceret. Puer autem oec prece , nec pretio
vendere volebat. Quod postquam iste dives
comperit quibus ingeniis et quibus -artibus
puero subtraheret domum cogitabat ; at jiu
venis secundum posse suum familiaritatem
ejus devitavit. Denique contristus dives ille
causa domus et quod non posset puerum
decipere, quadam die venit ad puerum et
inquit ei : O puer, accommoda mihi partem
parvam tuae curise pretio , quoniam in ea sub
terra decem tonellos cum oleo custodire volo,
et nihil tibi nocebunt, sed habebis inde
aUquod sustentamentum vitse. Puer autem
coactus necessitate concessit et dedit ei claves
domus. Juvenis vero iterum more solito li*
beris liberaUter serviens victum perquisivit.
At dives homo acceptis clavibus curiam juve-
nis suffodiens ^ quinque toneUos plenos oleo
ibi recondidit et quinque dimidios , et hoc
facto juvenem advocavit clavesque domus
illi tribuens inquit : O juvehis , oleum meum
tibi committo et in tua custodia trado. Juvenis
simplex putans omnes' totieUos esse plenos ,
in custodia recepit. At post longum tempus
contigit quod in terra iUa oleum carum fiiit.
Dives haec audiens puero inquit : O amice ,
^ lOI <^
voisin qui convoitoit a acheter celle maison
poiir la siennefaireplus grande , mais Venfant
ne le voloit mie vendre ne parpriere ne autre*
ment, Quant le riche homme vitceyilcommenca
a penser par quel art et par quel engien il
porroit avoir la maison a VenfanU Uenfant
eschevoit la familiarite de celiui selon sonpo-
voir, Le riche homme estoit dolans qu Hl ne le
povoit decevoir y sivint unjoura luietluidist:
Enfantf preste moy unepartie de ta courtpour
mes deniers ^jejr vueil garder dix tonneauLc
d^oile^ ilz ne te occuperont neanty et si Ven
donray hon lojrer. Uenfant estoit diseteux
d^argent , si lui octroia et lui bailla les clefz de
sa maison. L ^enfant servoit aux preud hommes
et gaignoit son vivre. Le riche homme prist
les clefz de la maison , et dist : Je te charge
mon oyle et laisse en ta garde, Lejone estoit
simple ) et cuidoit que les tonneaulx fussent
plains et les recut en sa garde. Long temps
apres avint que Voylefut moult cfuere en la
terre, Le riche hontme sceut ccy si dist a Ven^
fant : ^/wm , viens avant et si alons dejfouir
mon oyle queje te chargay a garder^ etje te
paierayton loier, L^enfant dist qu'il lui aide-
veni ct juva nie oleum effodere quod tuae
jamdudum mandavi custodiae, et laboris
praemium accipies et tutelae. Juvenis audita
prece cum pretio diviti concessit ut secun-
dum posse suum eum juvaret. Dives non
oblitus suae fraudis nequissimae , adduxit ho-
mines ut oleum emerent. Quibus adductis ,
terram aperuerunt et quinque plenos tonel*
los et quinque dimidios invenerunt. Perceptis
talibus vocavit puerum ita dicendo : Amice ,
causa tuae custodiae amisi oleum ; insuper
quod tibi commisi fraudulenter abstulisti,
quapropter volo ut mihi mea restituas. His
dictis eum cepit et vellet noUet ad justitiam
deduxit. Justitia eum videns accusavit , sed
juvenis quid contra diceret nescivit, atta-
men inducias unius diei quaesivit , quod jus-
titia, quia justum erat, concessit. In civitate
autem illa morabatur quidam Philosophus
qui cognominabatur AuxiUum egentium ,
bonus homo et religiosus. Juvenis audito
bonitatis iUius praeconio perrexit ad eum ,
quaesivitque ab eo consilium dicens : Si vera
sunt quae de te mihi referentibus multis dicta
sunt more domestico , fer mihi auxiUum ,
etenim injuste accusor. Philosophus audita
prece juvenis interrogavit si juste vel injuste
^ io3
roit a son pooir. Le riche n ^oublia pas sa
trayson , ains amena gens pour acheter son
oyle, llz ouvrirent la cave ei trouverent cinq
tonneaulx plains et cinq demis, 11 appella
Venfant et dist : Amis , fai perdu mon oyle
en ta garde , laquelle tu nia tollu faussementj
laquelle tu m^avois promis h garder ; mais je
vueil que tu me rendes le mien, Quant il eiU
ce dit y ilprist celluiy voulsist ou non , et le
mena a la justicey puis lui demanda qiiil
avoit fait de toyle, Le jovencel ne seut que
dire^ non pourquant il demanda le respit dun
jour. La justice lui ottroia volentiers , car ce
estoit droit. Ung Philosophe demouroit en
celle cite , qui avoit nom Ayde de gens : hon
homme estoit et religieux, Lejovencel oy parler
desa bonte y si vint a lui et luipria quHl lui
donnast conseil et ayde : car^ dist^iljje suis
a tort accusez a la justice, Quant le Philo'
sophe oy sa priere^ il lui demanda sHl estoit
accuse a droit ou a tort, Le jovencel Venfist
serement qu*il estoit accusez a tort, Quant
le Philosophe oy la verite de cellui y il eut
pitie de lui et dist : Je Ven deliverray avecques
tayde de Dieu; mais ne laisse mie que tu ne
i> io4 *<
accusarent eum. Juvenis vero quod injuste
accusaretur firmavit sacramento. Audita rei
veritate Philosophus pietate commotus ait :
Auxiliante Deo feram tibi auxilium ; sed sicut
a justitia respectum usque in crastinam diem
accepisti, noli dimittere quin eas ad placi-
tum j ero ibi paratus succurrere tuae veritati
atque eorum nocere falsitati. Juvenis autem
quod Philosophus eum jusserat egit. Mane
autem facto , venit Philosophus ad justitiam ,
quem postquam vidit justitia ut sapientem et
Philosophum vocavit, vocatumque juxta se
sedere fecit Inde justitia vocavit accusantes
et accusatum , praecepitque quod suorum re-
cordarentur placitorum et ita fecerunt. Illis
vero astantibus, justitia ait Philosopho quod
causas audiret et inde judicium faceret.
Inde Philosophus : Prsecipe , justitia , clarum
oleum de quinque tonellis plenis mensurari ,
et scias quantum sit tibi clari olei , et simi-
liter de quinque dimidiis , et scias quantum
ibi clari olei fuerit. Deinde spissum oleum
de quinque plenis tonellis sit mensuratum
et scias quantum spissi olei in eis sit, et simi-
liter de quinque dimidiis facias mensurari ,
et scias quantum spissi olei fuerit ibi ; et si
tantum spissi olei inveneris in dimidiis to-
^ io5 «^
so/es de matin devant lajustice ainsi comme
tu Vas promisy et je serai la et soustendrajr
la verite et confonderay leur faussete, Le
jovencel fist ce que le Philosophe lui com"
manday et le Undemain au matin vint le Phi"
losophealajustice. Quantceulx de lajusticc
le veirenty ilz Vappellerent et lefirent seoir
delez eulx. Apfes appellerent le riche homme
et le jovencel y et commanda la justice a re^
corder la causcy et ilz le firent^ et la justice
dist au Philosophe quil ojst la cause et enfist
jugement, Le Philosophe dist : Fay Voyle des
plains tonneaulx mesurer ^ et saches combien
ily a de der et combien il y a d'espes; se tu
treuves autant d^oyle espes es demi tonneaulx
comme es plainsy saches certainement quc
Voyle est emblee ; et se tu ne treuves mie tant
d^oyle espes es demis tonneaulx comme es
plains , mais seulement selon la quantite de
Voylcy saches dontque Voyle n*est mie emblee.
Lajustice conferma cestuijugement etfutfait
en telle maniere, Ainsifut lejovencel delivrez
par le conseil du Philosophe, Quant le proces
futfiney le jovencel rendy moult de graces au
Philosophe. Le Philosophe dist : Ne oys^tu
i4
> io6 <
nellis quantum in plenis j scias oleum fuisse
furatum. Et si in dimidiis tonellis inveneris
talem partem spissitudinis qualem oleum cla-
rum ibi existens exigit quod quidem et in
plenis tonellis invenire poteris, scias oleum
non fuisse furatum. Justitia haec audiens con*
firmavit judicium , factumque est ita , et hoc
modo juvenis evasit sensu Philosophi. Fini-
tis placitis juvenis Philosopho grates reddidit.
Tunc Philosophus ait illi : Numquamne illud
Philosophi audisti? Non emas domum ante-
quani cognoscas vicinum. Ad hoc juvenis ;
Primum habuimus domum antequam juxta
nos hospitaretur. Cui Philosophus : Primum
vendas quam maneas juxta malum vicinum.y
Discipulus : Tale judicium apparet esse
Philosophi , et hoc est gratia Dei. Merito vo-
catus est hoc nomine AuxiUum miserorum.
Iterum discipulus : Etsi jam audita mente
sedeantadaudiendumplura incitant. Magis-
ter inquit : Libenter tibi dicam , et sic inquit.
107 "^
oncques parler d^un Philosophe qui dist cele
parolle? N^achate mie la maison de ton voi"
sin, Le jovencel respondy : Nous aviemes la
mxiison aincois que cestui s V herbergast, Si le
Dendy dist le Philosophe y aincois que tu de»
meures empres mauvais voisin.
Lc Diseiple dist : Bien appert que cestui
jugement est de Philosophe y et c^est par la
grace de Dieu , et bien doit estre nomme par
cel nom , Ayde chaitif, Dist le Philosophe :
€e quej^ay oy me meut a plus parler de phi"
losophie, Dist le Disciple : Et jey entendray
volentiers : et il commenca en tele maniere.
io8
FABULA XV.
Dictum fuit de quodam divite in civitatem
eunte quod sacculum cum mille talentis defer-
retsecum , et insuper aureum serpentem ocu-
los habentem jacinctinos in sacculo eodem,
quod totum simul amisitQuidam veropauper
iter faciens invenit, deditque uxori suae, et
quomodo invenisset retulit. Mulier hoc au-
diens ait : Quod Deus dedit custodiamus.
Alia die per viam praeco ita clamando per-
rexit : Qui talem censum invenit reddat , et
absque aUquo peccato centum talenta inde
habeat. Hsec audiens inventor census, dixit
uxori : Reddamus censum et absque peccato
centum talenta inde habeamus. Inde mulier
ait : Si Deus illum voluisset hunc censum
habere, non amisisset; quod Deus donavit
custodiamus. Inventor census ut redderetur
elaboravit, at ipsa omnino denegabat, et
tamen vellet nollet mulier , dominus reddidit
et quod praeco promiserat expetiit. Dives
auteih plenus nequitiae ait : Adhuc alium
I09
CONTE XV.
Un riche homme estoitjadiz qui aloit parmi
une cite , si portoit avec lui un sachet ou il,
avoit mil hesans^ et par derriere en ce mesmes
sachet avoit un serpenteld^or a yeux depierres
precieuses que on appelle jagonces : il perdy
ce sachet. Un povre homme qui trespassoii la
rue le trouva et le porta a sa femm£^ et lui
conta comment il Vavoit trouve. Quant la
Jemme oy ce , si dit : Or le gardons quant
DieU'le nous a envoye, Un jour apres avint
que un sergant ala crier par la rue : Qui tel
avoir a trome^ il le rende et on lui donra cent
hesans , et si lui pardonra^on le pechie, Cellui
qui Vavoir avoit trouve oyce cri^ sidista sa
femme : Rendons cest avoir^ si en arons cent
besans sans pechie, Dist la femme : Si Dieu
Tjoulsist quHl eust Vavoiry il ne Veust mie
perdu ; gardons ce que Dieu nous a donne, Le
hon homme pensoit toujours a ce quHl fust
rendus , mms saf^mme lui contredisoit ^ et non
pourquant voukist lafemme ou non , Vomme
> IIO ^
serpentem mihi deesse sciatis. Hoc prava
intentione dicebat ut pauperi homini talenta
non redderet promissa ; pauper vero se nihil
nmplius invenisse dicebat. At homines civi-
tatis illius diviti favcntes pauperi derogantes
inoxorabile contra fortunam pauperis odiuiD
gerentes, illum ad justitiam provocaveriint.
Pauper autcni , ut supra dictum est , se nihil
amplius invenisse dicebat. Sed dum sermo
hujusce niodi pauperum divitumque per ora
discurreretministris referentibus tandem per*
cussit ora Regis. Quod simul audivit divitem
et pauperem et pecuniam sibi praesentari prae-
cepit. Adductis omnibus,Philosophum scili<:et
auxilium miserorum cum aliis sapieiitibus
ad se vocavit, eisque accusatoris vocem et
accusati audire et enodare praecepit. Philo*
sophus haec audiens , commotus pietate pau-
peris ait : Auxiliante Deo te liberare conabor.
Ad hoc pauper : Scit Deus quia reddidi quan*
tum inveni. Inde Philosophus ad Regem : Si
rectum judicium inde vobis audire placuerit,
dicam. Rex haec audiens ut judicaret rogavit.
Tunc Philosophus Regi : Iste homo dives
bonus est multum , et non est credibile eum
9* III
le rendy et demanda ce que le sergant avoit
crie et promis, Le riche homme plain de con"
voitise et de trayson , dist : Sa^hes , mon ami^
que aincoires mejaut^il un tel serpent y et ce
disoit^il par mauvaise intention pour ce quHl
ne vouloit mie rendre au povre homme les
cent besans quil lui avoit promis ; mais ie
povre homme disoit toujours quHl n*en avoit
plus trouve. Ceste parole fut contee devant
povres et devant riches tant que les sergens le
conterent devant le Rojr. Quant le Roy oy ce,
il commanda que le povre et le richefussent
amenezpar devers lui. Le Philosophe qui avoit
nom Aide chaitifet autres sages avec lui^ et le
Roy leur commanda a oyr la parolle du riclie
et du povre et ajugier le droit. Quant le Phi»
losophe oy ce , il eutpitie dupovre et lui dist :
Je te aideray a Vayde de Dieu; et le povre
dit : Dieux scet que je rendy tout ce que je
trouvay. Le Philosophe dist au Roy : Sire^
s ^il vous plaist oyr de ceste chose vray juge*
gement , je le vous diray, Quant le Roy oy
ce^ il lui pria quHl jugast droiturierement.
Adont distle Philosophe au Roy : Sire, cestui
riche homme ne dist pas chose creaile, car
^ 112 «CE
aliquid interrogare quod non amisisset
alia parte credibile mihi videtur quod
pauper homo nihil amplius invenit qi
reddidit, quia malus homo si esset , non q
reddiditredderet, immototum celaret. I
Rex : Quid autem inde judicas , Philosop
Philosophus : Rex , sume censum , et ds
eo pauperi centum talenta , et quod ren
serit serva donec veniat qui eensum quse
quia non est hic cujus iste census sit, et
dives homo eat ad praeconem et faciat in
rogare sacellum cum duobus serpentil
Regi autem placuit hoc judicium , atque <
nibus ibi circumstantibus. Dives vero qui
cellum perdiderat, hoc audiens inquit : £
Rex , dico tibi in veritate censum istum fu
meum, sed quia volebam pauperi homini q
praeco promiserat auferre , dixi mihi al
serpentem adhuc deesse , sed modo, Rex,
miserere etquodpraeco promisit reddam {
peri. Inde Rex censum reddidit diviti , d
pauperi. Ita Philosophus sensu et ing<
pauperem liberavit.
Discipulus : Apparet hoc esse ingen
philosophiae : hoc exemplo non est mi:
ii3 <
it demande ckose quHl n^a niie perdue; et
d^autrepart il me semble bien que cestuipovre
homme n ^en trous^a plus que ce qu*il a rendu :
car sHl fust mauvais homme, il n'^ust mie
rendu ce quHl trouvay ains Veust tout retena
et cele, Distle Rojr : Etque jugiez donc de ce?
Rojfy dit le Philosophey prens Vavoir et en
donne au povre homme cent besans^ et garde
ce quHl en demeure jusques ad ce que aucun
vendra qui Vavoir demandera : car cellui a
qui cestui avoir est ^ n^est pas yci^ et cestui
riche homme voist au crieur etjace demander
le saxihet a deux serpens^ Cestui jugement pleut
moult bien au Roy et a tous ceulx qui Ik
estoient presens, Et quant le riche qui avoit
perdu le sachet cy ce^ il dist : Bon Roy^je te
dy vre^iement que eestui avoir fut mien , mais
pour ce que je vouloie tenir au povre homme
ce que lecrieur lui avoit promis^ je dy que il
mefailloit aincores un autre serpent ; mais ayez
mercy de moy et je donray au povre homme
ce que le crieur lui promist, Le Roy rendy
tavoir au riche et au povre ce quepromis lui
estoit, Le Philosophe delivra ainsi Vavoir au
povrepar son sens et par son engien,
Dist le Disciple : Bien apert que c'est grant
sens de philosophe : par cest exemple riest mie
» ii4 ^
quod de duabus mulieribus Salomon judi-
cavit'.
Philosophus ait : Ne aggrediaris viam cum
aliquo nisi prius eum cognoveris. Si quisquam
ignotus tibi in yia associaverit iterque tuum
investigaverit , dic te velle longius ire quam
disposueris , et si detulerit lanceam , vade ad
dexteram ; si ensem , ad sinistram. Arabs cas-
tigavit filium suum dicens : Sequere calles
quamvis sint semitis longiores. Item accipe
puellam in uxorem quamvis sit vetula, et
itetum fer merces tuas ad magnas civitates
quamvis vilius ibi vendere putes. Ad haec
filius.
1 ffl Reg. , cap. III , T. 97. riK nS m iDKn "^n p^
♦iDN «^T inn^DTi nS nom mn rhn
FABULA XVI.
Verum est quod dixisti de magnis viis,
nam quadam die dum ego et socii mei pei^
rexerimus ad urbem sole ad occasum pro-
pinquante et adhuc longe essemus a civitate,
vidimus semitam quae secundum visum ituris
> ii5 «^
merveille ce que Scdomon juga entre deux
femmes,
Le Philosophe dit : Ne entreprens mie
voyage avec homme que tu ne congnois. Se
aucun estrange s^acompaigne a toy en voye^
et il enquiertde ton chemin , dy lui que tu dois
aler par autre voye et par autre lieu et plus
loing quHl ne t'a dispose^ et sil porte lance^
va a dextre , et sHlporte espee^ va a senestre.
UArahien chastoia son filz et dist : Va par
les grans chemins combien qu Hlz soient plus
loing que les sentes; et dist : Prens pucelle a
femm^^ ja soit quelle soit vielley et si porte
ton veel aux grandes cites pour le vendre^
comhien que tu le cuides piz vendre, A ce
respondy lefilz.
CONTE XVL
Cestverite de ce que tu m*as ditdes grans
voies , car un jour as^int que moy et mes com-
paignons alasmesa unecitej etenviron le soleil
couchant^ nous estanspres dicellecitey veymes
une sente qui sembloit mouk brieve a aler k
» ii6 <<
ad ciyitateni promittebat compencUuiii. InYe-
nimus senem a quo requisivimus de itinere
iliius semitae : at senex ait : Propius semita
ducit ad civitatem quam magna via , et tunen
citius per magnam viam ad civitatem venietis
quam per semitam. Hec audientes illum pro
stulio habuimus, et magnam viam prseter-
mittentes semitae declinavimus , quam insis-
tentes ad dexteram et ad sinistram quanta
fuit nox deerravimus , nec ad civitatem per-
venimus. At si per callem tendissemus , pro*
cul dubio media nocte civitatem subintras-
semus.
Pater ad haec : Hoc nobis alia vice evenit
cum pergeremus per magnam viam ad civi-
tatem. Prseeratnobis fluvius quem quocumque
modo transituri eramus antequam civitatem
intraremus, sicque nobis iter agentibus in
duas partes secta est via, quarum una ad
civitatem per vadum, altera per pontem duce-
bat. Demum quemdam senem vidimus quem
de duabus viis quae prius duceret ad civita-
tem interrogavimus. Senex ait : Brevior est
via per vadum ad civitatem duobus miUarii«
quam via per pontem , sed tamen citius
» 117 *
la cite. Nous trouvasmes un viel homme et
lui demxindasmes la voie a la cite : le vieL
homme dist : La sente maine plus tost a la
cite que la gmnde voie, nonpourquant on
vient plus tost a la cite par le grand chemin
que par la sente. Quant nous ojrsmes ccy nous
le tenismes pourfol et laissasm^s la grande
voie et descendimes a la sente, et ne decli"
names ne a destre ne a senestrey et alasmes
toute Huit et ne peusmes pdnfenir a la cite;
mais se nous eussiemes ale par le grant che"
min , nous eussions en&^e en la cite devant la
mi^nuit.
Dist le Pere : Ce nous ai^int l'autre jour
quant nous aliemes a la cite par la grande
voie. Unfleuve estoit par devant nous lequel
nous convenoit passer aincois que nous veniS''
sions a la dte, Ainsi que nous aUons, nous
trousfomes que la voie se partoit en deux :
lune des voies menoit a la cite par la rivierej
tautre par un porU. Nous veismes un viel
homme et lui demandasmes laquelle de ces
voies menoit plus tost a la cite» II dist : La
voie par la ripiere estplus droite H plus pro^
chaine que cdle par le pont. Les aucuns de
» ii8 •<
potestis ire per pontem. Et quidam ex nostris
iUum senem sicut vos vestrum antea derise*
runt et per vadum iter aggressi sunt; sed
eorum alii socios submersos dimiserunt , alii
equos et sarcinas perdiderunt, quidam yero
per amnem madefactos alios omnino amissos
defleverunt , sed nos et senex noster qui per
pontem transivimus sine impedimento et
absque omni incommodo processimus et eos
super ripam fluminis adhuc jacturam deflentes
repperimus. Quibus flentibus et cum rastris
et sagena ima fluTii perscrutantibus senex ait :
Si nobiscum per pontem perrexissetis , non
ita contigbset. Aiunt : Hoc fecimus quia
yiam tardare nolebamus. Ad haec senex :
Nunc magis tardati estis , et illis relictis Iseti
subintrayimus portas urbis. Tale est proyer-
bium quod audiyi : Magis valet longa yia quae
ad paradisum , quam brevis ad infemum.
Arabs castigavit filium. Fili , si fueris in
via cum aliquo socio , dilige eum sicut te
ipsum , et ne mediteris aliquem decipere ne
et tu decipiaris veluti duobus contigit bur-
gensibus et rustico. Filius : Refer mihi u>t
aliquid utilitatis inde accipiant posteri.
» 119
nous blasmerent le viel homme ainsi comme
njousfeistes le vostre^ et alerent par lejleuve
dont les uns furent nojrez et les autres per^
dirent leurs biens et leurs chevauxy et les autres
passerent a tres grande paine etfurent tous
mouilliez , si menerent dueil pour leurs com^
paignons qiiilz avoient perdus; mais le viel'
lart et moy alasmespar lepont sans encombrier
et sans dommagCy et trouvasmes ceulx qui
plouroient leur dommage sur la rive dufleuve,
Le viel horrane dist a ceulx qui plouroient et
queroient leur dommage aufons de la riviere
a rasteaux et as cordes : Se vous fussiez venus
avec nouspar lepont , il ne vousfust mie ainsi
mescheu JIz dirent : Nous lejiismespour avoir
le plus court chemin, Dist le viellart : Orestes^
vous plus atargiez, Nous les laissames la et
entrames en la citejojreusement, Tel est lepro'*
verbe quefay oy dire : Mieux vault la longue
"voie a paradiz que la courte en enfer.
L ^Arahien chastoia sonfilz et dist : Se tu vas
en voyage avec aucun compaignon^ aime icellui
contmetoy mesmeSj et nepenseadecevoirnullui
que tu ne soyes deceu aussi comme il avint a
deuxbourgois eta un villain, Lefilzdemanda:
Pere , comment leur avint^il ? Le Pere dist.
lao
FABULA XVII,
Dictum fuit de burgensibus duobus et
rustico causa orationis Mech adeuntibus
quod essent socii victus donec venirent Mech,
et tunc defecit illis cibus ita quod non re-
mansit eis quicquam nisi tantum farinae qua
solum panem et parvum facerenL Burgenses
▼ero hoc videntes dixerunt ad invicem : Pa-
rum panis babemus et noster multum come-
dit socius j quapropter oportet nos habere
consilium quomodo sibi partem panis auferre
possimus j et quod nobiscum debet soli oo*
medamus. Deinde acceperunt hujusee modi
quod facerent panem et coquerenf , et dum
coqueretur dormirent, et quisquis eorum
mirabiliora somniando yideret , solus panem
comederet. Hsec artificiose dicebant quia
simplicem rusticum ad hujus modi fictftia
deputabant. Et fecerunt panem quem coxe-
runt, demum jacuerunt ut domirent. At
rusticus, percepta eorum astutia, dormien-
tibus sociis , traxit panem semicoctum , co-
121
CONTE XVIL
Deiix hourgois et un villain aloient a une
cite pour ouvrer^ si furent compaignons de
despens en toute la voie jusque^ pres de lacite
et adont leurfailfy vitaille telement quHl ne
leur demx)ura que un pou de farine dont ilz
firent un petit tourteL Quant les bourgois le
virenty ilz dirent entr*eulx : Nous as^ons pou
depain , et nostre compaignon mengue mieulx;
il nous convient avoir conseil comment nous
luipourrons tollir sapartie du pain et mengC"
rons le pain entre nous deux, Ilz prindrent
conseil quHlz cuiroient le tourtelet dormiroient
tandis quHl cuiroity et cellui d^eulx qui ver^
roitplus grans merveilles en songes , mengeroit
le pain a par iui, et ce disoient^ilz pour ce
quHlz vouloient decevoirle villain quisimple
homme estoit. Si cuirent le pain et se cou*
chierent dormir tandis quHlcuisoit. Le villain
perchut leur harat , si traist le tourtel dufeu
avant quHlfust hien cuit^ si le manga etpuis
se recoucha. Lwi des bourgois se leva ainsi
i6
> 122 <
iiiedit et iterum jacuit. Unus de burgensi-
bus sicut somno perterritus esset evigilayit
sociumque vocavit, cui alter de burgensibus
ait : Quid habes? At ille inquit : Mirabile
somnium vidi, nam mihi visum fuit quod
duo Angeli aperiebant portas coeU et me su«
mentes ducebant ante Deum. Gui socius:
Mirabile est hoc somnium quod yidisti ;• at
ego somniavi quod a duobus Angelis me du*
centibus et terram findentibus in infernum
ducerer. Rusticus hoc totum audiebat et se
dormire fingebat ; sed burgenses decepti de*
cipere volentes ut evigilarent rusticum vo-
caverunt. Rusticus vero callide et ut territus
esset respondit : Qui sunt qui me vocant P At
illi : Socii tui sumus. Et rusticus : Redistis jam ?
At ipsi contra : Quo perreximus unde redire
debeamus ? Ad hoc rusticus : Nimc visum
erat mihi quod duo Angeli unum ex vobis
accipiebant et aperiebant portas coeli , duce-
bantque illum ante Deum; deinde alium
accipiebant duo aUi Angeii , et aperta terra
ducebant in infernum , et his visis putavi
neminem jam amplius rediturum , et surrexi
et panem comedi.
*r~
» 123 «d
comme sHl fust iout espoentez et appella son
compaignon. Eautrebourgois demanda : Que
as'tu ? Cellui respondy : J^af veu merveilleus
songe y car il me sembloit que deux Angeles
me prendoierU et me faisoient fendre la terre,
et me menoient en enfer, Dist son compaignon :
Cestuisonge que tu as dit estbien merveilleux,
et fay veu en songe que deux Angeles OU'
vroient les portes du ciely si me prendoient et
menoient def^ant Dieu. Le villain oy ce etfai^
soit semblant de dormir; mais les bourgois
deceus qui decevoir le voloienty Vesveillierent
et appellerent , et le villain respondy viste*
ment ainsi comme sHlfust esbahiz : Ou sont
ceulx qui me huchent? Ceulx respondirent :
Nous sommes tes compaignons, Dist le villain :
Estes - vous ja retfenus ? Ils dirent : Et oii
alames nous dont nous devons revemr? Le
villain dist : II me sembloit n*a gaires que
Angeles vous prenoient et out^roient les portes
ducielet vous menoient devant Dieu , etdeux
autres prenoient VoMtre et le menoienten enfer,
etje cuiday que nul de vous ne deust jamais
retournerj si me lemjTypris le tourtel et le
mengajr.
> 124 «
O fili ! sic cvenit eis qui socium decipere
volucrunt, quia suo ingenio decepti fuerunt.
Tunc filius : Ita evenit eis sicut in proverbio
dictum est; qui totum voluit , totum perdidit.
Haec est autem natura canis cui faverunt illi
quorum unus alii cibum auferre cupit, sed
si naturam cameli sequerentur, mitiorem
naturam imitarentur : nam talis est natura
cameli , quando insimul datur praebenda mul-
tis , nullus eorum comedet donec omnes
edant insimul; et si unus infirmatur quod
nequeat comedere, donec removeatur alii
jejunabunt. Isti burgenses postquamvolebant
animalem naturam sibi sumere, mitissimi
animalis naturam sibi debuissent vendicare ,
et merito cibum amiserunt. Quin etiam hoc
eis evenisse voluissem quod magistro meo
narrante jamdudum audivi evenisse incisori
Regis pro discipulo suo proprium nomen
N ediu , ut fustibus caederentur. Pater ad haec :
Dic mihi , fili , quid audisti quomodo conti*
git discipulo , quoniam taUs narratio animi
erit recreatio. Filius.
> 125 <
Filz , dit le Pere , ainsi avint a ceulx qui
leur compaignon voloient decevoir , quHlz
furent deceus par leurengin. Lefilz respondy:
11 leur avint ainsi que le proverbe dist , qui
tout convoite , tout pert, C*est aussi la nature
du chien , car Vun veult tollir la viande de
Vautre^ et ainsi tensuivirent ceulx ; se ilz
eussent eu la nature du chamel^ ilz eussenteu
meilleurnature : car la nature du chamelest tele
que quant on en donne a pluiseurs a mengier
ensemble y nul d^eulx ne mengera jusques a
tant quHlz mengeronttous ensemhle; etse Tun
est malade telement quil ne puisse m^ngier ,
les autres juneront jusques a tant qu'il sera
ostez de d^emprez eulx. Ces bourgois , pour ce
quHlz voloientprendre la substance de la part
de leur compaignon , ilz deussent avoir pris
nature de debonnaire beste, et pour leur des^
serte ilz perdirent leur viande. Mais je vouU
drois qu Hlleur avenist cequ Hl aifint au tailleur
des draps du RojTy quifust bien batuspour son
disciple qui avoit nom Nediu^ ainsi quemon
maistre me raconte, Dist le Pere : Comment
le te dist ton mxiistre ^ comment aifintnl au
disciple^ car telles choses a oir donnent grant
recreation? Lefilzdist.
126
FABULA XVIII.
Narrayit mihi magister meus quemdam
Regem habuisse incisorem qui diversos di-
versis temporibus aptos ei incidebat pannos.
At ille discipulos sutores habebat quorum
quisque artificiose suebat quod magister in-
cisor Regis incidebat. Inter quos unus erat
discipulus nomine Nediu qui socios arte su-
toria superabat. Sed die festo yeniente Rex
suorum incisorem pannorum vocavit et pre-
tiosas vestes sibi et familiaribus parari prc-
cepit. Quod ut citius et sine impediinento
fieret, unum de camerariis suis eunuchuiB
cujus illud erat officium sutoribus custodeHft
addidit , et ut eorum curyos ungues abser-
varet , et eis ad sufificientiam necessaria mi-
nistraretroga^it. Sed in una dierum ministri
calidum panem et mel cum aliis ferculis mci-
sori et consociis comedendum dederunt , et
qui aderant comedere caeperunt. Quibus epu-
lantibus eunuchus : Quare absente Nediu
comeditis nec illum expectatis ? Magister in-
127
CONTE XVIII'
Mon maistre me dist que le Rojr cwoit un
tailleurqui taiUoit dwersdraps en divers temps.
Cestui tailleur at^oii pluiseurs varles qui bien
cognoissoient ce que ie maistre tailloit, Uun
avoit nom Nediu et passoit les autres de son
mestier. Le Ray appella son tailleur encontre
une grande solennite et lui commanda qu*il
lui taiUast et appareilhast robes a lui et a sa
maisnie. Et pource qu^ilet ses ^vales se esploi*
tassent plus tosty il commanda a un de ses
camhellans quHl prist garde d*eulx et leur
donnast ee que mestier et besomg leur estoit,
AvirU un jour que les sergens lew donnerent
a mengier pain chaut et miet as^ec autres
"viandes, Ceulx commeneerent- a mengier qui
la estoient^ Tandiz qu^ilz mengoienty dist
cellui qui les depoit garder : Pourquoy men^
gieZ'Vous sans Nediu, et que ne l^atendez^
vous ? Le maistre dit : Pour ce que ^sHi estoit
cy y si ne meng^it-ii point de mieL Ilz men-
' Ce conte n*a pas et^ niis en rert.
> 128
quit: Qiiiamel non comederet etiamsi ades-
set, et comederunt. Deinde venit Nediu et
ait : Quare me absente comedistis, nec partem
meam reservastis ? Eunuchus ad haec : Ma-
gister tuus dixit quod mel non comederes
etiamsi adesses. At ille tacuit et quomodo
magistro suo illud recompensare posset co-
gitavit. Et hoc facto, magbtro absente, Nediu
secreto dixit eunucho : Domine, magister
meus quandoque frenesim patiens sensum
perdit et indiscrete circumstantes verberat
et interimit. Gui eunuchus : Si scirem horam
quando ei contingit, ne quid inconsulte age--
ret Ugarem et loris corrigere constringerem.
At Nediu ait : Gum videris eum huc et illuc
aspicientem et terram manibus verberantem
et a sua sede surgentem et scamnum super
quod sedet manu rapientem , tunc scias eum
esse insanum , et nisi tibi et tuis proyideris ,
caput fuste dolabit. TaUbus dictis Nediu
sequenti die magistri sui forfices secreto
abscondit , at incisor quserens forfices et non
inveniens , coepit manibus terram percutere
et huc et illuc aspicere et a a^ sede surgere
et scamnum super quod sedebat manu dimo-
» 129
gierent , et tantost apris vint Nediu et dist :
Powquoj" avez^vous mengie sans mojr et ne
m^avez mie garde ma part ? Le camhellan res-
pondy : Ton maistre disoit que combien que
tu eusses este icjr^ si n^eusses tu point mengie
de mieL Nediu se teust et pensa comment il
le pourroit guerredonner a son maistre, A^fint
tantost apres que son maistre ne fut mie la;
Nediu dist au cambellan secretement : Sire ,
mon maistre est aucunes foisfrenetique etpert
le senSy sibata desmesure ceulx d^entour lui,
Dist le cambellan : Seje savoie Veure quHl
entre en sa maladieyje le loieroiefort pour ce
qu^il ne fist aucunefolie. Dist Nediu : Quant
il regarde deca et deta et il se lieve de son
siege et il remue de sa main le banc sur quoy
il siet; quant vous verrez ces manieres^ adont
devendra-il dervez. Le jour apres ces parolles
Nediu mucha les chiseaulx de son maistre , et
il les commenca a querre; et quant il ne les
peut troui^er^ siferi ses mains a terre pour
taster; si tasta deca et dela et se leva de son
siege enfaisant chiere esbahie. Quant le cam^
bellan vey ce , // appella tantost ses sergens et
commanda quUlz prissent cestui tail/eur et le
»7
^ i3o ^
vere. Haec videiu eunuchtis statun suos ¥0*>
cayit clyentes , praecepitque incisorem ligari
et ne aliquos yerberaret graviter yerberari.
Sed incisor clamabat ita dicendo : Quid fo-
risfeci ut quid talibus me afBigitis verberibus?
At illi acrius verberando tacebant. Quando
autem lassi fiierunt verberando exosum vitae
solveranty qui respirans sed longo temporis
intervallo qusesivit ab eunucho quid forisfe-
cisset. Eunuchus ad hoc : Dixit mihi Nediu
discipulus tuus quod quandoque insanires
et non nisi vinclis et verberibus correptus
cessares, et ideo te ligavi. Hoc audito incisor
Nediudiscipulum suum vocavit et ait: Amice,
quando me novisti insanum ? Ad hoc disci»
pulus : Quando novisti me mel non come-
dere ? Eunuchus et alii hasc audientes riaenmi^
et utrumque merito poenas suscqpi^se judi^
caverunt.
Ad hoc pater : Merito hoc illi accidif ,
quia si custodiret quod Moyses praBcepit ut
diligeret fratrem suum sicut seipsum ' , non
hoc ei evenisset.
Gastigavit filium suum dicens : Yide ne
imponas aliquod crimen socio tuo servo sive
« Levitic. xrx. i8. ,-pt33 ynS ranm
» i3i <
loyassenifori^ et si le batissent bien, pour ce
qiiil ne batist autrui. Mais le tailleur crioit et
demandoit qu^il avoit meffait etpourquoy on
le batoit ainsL Et ceulx se taisoient et le ba^
toient tantplusfort. Quant ilzfurent lassez de
le batre^ ilz le desloierent^ et il maudissoit sa
vie. Apres ce qu Hlfut revenus a sojr mesmes , il
demanda au cambellan qu^il avoit foifait. It
respondjr : Nediu ton disciple me dist que tu
perdoies aucunesfoiz ton sens et devenois der»
s^ez , et ne tepovoit-on ckastoier se tu n*estois
loyez et batus , et pour ce je t ^ay loye, Quant
le tailleur ojr ce , it appella Nediu son varlet ,
et lui demanda : Amis , quant m^ veis - tu
derve? Le varletrespondy : Maistre^ me veistes*
vous non vouloirmsngier de miel? Le cambel^
lan et les autres qui l^ojrrent^ commencerent
fort a rire et dirent que l*un estoit bien vengiez
de l^autre*
Dist le pere : Celtui Vavoit bien desservi^
car s*it eut /ait comme Dieu le commande^
c^est amer son prosme comme soy mesmes , ce
ne luifust pas avenu.
Un sage homme ehastoia sonfUz et lui dist :
Garde que tu ne mettes blasme sur ton com'^
» l32 «
libero , ne ita tibi contingat sicut duobus jo-
culatoribus contigit ante Regem. Ad hoc fi-
lius : Narra mihiy pater, obsecro. P^ter :
Fiat.
FABULA XIX.
Yenit quidam joculator ad Regem , quem
Yocatum Rex cum alio joculatore fecit se-
dere atque comedere ; sed qui prius erat
joculator caepit invidere supervenienti quem
Hex sibi praeferebat et omnes aulici. Quod
ne duraret diu pudorem illi facere ut sic
saltem aufugeret cogitavit. Itaque nescienti-
bus aliis ossa latenter primus joculator coordir
navit et ante socium posuit, finitoque pran-
dio in obprobrium socium conjectans struem
ossium Regi ostendit et mordaciter inquit :
Domine , socius mcus omnium ossium isto-
rum vestituram comedit. Rex vero torvis
oculis respexit. Accusatus autem Regi ait :
Domine feci quod natura humana requirebat,
carnes comedi et ossa dimisi; socius autem
meus fecit quod sua natura sciUcet canina
inquirebat , quia comedit carnes et ossa.
» i33 «
paignoriy ne a ton seify nea tonfilz^ quil ne
Vaviengne ainsicomme ilfist a deux jongleurs
devant le Roy, Pere > dist lefilz , dy moi com~
ment il leur avint, Volentiets , dist le pere.
CONTE XIX.
Avintjadis que un jongleur vint devant le
Rojr. Le Rojr Vappella et lefist seoir au men--
gier avecques un autre jongleur ; mais Upre--
mier en ent envie sur luipour ce que le Roy et
tous ceulx de la sale le prisoient plus des autres.
Le premier /ongleur se apensa qu'il luiferoit
blasme et honte , et Venfieroitfiouir^sHlpovoit,
llprist les os de la char quHlz mengeoienty et
les mut devant son compaignon pour luifaire
hontCy et dist : Sire , mon compaignon a men"
gie toute la vesture de ces os. Le Roy regarda
cellui , et U dist au Rof : Sire , jefis ce que
humaine nature demandoit, et cestui est de
nature de chien qui mengue la char et les os.
» i34 «
Dixit Philosophus : HonoTa minorem te et
da sibi de tuo sicut vis quod major te honoret
et de suo tibi tribuat. Alius : Turpe quidem
est multum diyiti esse ayarum, mediocii
pulchrum esse largum. Discipulus ait : Dif-
finitionem largi et avari et prodigi mihi sub-
scribe. Pater : Qui dat quibus dandum est,
et retinet quibus retinendum est, largus est;
qui prohibet quibus prohibendum non est,
avarus est ; qui dat quibus dandum est et
quibus non est dandum , prodigns. Alins :
Noli associari rei deficienti et ne proponas
te rei crescenti. Alius : Magis yalet psffva
beatitndo quam plena domus auro et argento.
Alius : Utilia perquire magno sensu, non
magna velocitate. Alius : Ne respicias difio*
rem te ne in eum pecces , sed respice pan-
periorem te et inde grates Deo redde. Alius :
Non deneges Deum pro paupertate, pro di-
yitiis noli superbire. Alius : Quisquis mtdta
cupit, majorum fame tabescit. AMus : Si yis
in hoc sseculo tantum habere quantum suf-
fecerit naturae, non multa te decebit congre-
gare ; et si cupido satisfacere yolueris animo ,
licet congregatis quaecumque in toto mundo
> i35 ^
Le Philosophe dit : Honnewe moindre de
toy et lui donne du tien aussi comme tu veulx
que plus grant de toy te honneure et doinst
du sien. Un autre dit que moult bonne chose
et honneste de moien homme large. Dist le
Disciple : Fajr moi scavoir qu'est avaricieux et
large. Fol large , dist le pere , est cellui qui
donne a quion ne deveroit donner; et cellui
qui retient ce qu^il deveroit donner^ est apo*
ricieux. Un autredist : Mieulxvauit unpou
de bon eur que une maison plaine d*or et
d^argent. Un autre dit : Ce qui est prouffi*
table quiers par grant sens , et non mie trop
kastii^ement. Un autre dist : Ne prens pas
garde a plus riche de tojr, que tu ne peches ;
mais regarde plus povre de tojr^ si en rends
gracesa Dieu, Un autredist: Ne despitepas
Dieu pour povrete y ne i enorgueilliz miepour
richesse. Un autre dit : Se tu veulx avoir en
ce siecle tant quHl te souffise a ta naiure , il
ne te convendrapas mdult assembler; et se tu
veubc saouler le corage du convoiteux , se tu
assembloies toutes les richesses de ce m^onde^
si com^oiteradl aincoires, Un autre Philosophe
dit : Ne t^aceompaigne pas a chose deffaillant^
» i36 «
ambitu continentur diyitiis , sitis tamen arde-
bitliabendi. Alius : Quiparce suadispendit,
diu durant ei possessa. Alius : Qui vult re-
linquere saeculum , videat ne aliquid retineat
quod sit illius partium , quoniam tandumdem
yalent ac si paleis ignem extingueret. Alius :
Qui pecuniam congregat multum laborat,
yigiliis tabescitne perdat, ad ultimum dolet
quando perdit quod optinuerat. Discipulus
magistro : Laudas congregari pecuniam? Ma-
gister : Ita ; acquire juste et in bono expende,
nec in thesauro reconde. Alius : Ne desideres
res alterius et ne doleas de amissis rebus,
quoniam dolore nihil erit recuperabile , unde
dicitur :
FABULA XX.
Quidam habuit yirgultum in quo riviilis
fluentibus herba yiridis erat, etpro habilitate
loci conyeniebant ibi yolucres modulamine
yocum cantus diyersos exercentes. Quadam
et ne met pas derriere chose croissant, Un
autre dist : Qui espargnablement despent son
avoiry ses possessions lui durent longuernent.
Un autre dist : Qui veult relinquer le siecle^
garde qu Hlne retiengne aucune chose departie
carce vauldroit autant comme sil estaingnoit
lefeu de paille, Un autre dist : Qui assemble
avoir ^ il labeure moulty soiten dormant, soit
en veillant ; et si scevent que au derrain ilz
perdent ce qu*ilz ont assemble, Le disciple
demanda au maistre : Loes-tu de assemhler
avoir? Dist le maistre : Oyl ; acquiers ^nste'-
ment et despens en bon usage , et ne le met
mie en tresor. Un autre dit : Ne desire mie les
choses d^autruiy et n^ajres dueil des choses
qui sontperdues : car par dueil on ne les re^
couvre mie , dont on dit que ,
CONTE XX.
Jadis un homme estoit qui ai^oit un vergier
ou les ruisseaubc couroient parmi Verbe ver»
de , et pour la beaute du lieu s ^ assembloient
illec les oyseaulx oii ilz chantoient delitable"
i8
> i38 ^
die dum in suo fatigatus quiesceret pomerio,
quaedam avicula super arborem cantando
delectabiliter sedit. Quam ut vidit et ejus
cantum audivit, deceptam laqueo sumpsit.
Ad quem avis : Cur tantum laborasti me ca-
pere, vel quod proficuum in mea captione
sperasti habere ? Ad hsec homo : Solo cantus
tuos audire cupio. Cui avis : Pro nihilo,
quia nec prece nec pretio cantabo. At ille :
Nisi cantaveris te comedam. Et avis : Quo-
modo comedes ? Si comederis coctam aqua ,
quid valebit avis tam parva? Et etiam caro
erithispida. Si assata ero, multo minor fuero^
sed si me abire dimiseris , magnam utilitatem
consequeris. At ille contra : Quam ? Avis :
Ostendam tibi tres sapientes manerias quas
majoris pretii facies quam trium vitulorum
carnes. At ille securus promissi avem per-
misit abire. Cui avis ait : Unum est de pro-
missis , ne credas onmibus dictis ; secundum,
quod tuum erit semper habe; tertium, ne
doleas de amissis. Hoc dicto , avicula arbo-
rem conscenditet dulci canore dicere caepit:
Benedictus Dominus qui tuorum aciem ocu-
lorum clausit et sapientiam abstulit, quoniam
» i39 •<
ment, Avint un jour que Vomme estoit tra^
veilliez et reposoit en son gardin^ un oiselseoit
sur un rain d'un arbre , et chantoit doucement.
Quant Vomme Veut veu et oy j il tendy a lui
et le prist.. Uoysel qui se trouva pris , lui
dist : Pourquoy Ves^-tu tant traveilUez de moy
prendre? quel prouffit cuides-tu avoir de mxi
prison? Uommerespondy : Je convoite a oyr
ton chant, Dist Voysel : C^est pour neant^ car
je ne chanteray ne pour promesse , ne pour
avoir, Respondy Vomme : se tu ne chantes^
je te mengeray, L^oysel dist : Comment me
mengeras»tu? Se tu me cuis en eaue^ que
Dauldra si petit oisely ei si en sera la char
dure? Seje suis rosty^ aincoires serai-ge moin^
dres ; mais se tu me laisses aler^ tu en aras
grantprouffit, Quelprouffity dist le bon homme?
Dist Voisel y je te monsterray trois manieres
de sapience qui ihieulx te vauldront que la
char de trois veaulx. Quant Vommefut seur
de sa promcsse , si laisse Voiselaler^ et Voisel
lai dist : Uune maniere de sapience est^ ne
croy pas tout ce que tu os dire, La seconde est,
tiens bien ce que tu as ; et la tierce , ne mainc
pas long dueil pour ta perte. Quant Voisel
» i4o ^
&i intestinorum plicas nieorum pcrquisisses,
unius ponderis unciae jacinctum invenisses.
Haec audiens ille caepit flere et palmis pectus
percutere , quoniam fidem dictis praebuerat
aviculae. At avis ait illi : Cito oblitus es sensus
quem tibi dixi. Nonne dixi tibi, ne credas
quicquid tibi dicetur ? Quomodo credis quod
in me sit jacinctus qui sit pond^ris unius
unciae , cum ego tota non sum tanti ponde-
ris ? £t non dixi tibi , ne doleas de rebus
amissis ? Quare pro jacincto qui in me est
doles ? Talibus dictis rustico deriso avis in
nemoris avia devolavit.
Philosophus suum castigavit discipulum
dicens : Quicquid invenies legas , sed non
credas quicquid legeris. Ad haec discipulus :
Credo non esse verum quicquid est in libris^
nam simile huic legi in libris et proverbiis
philosophorum : Multae sunt arbores, sed non
omnes faciunt fructum; multi sunt fructus,
sed non omnes commestibiles. Castigavit
Arabs fihum suum dicens : Fili , ne dimittas
i4i
eut ce ditf ihvola sur un arbre , et dist dou»
cement en sa chanson : Benejr soit Dieu qui
couvry tesjreulx et te tolli sapience y car se tu
eusses bien quis dedens mon ventre , tuy eusses
trouve une jagonce d ^une onchepesant, Quant
le bon homme ojr ccy ilcommenca aploureret
a debatre ses palmes j car il cuidoit que Vojrsel
dist verite, Dist Vo\pel : Pourquoy as-tu oubUe
le sens queje te avoie maintenant apris , et ne
t ^ai^je dit : Ne croypas tout ce que tu os dire?
Comment crois^-tu qu*ilait dedens moyj'agonce
d^une onche pesanty et je ne poise pas tant?
Et si te dys , ne maine pas dueilppur ta perte^
et tu te dueilz pour ce que tu m^as perdu^ c§
que tu ne pues recouvrer, Quant Voisel eut
ainsi gabe le villainy il s^envola,
Le Phylosophe cha^toia son disciple et dist :
Lis quanques tu treuveSy mais ne croy pas
quanques tu lis, Dist le disciple : Je croy bien
que ce ne soit mie toute verite quanques il a
en livreSy car selon ce que j^ay trouve es
livres de philosophie et es proverbesy mouk
d^arbres sonty mais tous neportentmiejruit:
Moult defruis sont^ mais tous ne sont mie bons a
mengier, L^Arahien chastoia sonfilz et dist:
pro futuris prsesentia, ne forsitan perdas
utrunique sicut evenit lupo de bobus prO"
missis a rustico.
• FABULA XXI.
Dictum namque fuit de aratore quod bo-
ves illius recto tramite nollent incedere , qui-
bus dixit : Lupi vos comedant ! Quod lupus
audiens acquievit. Cum dies declinaret et
jam rusticus de aratro boves solvisset , venit
ad eum lupus dicens : Da mihi boves quos
promisisti. Ad haec arator : Si verbum dixi y
non sacramento firmavi. £t lupus contra :
Habere debeo quia concessisti. Dixerunt tan-
dem quod irent ad judicium. Quod dum fa-
cerent vulpi obviaverunt. Quibus abeuntibus
ait vulpes : Quo tenditis ? Illi quod factum
fuerat narraverunt vulpi. Quibus dixit : Pro
nihilo alium quaeritis judicem , quoniam rec-
tum vobis faciam judicium; sed prius per-
mittite loqui consilio uni ex vobis et deinde
alii , et si potero vos concordare sine judicio ,
i43 -^
Ne laisse mie cequetu pues maintenant avoir ,
pour ce qui est a avenir, que tu ne perdes et
Vun et Vautre^ aussicojnm^ il avint au loup
de ce que le villain lui promist,
CONTE XXI.
On listd*un bouvier que ses buefz n^aloient
mie droite voicy ' et il leur dist : Loups vous
puissent mengier ! Le loup oy ce et entendy ,
et quant le jour declina , et le bouvier deshia
ses buefz de la charrue , le loup vint a lui et
lui dist : Donne^mojr les buefz que tu m*as
promis, Au derrain se concorderent ad ce
quHlz yroient aujuge, Ilzy aUrent et encon-
trerent le goupily lequel leur dist : Ou atez-
vousP Ceulx lui conterent leur querele tout
au long, Dist le goupil : Pour neant querez
autre juge que moy , car je vous diray droit
jugement ; mais laissiez moy parler a Vun de
vousa conseil^ etpuis a Vautre , et se je vous
puis accorder sans jugement rendre , la sen^
tence ne sera pas mxinifestee , se ce non , je
diray jugement en commun, Itz lui octroierent.
» i44 <
sententia selabitur; sin autem, in commune
detur. At ipsi concesserunt. Yulpis primum
locuta cum aratore ait : Da mihi unam galli-
nam et uxori meae alteram , et habebis boves.
Arator concessit , et hoc facto cum lupo lo-
quitur dicens : Amice, audi : Meritis tuis
procedentibus pro te debet , si qua est facun-
dia, laborare. Tantum locuta sum cum rustico
quod si boves illius dimiseris omnino quietos,
dabit tibi caseum ad magnitudinem clypei
factum. Hoc lupus concessit. Cui vulpes ait :
Concede aratorem boves suos ducere , et ego
ducam te ad locum ubi parantur illius c^sei,
ut quem volueris de multis eligere possis.
Sed lupus astutae vulpis deceptus verbis
quietum abire permisitrusticum. Vulpes vero
vagando huc et iUuc quantum potuit lupum
deviavit, quem veniente obscura nocte ad
altum puteum deduxit, cui super puteum
stanti formam lunae semiplenae in ima putei
radiantis ostendit et inquit : Hic est caseus
quem tibi promisi, descende si placet, et
comede. Ad haec lupus : Descende primitus ,
et si sola deferre non poteris , ut te juyem
faciam quod hortaris. Et hoc dicto viderunt
..' -^
» i45 -^
Le goupil parla premierement a conseil au
bouvier et dist : Donne mojr une geline et h
mafemme une, et tu auras les buefz, Le bou^
i^ier lui octroia, Apres parla le goupil au loup
etdist : Amis^ pour toy vueil^je parler ^ seje
scafy car tu tas desseny, Pay tant parle au
villainy que^ se tu lui en laisses enmener ses
buefzenpaixj il te donra un Jrommage Jait
a la semblance et grandeur de la lune, Le
loup lui octroia. Dist le goupil : Laisse aler le
bouviera toutses buefzy etje temenrajyou lieu
oii ce frommage est^ ajjin que tu eslises le
meilleur et le plus grand. Le loup qui deceus
estoit par les soubtiles parolles du goupil^
laissa aler le villain en paix. Le goupil ala
deca et dela , et desi^oia le loup tant quHl
peut et Vemmend par nuit obscure a un puch,
Le goupil lui monstra laforme de la lune flfe-
mieplaine qui luisoit oiifons du puchy etdist:
Cy est lefrommage queje te promis ; descens
avaly sHlte plaist^ et mengue, Dist le loup :
Descens premiery et se' tu ne le pues seul ap^
porter y adont ferai^ge bien ce que tume diz.
Tandis qu^ilz parloient^ ilz veirent une corde
pendant au puchy et pendoit a un bout une
19
» i46 -^
cordam pendenteni in puteo in cujus caput
erat urceola ligata et in alio capite cordas
altera urceola, et pendebant tali ingenio
quod una surgente altera descendebat. Quod
vulpes simul ac vidit quasi obsequens pre-
cibus lupi urceolam intravit et ad fundum
venit. Lupus autem inde gavisus ait : Cur
non affers mihi caseum ? V ulpes ait : Nequeo
prse magnitudine ; sed intra aliam urceolam
et veni sicut mihi spopondisti. Lupo intrante
aliam urceolam , ponderis magnitudine ducta
cito fundum petiit, altera surgente cum vidpe
quae erat levior. Vulpecula tacto ore putei
foras exiliit et in puteo lupum dimisit , et ita
quia pro futuro praesens dimisit, lupus me-
rito boves et caseum perdidit.
Arabs castigavit filium suum : Ne credas
omni consilio quod audies donec fuerit pro-
batum in aliquo an sit utiie, ne contingat
tibi sicut latroni contigit qui consilio domini
cujusdam domus credidit. Ad haec filius
Quomodo, pater, evenit ei? Pater.
- - v^ . ^
» i47
seille y eta Vautre bout une autie^ et pendoient
partelengien , quequant Vune avaloit , Vautre
montoit, Le goupil congnut et vey Vengieny
si prent la seille et entra dedens par tenhorte'"
ment du loup. Quant le loup vit ce quHl
estoit ens , si dist : Pourquojr ne m^aportes^tu
ce frommage ? Respondy le goupil : Je ne le *
puis raporter ^ pour ce qu^il est si grant ; mais
entre en Vautre seille^ et viens moy aidier
comme tu m ^aspromis. Le loup entra en Vautre
seille^ et vint tantost aufons parce quHl pe^ y
soit moult ; et Vautre seille vint tantost des*
seure , car le goupil ne pesoit pas tant. Le
goupil sailli dehors et laissa le loup oii pnchj
et ainsi le loup , pour ce quil laissa aler ce
quHltenoity perdy les buefz et lesfrommages»
Le Arabien chastoia sonfilz^ et dist : Ne
croy mie tout le conseil que tu orras , jusques
adont que tu tauras esprouve en aucunechose
s*il est bon ou non^ quHlne Ven avienne ainsi
comme il avint au larron qui crut le conseil
au seigneur dune maison. Percy dist lefilz^
commant lui en a^int^ilP Dist lepere :
i48
FABULA XXII.
Dictum est mihi quod quidam latro ad
domum cujusdam divitis perrexit intentione
furandi. Ascendens tectum ad fenestram per
quam fumus exibat et si aliquis intus vigila-
ret auscultavit. Quod ut Dominus domus
comperit, suaviter suae uxori ait: Interroga
alta voce unde venit mihi iste tam magnus
census quem habeo ; quod ut rem scias mul-
tum elabora. Tunc ipsa alta voce ait : Domine,
unde tam magnum censum habuisti cum
numquam mercator fueris ? At ille : Quod
Deus donavit serva et fac inde voluntatem
tuam et non inquiras unde mihi tanta pecu-
nia venerit. At ipsa sicut injunctum fuerat,
magis et magis ut rem sciret instigabat. De-
mum quasi coactus precibus uxoris suse in-
quit dominus : Yide ne cuiquam secreta
nostra detegas ; latro fui. At ipsa ait : Mirum
mihi videtur quomodo tam magnum censum
latrocinio acquirere potuisti , quod numquam
audivimus clamorem sive aliquam calumniam
i49
CONTE XXII.
11 mejut dit que un larron ala a lamaU
son d^un riche homme pour embler, II monta
a unefenestre de la maison par quoy lafw'
miere yssoity et escouta se nul veilloit en la
maison, Quant le sire de la maison le oy^ il
dist coyement a sa femme : Demande moy
hault dont si grant avoir quefay me vienty
et me prie tant queje le te dye. Lafemme
dist en hault : Sire , dont vous vient si grant
avoir que vous as^ez^ quant vous ne fustes
oncques marchant? II respondy : Garde ce
que Dieu fadonne^ et si enfay ta volente,
et ne me demande mie dont si grant as^oir me
vient. Mais com plus Im deffendoity plus lui
demandoit dont tel ai^oir lui venoit, En la
fin Vomme , comme ilfust a ce constrains ,
respondy par la priere de sa femme et dist :
Garde quetune dyes a nulluy nos secres y je
suis larron. Respondy lafemme : Je me mer^
veille comment tu . as peu acquerir si grant
avoir^ et si n*en oysmes qncques nevoixne
> i5o ««^
inde. At ipse ait : Quidam magistcr meus me
carmen edocuit quod dicebam quando ascen-
debam super tectum et veniens ad fenestram
accipiebam radium lunae manu et carmen
meum septies dicebam, scilicet, sauiem^ et
ita descendebam sine periculo. Quicquid pre-
tiosum inveniebam in domo corrodens sume-
bam. Hoc facto iterum ad radium lunae
veniebam , et eodem carmine septies dicto ,
cum omnibus in domo sumptis ascendebam,
et quod sustuleram ad hospitium deferebam.
^Tali ingenio hunc quem possideo censum
habeo. At mulier ait : Bene fecisti quod mihi
talia dixisti, nam si quandoque filium ha-
buero , ne pauper degat, hpc carmen docebo.
At dominus inquit : permitte me dormire
quoniam somno aggravatus volo qniescere ,
et ut magis deciperet , quasi dormiens ster-
tere caepit. Perceptis denique talibus verbis ,
fur inde gavisus et dicto septies carmine , et
sumpto manu radio lunae , laxatis manibus et
pedibus per fenestram in domum , magnnm
faciens sonum , cecidit et firacto crure et
braehio congemuit. At dominus domus quasi
> i5i ^
ramposne. Le sire dist : Vn maistre qne je
eus me dist et aprist un cherme que je disoie
quant je venoie sur les maisons , et quantje
venoie etmontoie sur les maisons a lafenestrey
je prendoie le ray de la lune a ma main et
disoie mon cherme sept foisy c^est assavoir
saulem , et descendoie ainsi sans perily puis
en la maison prendoie quanques je y trouvoie
de boin, Quantfavoie tout pris ^ je revenoie
au rajr de la lune^ et redisoie mon cherme
sept fois j puis remontoie a tout quanques
favoie pris en la maison, et Vemportoie a
mon hostelj etpour ce ay-je tant d^avoir. Dist
la femme : Tu as bien fait qui le m'as dity
car quantje aurajr un enfant^ je lui apren^
dray cestui charm^ ofjfin quHl ne soit povre.
Dist le sire : Laisse moydormir^ car fay som;"
meil et si vueil reposery etpourmieulx dece^
voir le larron , il commenca a ronkier ainsi
comme il dormist. Le larron qui ces parolles
eut oyes , ful joyeux en son coragCy et distce
cherme septfois , puis jetta ses mains au ray
de la luney et habandonna mains et piez de
la fenestre , si chey en la m^iison et rendy
grant son ala terre , si quHl rompy Uk cuisse
S^ i52 <
nesciens inquit : Tu quis es qui ita cecidisti ?
Ad haec latro : Ego sum ille fur infelix qui
tuis credidi fallacibus verbis.
Ad hoc filius : Pater , tu benedicaris , quo-
niam dolosa edocuisti me vitare consilia.
Philosophus : Cave consilium azimum donec
sit fermentatum. Alius : Ne credas consilium
monentis quod deneges alterius benefactum ;
qui denegat coram oculis cernentis omnia se
accusat. Alius : Si fueris in aliquo bono ne
pecces inde, quoniam saepissime maximum
comminuitur bonum vel amittitur. Discipu-
lus ad magistrum : Prohibuit Philosophus
benefactum negare. Ad hoc magister : Qui
denegat benefactum , denegat Deum , et ille
qui non obedit Kegi victori , est inobediens
Deo. Discipulus : Ostende mihi rationem
quomodo hoc esse possit. Magister : Nullum
benefactum procedit de creatura ad creatu-
ram nisi exDeo procedat, et illi qui denegant
benefactores , et ita denegant Deum. Alius :
Custodi te a Rege illo qui ferus est ut leo ,
cui est levis animus ut puer. Alius : Qui ma-
» i53 <
et les bras y et commenca a gemir, Le sire de
la maison qui oy le tombement ^ ainsi quHl
rien sceut riens , dist : Quiest la? Distle lar^
ron : Je suis le mechans larron qui creus a tes^
decepvables paroUes,
Lefilz dist : Percy beney soyes^tu qid m*as
enseignie a eschever les mauvais conseilz, Un
autre dist : Ne croy mie conseil de cellui qui
t^ammoneste que tu ne prendes mie le bienfait
d^autrui : car qui denoye devant les yeulx de
cellui qui tout voit , il s ^accuse. Un autre dist :
Se tu es en aucun bien , ne pech^ pas pour ce ,
car un grant bien est tost amenuisiez etperdus.
Le disciple demanda a son maistre : Deffend
U Philosophe denoyer le bienfaiteur. Dist le
maistre : Qui denoye le bienfaiteury il Dieu,
Et cellui qui ne obeist mie au Roy qui tout
vaincty n*obeist mie a Dieu. Dist le disciple ' :
Monstre moy raison comment ce puet estre.
Dist le maistre : Nostre bienfait vient de crea»
ture a creature^ sHl ne vient de Dieuy etceuloo
qui denoient les bienfaiteurs y ainsi denoient^
ilz Dieu. Un autre dist : Garde^toy de ce Roy
X n y a Philosopke dans le maauscrit ; mais daiu le latin il y
a discipulus , et le sens le yeut.
20
> i54 m
lunn dicit de Rege , ante tempus suum mo«
rietur. Alius : Diutius dunire patitur Deus
regnum Regis in sua persona peccantis si
bonussit gentibus et mitis, quam faceret justo
Regi in sua persona si malus esset gentibus
et crudelis. Alius : Tene rectam justitiam
inter homines et diligent te, nec properes
ulli reddere mutuum boni vel raali, quia
diutius expectabit te amicus , et diutius time-
bit te inimicus.
FABULA XXIIL
Plato retulit in libro de Prophetiisquod qui*
dam Rex erat in Graecia senex gendbus cru-
delis. Huic crevit maximum e multis partibus
bellum , cujus ut sciret eventum , todus su»
regionis etviciniaemandavitPhilosophos, qui-
bus congregatis ait : Videte quoniam magnum
mihi et vobis ingruat bellum , quod propter
meum credo vobis evenire peccatum j sed si
aliquid est in me quod sit reprehendendum ,
(b^
> i55 «
qui est fiers comme lyon , et qui a legier co^-
raigecommeenfanU Un autredist: Quimaudit
le Roy , ilestneant devant temps. Un autre dist:
Dieu laisse plus longuement durer le regne du
Royquipeche en sa personne, s'ii est hon aux
gens etdebonnaa^e , qu^il ne/aitd^un Royjuste
qui est maxwais et cruel aux gens. Un autre
dist : Tiens droite justice entre les hommes , si
t^aimeront ; ne te haste pas a aucun de rendre
le guerredon du bien et du mal : car s V/ est ton
amif il atenflera plus longuement ; et sHl est
ton ennemiy il te cremera plusjonguement.
CONTE XXIII.
Platon disth sonjilz et raconta ok livre des
Prophesies que un Rojr estoit en Grece yfelet
cruel aux gens. Batailles lui crdrent de moult
departies, etpouree qu*il en voult savoir la
cause et Voccoisonj il manda tous les Philo^
sophes de la region et de la contree, Quant ilz
m
furenttous assembleZy il dist : Ne voyez^vous
pas que une grande bataille est survenue a
vous et a mojrp Je crojr que ce vous soit avenu
^ i56 •<
dicite ct vestro judicio corrigere festinaba.
Philosophus : De criminalibus in corpore
Testro nullum scimus, nec quid nobis et
Tobis venturum sit cognoscimus; sed hic
prope via trium dierum moratur quidam sa-
piens homo nomine Marianus , qui per Spi*
ritum Sanctum loquitur. Ad eum ergo de
Philosophis nostris aliquos legatte , ipse yobis
in tota vita vestra quid venturum sit per eos
declarabit. His ita peractis- septem Philoso-
phos ad eum misit , qui postquam ubi habi-
taverat intraTerunt, urbem desertam illius
maximam invenere partem ; sed illis quaeren-»
tibus hospitium Mariani , dictum fuit quod
ipse et multi de concivibus petissent here-
mum. Istis auditis perrexerunt ad eum. Quos
ut vidit sapiens, dixit : Yenite , venite legati
Regis inobedientis. Deus enim«in custodia
ei diversas nationes subdidit, quarum non
rectus gubernator sed immitis extitit. Deus
qui illum et illius subditos de eadem materia
creavit ejus immoderatam diu passus nequi-
tiam multimodis correctionitus ut converte-
ret ammonuit, sed tamdem ad malum eyas
in illius necem inmisericordes barbaras sus*
i57
par mon pechie; mais sHl a en moy aucune
chose a reprendre y dittes le moy^je Vamen"
deraytantost touta vostrejugement. Respondy
un Philosophe : Des pechiez qui sont en vostre
personne ne savons^nous nul y et ne savonspas
que avenu vous est; mais prez de ci^ a trois
journees y a un homme qui a nom Maximien ,
si parolle par le Saint Esperit, Envoiez a lul
aucun de voz Philosophes , il vousfera bien
savoirpar ceulx quelle chose il vous est avenu
toute vostre vie. Le Rojr envoia a liU sept
Philosophes. Quant il vint a lui , ilz trouve"
rent du lieu ou il avoit converse, une grande
partie de gastee, Ilz demanderent celluiy et
on leur dist qiiil et moult d*autres estoient a
Vermitage, Et quant ilz oyrent ce , ilz alerent
h lui. Quant le sage homme les vity il dist :
f^enez ca , messagez du Roy inobedient, Dieu
qui a donne a lui pluseurs generations dont
il n^est mie drois gouverneurs ^ ains a este trop
cruel; Dieu qui Jist lui et ses suhgetz d*une
meisme maruere , et qui longuement a souf-'
fert sa desmesuree felonnie^ Va admoneste en
moult demanieresde corrections^ ^ffi^^ quHlse
conveftist; maintenanten la fin lui a amene
> i58 •<
citavit gentes : et hoc dicto tacuit sapiens
homo. Quod audientes Philosophi miraban*
tur et qui aderant universi. Die vero tertia
Philosophis quaerentibus licitum repatriandi
reverendus ille philosophico spiritu dixit:
Revertimini quoniam mortuus est dominus
vester , et Deus jam novum regem ibi posuit
qui sit rectus gubernator et mitis gentibus
subditis. Auditis talibus Philosophi qui ve-
nerant, tribus cum prsedicto sapiente rema-
nentibus , quatuor repatriaverunt qui omnia
ut eis dictum fuerat vera et constituta inye-
nerunt.
Arabs dixit fiUo suo : Ne moreris in civi-
tate Regis dispensa cujus erit major quam
redditus.
FABULA XXIV.
Dictum namque est quod quidam Rexsuo*
rum communi assensu procerum cuidam
suo famiiiari quem antea cognoverat in secu«*
laribus esse prudentem totius regpi conuni-
» 1% •<
gens erueulx et estranges h sa mort pour S€S
maulx, Quant le sage eut ce dit, il se teut*
Les Philosophes ^ qui ce cffrent^ s^esmerveil-'
lerent , et tons ceulx qui lafurent. Au tiers
jour prindrent congie du sage homme pour
repairier ; et le sage leur dist de par le Sainct
Esperit : Repairerez , car vostre Seigneur est
mort y et Dieu y a ja mis en son lieu nouuet
Rojr qui sera droiturier gouvemeur et debon"
naire a ses subgetz, Quant les Philosophes
qui la estoienty oyrent ces choseSy les trois
demourerent avec le sage homme y etles quatre
repairierent en leurs contrees y et trom^erent que
c^estoit verite ce que le sage leur avoit dit.
L*Arahien dist : Ne demeure pas en la cite
du Roy qui de plus grans despens est que. sa
rente ne vault*
CONTE XXIV.
Car on dist qne un Rojr par commun as^
sentiment de ses barons, charga a un sien
famiUer quiproesse ilai^oitparai^antcongneue,
la baillie de tout son rpjraume ^ et qu^il recust
ii^ i6o ^
sit habenas, qui provinciae redditus suscipe-
ret et causas tractaret. Gujus firater, alterius
regni dives mercator, remotam incolebat ci-
vitatem , qui percepto de fratris sublimatione
parato comitatu prout decuit ut fratrem vise-
ret iter incepit, praemisso tandem nuncio
ne subitus aut improvisus Tcniret, qui de
adventu suo fratri referret. Givitati in qua
frater aderat appropinquavit. Audito fratris
adventu , frater occurrit et hylari vultu satis.
eum accurate suscepit. Transactis aliquot
diebus proviso tempore et loco Regis etiam
fratrem suum advenisse inter caetera quas
sciebat placere retulit. Cui Rex : Si frater
tuus tecum in meo regno remanere acquie-
verit, omniatecum illi etiam rerum mearum.
custodiam communem esse concedo ; quod
si laborem renuerit , in hac civitate largas ei
possessiones donabo et consuetudines et quae
deberet mihi facere condonabo. Si vero de-
mum tactus amore natalis soli repatriare vo-
luerit, plura vestimentorum mutatoria, et
quaecumque ei fuerint necessaria largire cum
habundantia. Auditis sermonibus Regis fra-^
terfratrem convenit, et quanta dominus pro*
^ i6i •<
les rentes de sa terre et traitast les causes. Le
frere de cestui demeuroit en une cite dun autre
royaume , et estoit si riche marchant que de
mert^ei/les. Quant il vit que son frere estoit
si esleveZj il ala vers lui a grande chei^au*
chie^ si comme chose convenable estoit, et en*
voia devajit un message , pour ce qu Hl ne voloit
mie venir desproweuement» Quant il oy dire
que son frere venoit^ il ala contre lui^ et le
receut liement eta bonne chiere. Apris quant
il vit temps et lieu de choses dire quipleussent
au Roy , il lui dist que son frere estoit venu.
Dist le Roy : Se tonfrere veuh demourer en
ma terre , je lui chargerai avec toi commu^
nalement mon royawne en garde ; et s Hl re-
fuse le traveil et la cure^ je lui donrai en
ceste cite grans possessions , etluilairay cous"
tumes et autres usages qui deveroient a moy
venir. Et quant il vouldra retoumer en son
pays , je lui donray assez vestures de pluiseurs
manieres , et toy donne lui largement quanques
mestier lui est. Quant cellui eut oyes les pa--
rolles du Roy , il vint a son frere , et lui ra^
conta toutes les parolles que le Roy lui ai^oit
promises, Dist lefrere : Se tu veulz que je
^ 162 «€|
uiiserat ordine retractavit. Cui firater : Si yis
ut tecum morer, ostende mihi quanti sunt
redditus Regis. Ipse vero omnes ostendit.
Deinde interrogavit quas expensas Rex face-
ret , quod ipse indicavit. Tunc ipse compu-
tavit cum fratre quia quantus erat redditus
tanta erat et cxpensa , et dixit fratri : Amice ,
>ideo tantam esse regis expensam quantus
est redditus , et si consurrexerit bellum Regi
vestro , vel aliquid tale , unde procurabitipse
milites suos , vel unde inveniet eis nummos ?
Frater : Aliquo consilio acquiremus. Cui fra-
ter : Timeo ne census meus sitpars hujus con-
silii , et ideo vale , quia nolo amplius morari.
Phiiosophus : Rex est similis igni , cui si
nimis admotus fueris, cremaberis; si ex toto
remotus , frigebis. Filins ad patrem : Si cre-
didero verbis Philosophi, numquam fami-
liaris ero Regi. Cui Pater ; Fili , placere Regi
summa prudentia est. FiUus : Pater , erudi
me quomodo , si oportuerit me Regi servire,
ut prudens et bene doctus valeam placere.
Pater : Ad hujusmodi instructionem multa
^sent necessaria quae modo ad memoriam
non revocamus, et fortasse si prflescriberentur
» i63 «
demeure avecques toy^ montre moy com grandes
sont les rentes du Roj", Cellui lui monstra.
Apres lui demanda com grans depsens ilfai*
soit, II lui dist : Amisy dist le frere^ je croy
et vojr que la despense du Roy est aussigrande
comme sa rente; se bataille ou telle chose sur^^
vient au Rojr^ de quoy pourverra^il ses cheva^
liers , ou de quoy tromera^il deniers P Cestui
dist : Par aucun conseil arons-nous deniers.
Respondj le frere : Je crains que mon avoir
nefust parti par telconseil^ et pour ce je te
commande a Dieu , car cjr ne veuil plus de^
m^ourer.
Le Philosophe dist : Le Roy est semblant au
feUy car se tu vas trop prez dufeu^ tu t^es*
chauderas. Lefilz distau Pere : Sejecroy le$
parolles au Philosophe^jene seray ja famil*
lier au Roy. Le Pere respondy : Fihy plaire
au Roj est le souverain sens. Dist lefilz : Perey
enseigne moy ^ sHl me convient sen^ir, com^^
mentje puisse plaire a luiy comme sage et bien
enseignie. Dist le Pere : A cefaire seroient
moult de choses nccessaires que je n ^ay pa^
en memoire; etpar ayenture seje le te disoie ,
» i64 «
tibi pusillo, in taedium verterentUTy sed de
multis pauca el quae si obsenrayeris erunt
utilia referemus. Ad quem filius : Et si erec-
tis auribus multa cupio promissa mihi au-
diendi avidus vehementer efflagito. Pater:
Qui vult Regi esse familiaris , debet videre
omni visu mentis quod cum yenerit ad Regem
stare diu possit, nec umquam sedeat donec
Rex prsecipiat , nec loquatur nisi cimi opus
fuerit, nec moretur cum Rege nisi Rexprae-
ceperit morari , et fideliter consilium taceat.
Semper sit intentus audire quod Rex dicety
ne oporteat Regem bis praeceptum repetere*
Quodcumque praecepit Rex faciat. Cayeat ne
mentiatur Regi et sic erit ei obediens; ne
unquam adsociet se homini quem Rex odio
habebit. Gum haec omnia et multa aha fece-
rit, forsitan de Rege non magnum habebit
pro6cuum. FiUus : Nihil pejus contingit ho-
mini quam diu Regi servire et nihil boni ac-
quirere. Pater : Hoc multis jam evenit; et
ideo praecepit Philosophus ne quispiam nimis
moretur in servitio Regis. Philosophus : Qui
servit regi sine fortunia , hoc saeculum perdit
et aUud. Filius : O Pater, quare obUtus es
» i65 «
// te tourneroit un pou a ennujr : un pou te
diray de moult de choses qu^il y convient^ et
si sont belles se tu ies retiens, Dist le filz : Se
je n*ajr pas mes oreilles adresckiez a moult de
choses ojTy non pourquant je suis convoitant
de le oyr. Si te ptie que tu medyes ce tant que
tu m^as pronds. Le pere dist : Qui veultestre
famillier a Roy^ il doit veir de Voeil du cuer
que quant il vient au Roy^ quHl y puist lon^
guement estre , et quHl ne se sieejusques a ce
que le Roy lui commande j etne parolle point
jusques adont que besoing soit^ et ne demeure
mie avec le Rojr, Tous. temps soit ententif a
oyrce que le Roy dira^ qu^ilne lui comiengne
deux fois dire son commandement , et face
quantque le Roy commande. Garde soy qu^il
ne mente^ ainsi sera-U a lui obeissant, et
ne tiengne jamais compaignie a homme qu^
le Roy haye, Quantil aura ce et mouk d^aiUres
choses y par aventure n& lui vendra mie moult
grans prouffiz du Roy. Dist le filz : Grant
ennui est a homme de servir a Roy duquel ne
m
vient aucun bien. Le pere {Ust : Cest avenu
souventesfoiz ; etpuis commanda le Philosophe
que on ne demourast trop longuement en ser^^
» i66 «
dicere quomodo debet homo comeder^ co-
ram Rege? Pater : Non oblitus fui dicere,
quia nulla est differentia comedere coram
Rege et alibi. Filius : Dic ergo quomodo ubi-
que debeam comedere. Pater : Cum ablueris
manus ut comedas, nihil tangas nisi pran«
dium donec comedas. Ne comedas panem
priusqnam Teniat aUud ferculum super men-
sam, ne dicaris impatiens; nec tantum bo«*
lum mittas in ore tuo ut micse defluant hinc
et inde, ne dicaris gluto. Ne glutias bolum
priusquam fiierit bene commasticatum in
tuo ore ne stranguleris ; nec pocula sumas
donec sit os racuum , ne dics^ris vinosus ; nec
loquaris dum aliquid in ore tenueris , ne ali-*
quid intret de gutture in intimam arteriam
ne sit tibi causa mortis. Si videris bolum qui
placeat tibi in parapside coram sodali^ non
sumas , ne dicatur tibi prava msticitas. Post
prandium manus ablue quia physicum est et
curabile; ob hoc enim multorum oculi de*
teriorantur quando post prandia manibus non
ablutis terguntur. Filius : Si quis invitaverit
me ad prandium, quomodo respondebo .^*
Concedam statim an non ? Pater : Fac sicut
^ 167
vice de Roy. Qui sert a RojTj et riens ne aC'^
quierty ilpert ce siecle et Vautre, Dist lefilz :
Perey pourquoy me avez^vous oublie a dire
comment on doit mengier devant le Koj? Car
iln^ya mie diversite de mengier devant le Roy
et ailleurs , dist le Pere. Dist lefilz : Pere ,
eiy moy doncques comment on doit mengier
par tout. Dist le Pere : Quant tu auras lave tes
mains pour mengier^ ne touche de tes mains
riens se a viande non , tant comme tu mengeras»
Ne mengue miepain devant que autre viande
soit mise sur la table , que on ne dye que tu
soyes impatient, Ne metz mie si grant morsel
en ta bouche que les mies rechieent hors , qus
tu ne soyes appellez glouton^ et si n*engloutis
pai U morsel devant ce que tu Vayes bien mas"
chie^ €tffin que tu n^estrangles. Neboypasjus^
ques a ce que ta bouche soit wide , que on ne te
appelle lecheur. Neparollemietant que tu auras
mengie ce qui est en ta bouche , que aucune chose
n^entre en tes arteres qui te soit cause de mort.
Se tu vois un bel morsel devant ton compai"
gnon^ ne le prens mie^ car ce seroit villonnie.
Apres mengier lave tes mains^ car c^est saine
chose : car de ce empirent lesyeuloc a moult de
^ i88 «
auctoritas Judaeorum pracipit '. Dicit enkn :
Si quis inyitaverit te ad prandiuniy videas
personam invitantb. Si enim magna persona
fiierit, statim concede; sin autem, Secundum
quod erit, secunda vel tertia vice. Hoc etiam
refertur de Abraham. Quadam enim die dum
coram sua staret janua , transeuntes sub hu-
mana specie vidit tresangelos quos ipse suam
domum intrare honesto vultu rogavit , pedes
lavare, cyborum refectionem sumere^ lassos
artus somno recreare. Ipsi vero, quoniam
magna persona erat, acquieverunt ejus peti-
tioni^. Juvenis adsenem:Cuminvitatus fuero
ad prandium, parum vel nimis comedam?
Cui senex : Nimis , quoniam si amicus tuus
fuerit qui te invitavit, gaudebit multum; si
autem inimicus, dolebit. Hoc audilo risit puer,
ad quem senex : Recordatus sum verbi quod
audivi de Maimundo nigro. Quidam enim se-
nex quaesivit ab eo quantum posset comedere.
Cui ipse : De cujus prandio , de meo vel sdte*
rius? At ille : De tuo. Maimundus : Quantum
magis possum. Senex : Tu modo recordaris
* Talmud.
^ Geiies« xvm. i.— 5.
» 169 «
gens\ quant on les torche a mains ordes et
sales, Dist lefils : Seaucun me semont de men'^^
gier avecques lui^ comment lui responderai^ge ?
Lui octroierai^ge tantost? Dist le Pere : Fay
ainsi comme Vauctorite des Juifz commande.
Elledit : Se aucun te semont de mengieravecques
lui, regarde la personne; se c^est grande per^
sonncj si lui octroie tantost; se ce non , selon ce
qu^elle sera a la seconde foiz ou a la tierce
priere. Et ce treuvc' Ven aussi d^Abraham : car
unjour tandis qu^il estoit a saporte , ilvit trois
Angeles trespasser enforme d^homme, II les
pria honnestement de demourer en sa maisonj
et leurfist leurs pies laver , et mengieret reposer.
llzfirent ce qu ^il leur pria , pour ce que c ^estoit
une grande personne. Dist lejovencel : Quant
je serajrsemons d^aucunepersonne aumengier ^
mengerai^ge oupou, ou trop? Dist le viellart:
Mengue asseZj car s'il est ton ami^ il en sera
moultjoyeux; etce c^est ton ennemi^ ilen sera
dotans, Quandlejoneoyce^ ilenrist. Dist le
viellart : II me souvient de un nommeMamonde
le noer^ car un viel homme lui demandacom-
bien il pourroit bien mengier. Ilrespondy: De
qui viandcy ou de la mienne, ou de l*autrui?
22
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>• 171 -cj
Cieuix dist : De la tienne. Dist Mamonde : Tant
queje n *en powroieplus. Respondy le viellart :
Tu recordes les parotks du glout , parescheux ,
sot, bourdeury eteomplus treus^e^Ven de lui^
plus treui^e^n h dire, Moult meplaist a oyr de
lui^ dist lejovencel^ car toutcequede luiesty
si estpour rire^ et se tu as de ses dis et de ses
fais aucune chose en memoire^ dy le moy en
Ueu dedon. Folentiers^ dist le viellart.
CONTE XXV.
Un seigneur d*ostel commanda une nuit a
son seff quHl closist Vuys, Le serf estoit pareS"
cheuxet nesepeut lever^ si dist que Vuys estoit
clos. Au matin dist le seigneur : Mamonde ,
Ueve susj emreVnys. Cieulx dist : Sire^je sa^
voie bieti que vous voliez quHlfust ouvertyCt
pour ce je Vai ouvert. Dont sceut bien le sei^
gneur quHl Vaifoit laissie oui^ert par paresse.
Puis lui dist : Lieve-tcy etfof ton euvre , car il
est jourSy et si est deja le soleil tout kault,
Dist Mamonde : Se le soleil est haulty donne'
moy a mengier. Dist le seigneur : Mauvais serf^
veus^tu mengier par nuitP Respondy le serf:
J
^ 173 ^
mitle me domire. Iterum Dominus in nocter
Bfaimunde, surge et videas utrum pluat nee
ne. Ipse vero advocavit canem qui jacebat
extrajanuam, etcumvenissetcanis, palpavit
pedes ejus, quibus inventis siccis, Domino
inquit : Domine , non pluit. Iterum Dominus
ad eum noctu an ignis esset in domo. Ipse
vero vocato murilego, temptavit si cal^dus
esset an non ; cum invenisset eum firigidum
ait : Non. Juvenis : Pigritiam audivi, modo
garrulitatem ejus audire cupio. Senex : Dic»
tum est quod Dominus suus veniebat de
foro laetus pro lucro , qnia multum lucratus
fuerat, et exivit servus Maimundus contra
Dominum suum , quem cum videret Domi*
nus , timuit ne aliquos rumores, ut mos suus
erat, diceret, et dixit : Cave ne dicas mihi
rumores malos. Servus : Canis nostra parva
pipella mortua est. Cui Dominus : Quomodo
mortua est? Servus : Mulus noster exterritus
fuit et rupit chamum suum , et dum fugerety
sub pedibus suis canem suffocavit. Dominus :
Quid actumestdemuloPServus : In puteungi
cecidit et mortuus est. Quomodo exterritus
fuit mulus ? Servus : Filius vester de solario
» 173 «^
SHl est iuncoires nuit, pourquoy ne me laisses^
tu doncques domurp Dist le seigneur : Ma^
mondej Ueve^ojr et regarde s^ilpleut ou non^
Le serf appella le ctUen qui gisoit hors de la
maisony et lui tasta les pies} et quant U les
trouva secs , il dist quHl ne plouvoitpoint. Ain^
coires iui demanda le seigneur par nuit s^il
avoitpointdefenen lamaison. Leserfappella
le chatj si tasta s Hl estoit chaultou non ; quant
il le sentifroity il dist qu^il n^y avoitpoint de
feu* Lejone Komme dist tJ^c^ oyde cellepa^
resscj mms aincoires convoite^je a oyr de ses
hourdes^ Dist le viellart : On dist que son sei^
gneur venoit du marchie jojeusement pour ce
qu^il avoit gaignie; Mamonde son serf jrssi
horSf et ala encontre lui. Quant le seigneurh
Tfitj ilcraindy quHl ne lui apporta^t mauvaises
nouvelles, si lui demanda, quelles nous^elles ?
Sire^ dist le serfy petite nostre chiennette est
morten Comment morut^elle, dist le sire? ReS'»
pondi le serf : Nostre muletfu espoentez, si
rompjr son lojrcol , et ainsi qu *ilfuioit , ilpassa ^
dessus la chiennette et la tua^ Et que a^onfait
du mulet, dist le sire? Respondjr le serf : II
chey ou p^is , si est mors : car vostrejilz chejf
» 174 «
eecidit ita quod moituus est, et inde exter-
ritus fuit mulus. Dominuft : Quid agit geni*
trix ejus? Servus : Pr» nimio dolore nati
mortua est. Dominus : Quis custodit domum P
Servus : NuUus, quoniam in cinerem versa
e&t et quicquid in ea erat Dominus : Quo*
modo combusta fuit? Senrus : Eadem nocte
qua domina mortua fuit, pedissequa quse ^igi-
labat pro domina, oblita fuit candelam in
thalamo et ita combusta fiiit domus tota. Do«
minus : Pedissequa ubi est? Servus : Ipsa
Yolebat ignem extinguere et cecidit super
caput et mortua est. Dominus : Tu quomodo
evasisti cum tam piger sis? Servus : Gum vi*
derem pedissequam defunctam effugi. Tunc
Dominus valde contristatus ad vicinos suos
venit orans eos ut reciperetur in alicujus
domo et hospitaretur. Interea obviavit cui«
dam amico suo qui cum videret eum tristem
interrogavit quare ita tristaretur. Ipse vero
retulit omnia quse dixerat sibi servus. Ami-
cus autem desolato retulit versus amico ut
consolaretur eum, dicens : Amice, noli de«
solari quia multociens contingunt homini tam
graves adversitatum inundationes 9 quod de^-
^ 1^5 '^
€lu sotier^ $i rompi le eol^ dont le mulet s^es*
poenta. Le se^neur demanda : Que fait sa
mere? Respondjr le sarf : Elh est mortepourle
dneil de sonjilz. Dist le sire : Qui garde la
maison? Respondfie serf : Nuiluiy carelleest
arse et qumnques U OA^oitdedens, Le seigneur
demandoi : Comment aT<fy-eUe? Respondyle
serf: CeUe mesme nmit que ma damefutmorte^
la meschine qui ^eilioit pour ma dame, ou^
Uia la cbandeiile en /a chambrej et ainsi ardy
toute ia maison, Ok est lam^eschine^ demanda
le siref Respondjr ie serf: Elle i>oult estaindre
lefm , si chiy ens^ etest arse. Dist le seigneur :
Commeni eifchappas^tUy quies siparescheux?
Respondf ie serf: Quant je wy iu meschine
morte^jem^enfouy^ Adont i}int iesire dolans
a la maison de son wisin, etleurpria qu*itz
le reeeussent en une de ieurs maisons et le her-
bergassent. Temdixs il ala a un sien ami^ et
quatU U le *vit si triste , il iui demanda quHl
aooit, Etil hUdist tout ee que son serflni as^oit
dit. Le and lui eommenoa a dire vers pour le
recoT^orter^ et dist : dmisj ne te descorforte
pevs f <earmiOultsowentaiHent n Vonvne si grans
adiwsitez^ qu^U desire a lafoiz temUner sa
> 176 -^
sideret eas etiam inhonesta morte finire , et
statim eveniunt ei tanta commoda quod pror-
SU8 dulce sit ei praeteiitanun reminisci adver*
sitatum; sed haec humanarum rerum tam
immensa fluctuatio variante meritorum or-
dine summi rectoris distinguiuir arbitrio.
Haec et prophetae Job corroborantur exemplo,
cujus animum non pessum dedit amissio re»
rum'. Numquid etiam audisti quod dixit Phi-
losophus: Quis potest in hoc saeculo, cum
mutabile sit , aliquid stabile habere ? Arabi-
cus filio suo : Fill , cum forte contigerit tibi
aliquid adversiy noli nimis desolari nec nimis
inde tristari, quoniam hoc est genus Deum
negandi. Deum debes semper laudare tam
de adversitate quam de prosperitate. Multa
enim mala contingunt hominibus quae eve-
niunt eis ut majora mala effiigiant, et multa^
contingunt quae in bono finiuntur, et ideo
debes laudare Deum in omnibus et in eo
confidere sicut dixit versificator : cum fueris
in tristitia nihil inde soUicitus eris, sed ho-
ram in dispositione permitte et renuncia
semper bonum futurum, et ita eris oblitus
' lob. I. M. .»nSNS nbsn ^ru vhi avK Kian vh tw Sds
» 177 "^
vie par mort deshormesU^ et tarUost apres lui
vient si grant eur et si grahs richesseSy qu^il
lui plaist moult a recorder les adversitez qui
trespassees sont; mais instabilites des choses
humaines viennent a lafdiz sans deserte selan
la volentedenostre Seigneurquitout gouverrie,
Lesprophetes confortoient Job par cest estemple
qu*il ne se tourmentast pas poitr at^oir quHl
perdisti Etne as^tu oy que le Philosophd dit:
Quipuet avoir en ce siecle aucune chose que
cestmiracle? UArabienditasonJilz : Se aU"
cuneadversitet^avient^ ne te dueilmie^ nedeS"
conforte trop^ carc^est une maniere de Dieu
renoier. Tu dois tous temps Dieu loer aussi
bien des adversitez comme des prosperitez :car
moult de maulx aviennent a gens pourplus
graris maulx eschever^ et moult de choses leur
avienrkent qui en bienjinent^ etpour ce tu dois
Dieu loer en toutes choses, ettoyfier en luiy si
comrrhedistle versifieur : Quanttu seras en ad-
versite, ne soyes soliciteuxy mais mets tojr en la
disposition de Dieu et te souviengne tous temps
du bien qui esta.aveniry ainsi ouilieras^tu les
maulzy car moultde maulz aviennent quifi^
nent en bien. Un Philosophe dit : Les biens de
23
» 178 «
malorum, quia multa mala eyeniunt quae in
bono finiuntur. Philosophus : Hujus saeculi
bona commixta sunt : non enim comedes
mel sine veneno. Alius : Quascumque in sae-
culo sunt , commutabilia sunt j et quae ex eis
tibi sunt bona ventura , licet sis debilis , ta-
men habebis et mala viribus devitare non po-
teris. Alius : Quod pigro assequi desiderata
donat , idem consequi cupita velociter negat.
Alius : Se per venustatem saeculum dedecorat
et per optantem se terra deglutit et vorat.
Alius : Quasi in ictu oculi finit gloria mundi , et
cura fragilis maneat non exoptantem se videt.
FABULA XXVI.
Proverbialiter dicuntSocratem secubres
tumultus devitantem et agrestem vitam cu-
pientem nemus incoluisse et tugurii loco di-
midium inhabitasse dolium , cujus fundum
vento opponebat et imbri , et quod erat aper-
tum jocundo soli y quem venatores Regis in-
ventum dum intuerentur et illuderent pedi-
culos suffocantem coeperunt avertere solis
radiorum amenitatem. Quibus ille placido
» 179 «
ce siecie sont meslezy car tu ne mengeras pas
miel sans venin. Un autre dist: Celluiquifait
au parescheux attaindre son desirier^ cellui
mesmes ne sueffre mie a lafoiz au legier at"
taindre ce quHl conifoite. IM autre dist : La
gloire de ce siecle trespasse aussitostcomme ceil
elot et euvre*
CONTE XXVI.
On dist en unproverbe que Socrates * pour
esches^er les tenebresy habita es boscages en
la moitied^un chemin en un tonnel ^ si tourna
souvent lefons au vent et contre la pluie, et
Vai^tre lez devers le soleiL Les sergens du Rojr
le trouverenttandiz quHl s^espluchoit au soleiL
II leur dist debonnairement : Ne me tollez mie
■ L*aateiir latm attribae ici a Socrate ce qac riiistoire noas
dit ^tre arriye.k Diog^e ! (M*a pas ^te mis en vers.)
> i8o «
vultu : Quod mibi non datis, auferre non
praesumatb. Talibus irati delare quo degebat
expellere voluerunt etinde yia abducere, ne
pratereuntis oculi domini tam vilis persona
offenderet, quo4 non valentes minati sunt
ei dicentes : Vide ne quid mali ex protervi-
tatis studio tibi contingat, quia Rex et domi-
nus noster cum familiaribus suis et primatibus
est hac parte transiturus. Illos autem in se
latrantes Philosophus intuens, non est, in-
quit, vester dominus dominus meus, sed
potius est mei servi servus. Quod audientes
et novercali vultu eum respicientes , quidam
detruncare proposuerunt. Minus improbi
donec Regis sententiam audirent, placere
decreverunt. Dum vero in hunc modum de-
tricarent, Rex adveniens et quae causa litigii
foretperquirens, quae gesta fuerant vel dicta
famulis referentibus cognovit. Volens itaque
Rex an ficta fuissent cognoscere , ad Philoso-
phum properavitinquirens quid de sediceret.
Sicui prius famulis, ita eum sibi sui servi
servum esse asseruit, quorum sententiam
verborum Rex benigno affatu diligenter eno-
clari sibi postulavit. Ad quem Philosophus ,
» i8i «
ceque nem^povez donner, Les sergens se cour"
roucherent et le vouMrent bouter hors de son
hostelj et menerhors de la voie ; pour ce quHl
ne depleust au Rojr qui la devoit passer, a
veir sivilepersonne. Ilz ne peurent y sileconi'
mencerent a menachier et dire : Garde queja"
mais ne t^aviengnepourle desirer de ton estude ,
carnostre sire le Rojr^ ses princes etsa maisnie
passeront tantost par cy* Le Philosophe les
qjfarU en telle maniere parler^ dist : Fostre sei-
gneur n^estpoint seigneur, ains est serfde mon
serf. Quant ceulx oyrentce, ilz le regarderent
cruelment; Vun lui voloit copper la teste^
les autres dirent qu*on attendist le comman~
dement du Roy. Tandiz quHlz estrivoient en
tele numiere, le Rojr vint, et demanda pour
quele cause ilz estrivoient contre cestui homme,
Le$ sergens luidirent ce quefaict et ditestoit.
Quant le Rojr entendyce, ilvoult savoirse le
Philosophe disoit veritCy si vint a lui^ et lui
demanda quelle chose il disoit de lui. Le Phi"
iosophe lui dist pareilles paroles quHl avoit
dittes a ses sergensy c*est assavoir quHl estoit
$»> l82 <
serrata Tultus dignitate, leniter inquit : Vo-
luntas quidem subjecta est et servit mihi ,
non ego sibi. Tu e converso subjectus es vo-
luntati et sibi servis^ non ipsa tibi, itaque
seryus es ejus qui mihi servit. Tunc Rex, de-
fixo paululum visu, sic incepit : Ut patet in
verbis nihilum esse potentiam confiteris. Cui
Philosophus in angustam suae mentis sedem
receptus ait : Scis ipse nimium tibi ambitio-
nem mortalium rerum dominatam fuisse et
materiam rebus gerendis te optavisse quod
ne virtus tua, ut ipse fateris, consuesceret
tacita, sed ob cupidinem gloriae, sicut rei
sinceritas est, fecisti adipiscendae , quse quam
sit exiUs et totius vacua ponderis sit consi-
dera. Tuae praeterita gloriae potentia ut pote
quae jam nulla est, metuenda non est, sed
neque futura , cujus eventus dubitabilis est
et incertus. De praesenti constat quia ita
parva est, ita momentanea et quae in ictu
oculi adnuUanda : ob hoc enim nuUa sui parte
estformidanda. Perceptis denique Philosophi
verbis , Rex ait compUcibus suis : Servus Dei
est, videte ne qujd molestum ei faciatis aut
inhonestum.
» i83 <
^erf de son serf. Le Roy lui pria honnement
quHl lui exposast la sentence de ses parolles.
Le Philosophe dist : Ma volente est subgette a
mojry non pas moy a elle; mais tu es subject
a ta Dolenteet serfa eUe^ nonpas elle a toy ^
et ainsi es serfde cequi sert a moy. Le Roy
le regarda et dist : II appert par tes parolles
que tu diz^ que la puissance de ce siecleest
nulle* Le Philosophe regarda estroitement en
sapensee^ si dist : Tu scez que la convoitise
des choses deee siecle t^a mis en subjectiony
mais par aventure tu Vasfaispour la convoi^
tise de vainegloire. Or pense et regarde que
pou de vaine gloire qui est trespassee , est nulle^
et doncques nefait-ellepoint a cremir : car ce
n*est pas chose dont tu soyes certain, Et ce
que maintenant est apperte chose^ est en pou
d*heure trespassee et va a neant aussi tost que
on clotun osil^ pource nefait^elle point a crc"
mir en nuUe partie. Quant le Roy eut oye la
parolle du Philosophe , il dist a ses sergens ,
cestuihomme estserfdeDieUjgardez que vous
ne luifachiez nuMe mx>leste ne chose deshon--
fieste.
» i84 ^
Discipulus magistro : Cumceleria ista sunt
exilia, cur praeparamus tanta quasi dura-
bilia? Magister : Quoniam yitsd terminus
est incertus. Philosophus : Operare pro fii-
turo saeculo quasi nunc sis moriturus, et
pro praesenti sicut semper yicturus ; melius
enim est quod post tuam mortem a te quae-
sita habeant inimici , quam in yita egeas
quod tibi subyeniant inimici. Ob haec ita-
que cum honestate tibi omnia provide ,
quia brevis est cursus yitse. Alius : Saecu-
lum est quasi fons instabilis cujus introi-
tus est matris uterus , et ejusdem mors
erit exitus. Versificator :
Mors est poHa patens terrenis perria cunctis ,
Sed queero post hanc quas sit habenda domus,
Est domus delitiarum Deo famulantium est
et diversa pcenas promerentium. Arabs ad
patrem : Fater , quomodo domum delitia-
rujyi et gloriam ejus lucrari potero? Pater:
Quicquid melius et pretiosius habes repone
in ea custodiendum et invenies , cum illuc
veneris, tibi paratum. Filius : Quomodo
possum in eam domum pecuniam praemit-
tere cujus ostium non novi adire ? Pater :
» i85
Dist le desciple a son maistre : Pmsque ces
choses sont si tost trespassees et allees a neant,
pourquqy les gardons^noits et assemblons ainsi
comme se elles deussent tousjours durerp Le
maistre respondy : Pource que nous ne sommes
pas certain de la fin de nostre vie, Un autre
Philosophe dit : Fay pour Vautre siecle aihsi
comme se tu deusses maintenant morir ,* etpour
ce siecle aussifay comme se tu deusses toujours
dwrer^ et tous temps vivre : car mieulx vault
que apres ta mx>rt tes amis ayentce que tu as
acquiSj que tu ayes mestier de leur ayde en ta
vie^ etpowrce tepowvoyhonnestementde tout
ce quHt te fauU : car le cours de ceste vie est
mouk brief, Un <iutre dist : Cestui siecle est
aussi comme unefontaine muahle de laquelle
VerUree est le ventre de la mere , et Vissue est la
mort, Un versifieur dist : La mort est une porte
ouvertepar laquelle toutes choses terriennes pas-
sent^ maisje demande quelle muison on ara
apres ceste de delices y mais ceulx qui dessen^ent
paine, auront maison ditferse, UAraJbien dc"
manda-asonpere : Pere^ dist^ily commentpor-
rai-je gaignier la maison de delices et la gloire
qui dedens est? Dist lepere : Met en ellegarder
24
^ i86 «
Audi quod fecit filius consiliarii Regis post
obitum patris. Filius : Pater, fare, nec sub-
terfugiam monitis obedire. Pater.
FABULA XXVII.
Rex quidam habuit sapientem consiliarium
et familiarem qui tandem naturae legibus fa-
vens parvum reliquit haeredem bene disci-
plinatum et curialem , cui totam , quae magna
erat, possessionem et divitiarum acervos
subscripsit et morti cessit. Quo facto Rex ad
se puerum vocavit, et de patris occasu ne
plus justo doleretammonuit, etquaecumque
pater illi regenda dederat testimonio firmavit
et insuper quod aetate ejus exigente in patrb
locum eum susciperet illi promisit. Inde
vale dicto laetus juvenis ad propria remeavit,
quem Rex obUvioni tradidit, nec ipse ad re-
le meilleur et le plus precleux que tu as de tout
ionas^oir^ si le tromeras appareillie quant tu
venras illecques. Respontfy le filz : Conunent
puis-jemettre en la maison mon as^oirde laquelle
je ne seaytromer les huis? Dist lepere : Et ne
scez^lu quejist lefilz du conseillier duRoy apres
la mortde son pere? Respondy lejilz : Pere^je
teprie , dis le moy^pour ce queje ne reffuse obeir
a tes commandemens. Dist le pere,
CONTE XXVII'.
Un Royfut jadis qui avoit un conseillier
sageylequelestoitmoultJamiUer a lui, Cestui
conseillier quifais estoit de nature^ morut^ et
avoit un petitfilz de luiquifut son hoir liheral
et bien enseignie, II lui laissa grant avoir et
grans richesses^ lesquelles il avoit assemhlees^
Le Roj apres la mort dupere , appella Venfant
et lui admonnesta quHlnefeist miedueiloultre.
raison pour la mort de son pere^ et luipromist
que quantilauroit eage^ ille tendroiten lieu
desonpere, L ^enfantpristcongieetrevintjoyeu'
sement au sien, Le Roy le mist en oubliy mdis
' ITa pas ete mis en vers.
» i88 «
gem remeare properavit. Longo temporis in->
tcrTallo in eadem regione in qua puer erat
coeperunt egere adeo quod cjborum inedia
periditarentur fame. Quod videns puer bonse
indolis animo condoluit, condolens horrea
deplevit et pauperibus distribuit, et de penu
vinum extraxit et cames quas egentibus ero-
gavit. Crescente penuria, decrescens pecunia
indigentibus non sufFecit. Postea dato pro
annona thesauro vitam fame vel siti laboran-
tium quousque potuit sustinere non distulit
nec sufFecit. Hic idem de vestibus et pre-
tiosis lapidibus egit, et sic transiit circulus
anni in quo non paucos jam mortis nexibus
irretitos liberavit. Erat autem in eadem re-
gione quidam Regis pr»scripti notarius qui
livoris macula tactus puero invidebat, et
graves inimicitias latenterexercebat, etRe*
gem erga puerum in iram exasperabat his
verbis : Domine , lenitas vestrae moralitatis in
vestri filium consUiarii cui pater infinitam
reUquit pecuniam , ne dicam stulte, nimium
moUis fiiit, modo namque nec vos nec ille
pecuniam habetis quam inconsultus super-
flue dilapidavit. Rex vero tahbus in iram
* 189
U ne laissa mie de revenir au Roj, Long^tems
apres en celle region oii Venfant estoit demow-
rantyfusigrandefamine que les gens moroient
de disette. Lefilz qui de bonne lignie estoit^
quant il vit ce , il enfut mouU dolans , et wida
ses grainges et departi son avoir auoc povres ;
sitraist ses vins de ses celiers et ses charsy si en
donna^ tant comme il durerent^ aux besoin-'
gneux. Lafamine et la disette croissoit chascun
jouren la contrecy et lapeccune descroissoit au
jovencely parquoy il ne peut plus souffire aux
besoingneux, Apres il donna son tresor pour
grain, et secourut les povres tant quHl peuty
mais il ne peut mie souffire a touSy et pareiU
lementfstHl de ses draps etde sesjoyaux^ ei
ainsitrespasserent les anset secourut moult de
gens quifussent mors defaim. En sa region
avoitun notaire amidu Rqy^ quifut ennemy
dessus Venfanty et disoittelles parolles au Rojr:
Sircj trop aves estesoefet mol envers Venfant
de vostre conseillier auquel son pere laissa si
grant aifoir^ que vous^ ne lui ne Vavezy ains
Va despendufolement, Le Roy fut courrou^
chiez^ sienvoiapour Venfant^ et lui dist : Fol
filz de sage hommcy sans vigueur etprodiguCf
» 190 «
coniiuotus pro puero legavit cui talia diiit :
lusipiens fili sapientis, iners artificiosi pro-
tlige largi , ut quid divitlas sapienter congre-
gatas et tibi ad servandum commissas de-
disti pemiciei? Ad haec puer visu in terram
defixo, principis enim vidtuositatem utpote
torvis inflammatam luminibus verebatur :
Doniine, si pace vestra licet dicere non ut
quibusdam videtur stultus patre sapiente vo-
bis sum relictus , pater etenim meus thesau-
rum congregavit, congregatum unde fures
rapere possint collocavit et mihi cui possetis
auferre vel ignis comburere, sive aliquis
casus eripere reUquit. Ego vero eumdem ibi
collocavi ubi fideliter sibi servabitur et mihi.
Rex autem quid inde fecisset rogavit. Puer
vero qiud et quahter fecerat retaxavit. Com-
perta denique peritia juvenis remuneratuni
prius eum circunstantibus laudavit, patris
servitium recompensavit. Qui ex inde lu-
crando novas et majores prioribus divitias
acquisivit. Hoc modo quod pretiosus habuit
fiUus consiUarii Regis , in domo deUtiarum
thesaurisavit. Auditis sermonibus patris fi-
Uus inquit : Juvenis iste sapienter egit et
^ 191 <
pourquoy as^tu despendufolement les richesses
qui furent sagement assemhleesy lesquelles te
furent chargiez a garder? Uenfant qui avoit
en reverence le visage ouquel il s ^estoit emhrar
chiez , tourna sesyeux vers terre et dist : Sire^
sauf Dostre reverence^ moy hoir de mon pere
lequel me laissa en vostre garde^ h*ay pasy
si comme aucuns dient^ ouvre commefol : car
verite est que mon pere assembla tresor^ et le
mist la oii larrons le peussent avoir emble^ et
aussi a moi le laissa a qui vous Veussiez pu
tollir^ oufeu ardoir^ ouje Veusse peu perdre
par aucune mescheance; maisje Vay mis oii il
sera loyaument garde a moy et a lui. Le Roy
luidemanda quHl en avoitfait. Uerfant lui
raconta tout ainsi comme il Va^foit departiaux
povres et besoingneux. Quant le Roi eut en^
tendu et esprouvele sens de Venfant^ lequelfut
moult hezpour son sens^ il lui guerdonna le
service dupere. Cellui enfant commenca de son
avoir a gaignier^ et acquist plus grant avoir
qu*il n^avoit paravant eu. Ainsi demoura le
filz du conseil du Roy, si enfut pbisprecieux
a avoir la maison de delices, Quant lefilz eut
oyes les parolles de son pere^ il dist : Cestui
magn» ftpeciem bonitatis in se fatiiruTO in-
<licaYit, et fecit sicut Philosophus filio pra-
cepit dicens : Fili, vende hoc saeculum pro
futuro et utrumque lucraberis, quod ita con-
tingit. Alius filium corrigens dixit : Fili,
pro fiituro saeculo operare antequam mors
te segreget ab opere corporali. Alius : Yide
ne dicipiant te saeculares delitiae, et irretitus
fallaciis saecularibus mortis Yenturao obliyisca^
ris, ne tibi contingat sicut latroni domum
divitis ineunti. Cui filius : Ede,pater/quid
accidit. Pater.
FABULA XXVIII.
Domum divitis fur intravit, et diversis
eain gaus plenam invenit. Hinc stupefactus
de diversis diversa, de pretiosis pretiosiora
eligere studendo curavit, et quia vilia relin-
quens in eligendo tempus <;onsumpsit donec
diesveniens quidfacerevelletdetexit. Exper-
recti de improviso vigiles domus in digendo
furem repperiunt, capiunt, indc loris et fus-
tibus caesum in yma carceris detrudunt. Ad
^ 193 •<
joifenceljlst sagement et monstragrantmaniere
de bonte qui as^enir estoit en luiy etfist ainsi
comme le Philosophe commxinda a sonfilz :
Fihy ditMj vendce sieclepour Vautre ^ sigain^
gneras Vun et Vautre comme il avint. Un autre
doctrinoitetenseignoitsonfilz etluidisoit: Lor
beurepour labour en ce siecle ains que la mort
te oste Veuure du corps. Un autre dist: Garde
que les richesses de ce siecle ne te decoivent^ que
tu ne soyes enlachiez desfaussetez du siecle^ ei
oublie la mort qui vint au larron qui entra en
la maison du riche, Respondi le fils : Pere^
comment luien avint4l? Lepere dist,
CONTE XXVIII.
Un larron entra en la maison d^un riche
homme^ et la trouva plaine de grans richesses.
II s^esmerveilla et commenca a eslire lesplus
precieuses choses et les meilleurs coffres , et en
eslisant il oublia le iemps qui passoit jusques
adont que lejour vint. Quant ceulx de Vostel
s^esveillerentj il trouverent le larron eslisant
qui point ne s^en gaittoiU llz le bastirent
de coroyes et de bastons , si le jetterent en
25
» 1^4 «
uldmiuii data siciit jam de confesso senten-
tia amaras audiens hystorias capitalem sen-
tentiam subiit, qui si tam prope diem yen-
turum prsecogitasset, ne loris et fiistibns
csederetur, yel quod gravius extitit, ne ca-
pite privaretur pra&cavisset.
Alius Philosophus dixit : Hujus sseculi di-
yitiae sunt transitorise sicut hominis somnia
dormientis , qui eyigilans quaecumque habue-
rat in aperiendo oculos irrecuperabiliter per-
dit sicut Yulgo dicitur.
FABULA XXIX.
Opilio quidam in somnis mille oycs habuit ,
quas magno quidam cupiens emere ut carius
yenderet, sicut somnianti visum fiuerat, pro
unaquaque duos solidos dare Yolebat. Sed
quivendebat cum duobus solidis denarium
de unaquaque plus poscebat. lUis de pretio
contendentibus , hocmodo somnus evanuit;
sed yenditor , dum esse somnium comperit,
non apertis oculis clamare caepit : Pro una-
quaque mihi viginti quinque denarios tribue,
et quotquot sunt tecum abduc.
une charrette. Sentence Jiu donnee sur lui ,
et quant il oy quHl fut jugiez a copper la
testCy il dist : Se feusse pense au jour qui
prez estoity je n^eusse pas este batus de co^
rojres ne de bastonsy et n^eussepas perdue la
teste,
Un cuUre PhUosophe dit : Les delices de
ce monde trespassent aussi comme les songes
d^un homme qui dort : car quant il s^esveille
et eui^re les yeux ilpert sans recouvrer quan^
ques il avoit songie,
CONTE XXIX'.
Aussicomme on dist d \in bregier qui avoitmil
brebisen songe. Illes vouloit vendrea un hommej
et luisembloitque cestui homme lui vouloitdon"
ner pour chascune brebis deux sols, et il en de^
mwidoit deux deniers plus pour chascune. Si
quHlz estrivoient ainsiy le songe s^esvanouy,
Quant le vendeurpercheutquec^estoit songe^ il
tinst les-yeux clos , et commenca a crier : Donne
pour chascune brebis vingt cinq deniers et les
emmaine toutes.
> Le poete fran^ais a abandonne ranteur latin depois ce conte
jas^*a la fin.
» 196 •*
Hiinc vero in modum transeuntia mundi
gaudia sectantes et diTersis ut .retineant in-
biantes de improviso veniens dies et finis
vit» intercipit, et quaeque cupita velint no-
lint adimit. Item filius : Mortis nexus aliquo
modo fugere poterimus? Pater : Minime,
quoniam illius est incurabilis morsus, nec
medicis artibus ejus amaras fugiemus manus.
Filius : Quomodo ergo, ne nimis laedat,
sustinebimus ? Pater : Fac sicut dicit versi-
ficator:
Quod ifitare nequis constanti suseipe menie ;
Sie qute dura fuit mors tihi mitis erit,
FABULA XXX.
Dictum est de quodam Philosopbo quod
per antiquum transiens cimiterium laminam
vidit marmoream cujusdam mortui cineribus
superpositam , sed in ea versus inscripti
verba sepulti praetereuntibus loquentis expri-
mebant hoc modo :
Tuprope qui transis , nec dicis aveto y resiste ;
Auribus in cordis hasc mea 'verba tene.
Siim quod cris, qtiod es ipsefui, derisor amarce
Mortis dum licuitypacejuvante/rui;
» 197 «
En telle maniere vierU lejowr de ceulx qui
ensms^ent lesfausses joyes de cest monde^ et
cestuijour leur tolt^ veullent ou non j quan"
ques ilz ont convoitiL Dist lefilz : Porrions
nous en aucune maniere eschever la mort? Res^
pondy le pere : Nennily car cestui morsel ne
puet estre escheife nepar art^ nepar medecine
ne povons eschapper de ses ameres mains, Dc"
manda lefih : Comment le porrons^nous at"
tremper sans grant doleur? Respondy lepere :
* »
Fay ce que le versiffieur dist ^ rechoy deferme
corage ce que tu ne pues eschever^ ainsi te sera
la mort douce qui tant est amere.
CONTE XXX.
On dist d*un Philosophe qui trespassoit
parmi une cymentiere^ et vit un marbre dessus
un mort , ouquel avoit escrips vers qui conte^
noient telles parolles : Tu qui cf passes , me
dois saluer etarrester, et dire telles parolles ;
retiens en ton cuermes parolles quisont telles :
Je suis ce que tu seraSy etfus ce que tu es^
quantje ne doubtai la mort amere; maispre^
miers que la mort vintqui me ravy m^s amisj
*. 19»^
Sed veniente nece postquam tum rapiut amicu
Atque meisfamulis orha parente domut
Me contexit humo deploravitque jacentem'
Inque meos cineres ultima dona dedit,
Inde mei ifuhus corrodit terra nitorem ,
Quteque fidt fomuB giona magna cadit,
Meque fuisse wrum nequeas agnoseere, sijam
Ad ifisum fitero forte retectus humo.
Ergo Deum pro me cum pura mente precare ,
Quatitwis eetema det mihi pace frui ^
Et quieumque rogatpro me comportetjrd unum
Ut mecum maneat in regione poU,
Kelectis iterum et iterum versibus istis, sae-
cularibus postpositis, factus est heremita
Philosophus.
Iterum de Alexandro dictum est quod se-
pultura ejus foret aurea et in pervio omnibus
atrio posita ad quem plurimi convenerunt
Philosophi de quibus unus ait : Alexander
de auro fecit thesaurum, nunc e converso
aurum de eo facit thesaurum. Alius : Heri
totus ei non sufGciebat mundus , hodie
quatuor solae sufficiunt ei ulnae; heri po-
pulo imperavit, hodie populus imperat illi.
Alius : Heri multos populos potuit a morte
Uberare, hodie nec ejus jacula potuit devi-
» 199 *
mes sergens, mes parens et Ceul^ de ma mais^
nie me couvrirent de terre et plourerent pour
mqy qui cygis. Ordegaste la beaute et la cou-'
lour de mon viaire , et la grande gloire de
ma heaiUe est cheute. Seyestoie descouvers de
terre et tu me veissesypar aventure tu nepour"
roies croire que j^eusse este, Or te prie dont
que tu pries a Dieu pour moj et de hon cuer
qu^il me doinst reposer en la vie pardurahle y
et quiconques prie pour moy^ le receveur des
cieux lui soit appareilliez avec moy, Quant il
eut leut et releut ces vers , il laissa le siecle et
devint hermite.
Aussi dist^on d*Alexandre legrant que son
sepulchrefut d^or et estoit en un lieu ou toutes
genspovoient aler<^ siy vindrent moultde Phi"
losophes desquelz Vun dist : Alexandre fist
d^or tresor j et orjait maintenant tresorde lui^
Uautre dist : Ne soiiffisoit pas a Alexandre
tout le monde, et maintenant lui souffisoit
quatre asielles. Un autre dist : Alexandre eut
hier seignourie sur le peuphy or a le peuple
sur lui seignourie. Un autre dist : Hierpovoit
Alexandre delivrer moult de gens de mort , et
> aoo ^
tare. Alius : Heri ducebat exercitus. hodie
ducitur ab illis et datur sepulturae. Alius :
Heri terram premebat, hodie eadem pre-
mitur ipse. AUus : Heri eum gentes time-
bant, hodie eum vilem deputant. Alius :
Heri habuit amicos et inimicos , hodie ha-
bet omnes sequales. Sed de viginti-duobus
Philosophis circumstantibus quid quisque
de potentissimo Rege dixerit memoriae lon-
gum est reducere.
Iterum heremita Philosophiis hoc modo
suam correxit animam : Anima mea, scias
et cognoscas , dum potentia est in manu tua
quid operaris antequam de tuo movearis loco
ad domum in qua manet justitia et ad por-
tam judicii ubi leges in rotulo quicquid tua
manus egit in hoc sseculo , ubi angeU a dex-
tris et a sinistris discooperient et renuntia-
bunt consilium et quicquid fuerit a te exco-
gitatum. Ante Deum veniet tuum judicium
una lance quicquid boni et aUa quicquid maU
egeris uno et eodem declarabitur examine.
Omnes tui fratres etamici non inyenient tuam
redemptionem et te deserunt ac dimittunt :
^ 20I •<
U maintenant ne se puet garder d^elle. Un
aiUre dist : jilexandre menak fder Vosty €t
maintenant Vost le maine au sepidchre. Vn
auire dist : Hier estoit Alexandre sur terre^
or est la terre maintenant sur lui, Un autredisi:
Les gens cremoient hier Alexandre , et mainte^
nant ilz le tiennent pour 'viL Un autre dist :
Alexandreavoit kier amisetennends^ orsbnt^
ilz maintenant egalz, Mais de vingt deux Phi-'
losophes qui la estoient, longue chose seroit a
recorder ce que chascun dist du poissant Rojr.
Un autre Philosophe hermite ckastoia son
ame en telle maniere et dist : O tu^ mon ame^
saches et congnoj et entend quelle chose tii
faces 9 tdndiz que tu as tapoissanceenta main,
ct aincois que tu isses de tori lieu et que tu
voises en la maison ou justice derheure , et
aincois que tupasses la porte dujugement ou
tu liras en un rollet quanques tu aurasfait en
ce mondey ou les angeles a destre et a senestre
descouverront et manifesteronttout ton conseil
et quanques tu aspense. Det^ant Ditu vendra
ton jugement^ en un vaissel seront tous les
biens que tu auras fais^ et en un autre tous les
maulz , et de tout serafaitjugementy dont tes
26
» i84 *<
Discipulus magistro : Camcderia ista siuii
exilia, cur pneparamus tanta quasi dura-
bilia? Magister : Quooiam vitae terminus
est iocertus. Philosophus : Operare pro fu^
turo saeculo quasi nunc sis moriturus, et
pro praesenti sicut semper Yicturus ; melius
enim est quod post tuam mortem a te quae-
sita habeant inimici , quam in yita egeas
quod tibi subyeniant inimici. Ob haec ita-
que cum honestate tibi omnia provide ,
quia breyis est cursus Titae. Alius : Saecu-
lum est quasi fons instabilis cujus introi-
tns est matris uterus , et ejusdem mors
erit exitus. Yersificator :
Mors est porta pattm terrenis perfia euncds ^
Sed quaro post hanc quas sit kabenda domus\
Est domus deliuarum Deo famulantium est
et diversa poenas promerentium. Arabs ad
patrem : Pater , quomodo domum delitia-
rujp et gloriam ejus lucrari potero? Pater:
Quicquid melius et pretiosius habes repone
in ea custodiendum et invenies , cum illuc
veneris, tibi paratum. Filius : Quomodo
possum in eam domum pecuniam praemit-
tere cujus ostium non novi adire ? Pater :
» i85
Dist le desciple a son maistre : Puisque ces
choses sont si tost trespassees et allees a neanty
pourquqy les gardons^nom et assemblons ainsi
comme se elles deussent tousjours durer? Le
mmstre respondy : Pource que nous ne sommes
pas certain de la fin de nostre vie, Un autre
PhUosophe dit : Fay pour Vautre siecle ainsi
comme se tu deusses maintenant morir ; etpour
ce siecle aussifay comme se tu deusses toujours
durery et tous temps vivre : car rrdeulx vault
que apres ta mort tes amis ajrentce que tu as
acquis , que tu ayes mestier de leur ayde en ta
vie^ etpource te poun^ojr honnestement de tout
ce quHt te fauk : car le cours de ceste vie est
mouk brief, Un atUre dist : Cestui siecle est
aussi comme unefontame muable de laquelle
VerUree est le ventre de la rrCere , et Vissue est la
mort, Un versifieur dist : La mort est une porte
ouvertepar laquelle touies choses terriennes paS'
sent^ maisje demande quelle maison on ara
apres ceste de deliceSy mais ceulx qui desservent
paUtey auront m^ison dtt^erse, L^Arabien flfe-
mandaiisonpere : Pet*e^ dist^ily commentpor-
rai-je gaigmer la maison de delices et la gloire
qui dedens est? Dist lepere : Met en ellegarder
24
> i86 «
Audi quod fecit filius consiliarii Regis post
obitum patris. Filius : Pater, fare, nec sub-
terfugiam monitis obedire. Pater.
FABULA XXVII.
Rex quidam habuit sapientem consiliarium
et familiarem qui tandem naturae legibus fa-
¥ens parvum reliquit haeredem bene disci-
plinatum et curialem , cui totam , quae magna
erat, possessionem et divitiarum acervos
subscripsit et morti cessit. Quo facto Rex ad
se puerum vocayit, et de patris occasu ne
plus justo doleret ammonuit, et quaecumque
pater illi regenda dederat testimonio firmayit
et insuper quod aetate ejus exigente in patris
locum eum susciperet illi promisit. Inde
yale dicto laetus juvenis ad propria remeavit,
quem Rex oblivioni tradidit, nec ipse ad re-
» 187
le meilleur et le plus precieux que tu as de tout
ton avoir.f si le trouveras appareillie quant tu
venras illecques, Respondj le filz : Comment
puis'jemettre en la maison mx)n avoirde laquelle
je ne scaytrouver les huis? Dist lepere : Et ne
sceZ'tu quejist lefilz du conseillier duRoy apres
la mortde son pere? Respondy lefilz : Pere^je
teprie^ dis lemoj^pour ce quejenereffuse oheir
a tes commandemens. Dist le pere.
CONTE XXVII ^
Un Royfut jadis qui avoit un conseillier
sage ^ lequel estoit moultfamiUer a lui, Cestui
conseillier quifais estoit de nature^ morut^ et
avoit un petitfilz de luiquifut son hoir liberal
et bien enseignie. 11 lui laissa grant avoir et
grans nchesses^ lesquelles il avoit assemhleeSm
Le Roj- apres la mort dupere , appella Venfant
et lui admonnesta quHlnefeistmiedueiloukre.
raison pour la mort de son pere^ et luipromist
que quantil auroit eage y il le tendroit en lieu
desonpere. L ^enfantpristcongieetrevintjoyeu"
semsnt au sien, Le Roj' le mist en oubliy mdis
I rfa pas ete mis en Tcrs.
TABLE.
Conte L Pag. 1 3
Conte II. jrj
Conte III, 35
Conte IV. [^rj
Conte V.
49
Conte VL 53
Conte VIL 5g
Conte VIIL 63
Conte IX. ^fj
Conte X. m {
Conte XL .7 5
Conte XIL 81
Conte XIIL gi
Conte XIV. oq
Conte XV. 109
Conte XVL ,i5
Conte XVIL
Conte XVIIL
121
127
Conte XIX, 133
Co/2fc XX. i37
Conte XXI. 143
Conte XXII. i^q
Co/?^e XXIII. 1 55
» ao8 «Cf
ConuXXIK Pag. 1^9
ConieXXr, i?»
ConteXXFL i79
Conte XXFIL 187
Co/i/<f xxriiL 19^
Co/i/tf A"A"/X. 195
Co/ite XXX. '97
Fi/i rfe /rt TaUe,
' /
3 2044 018 953 "T